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pirates, mais afin d'y faire une traite d'esclaves pour les ouvrag-es publics du Cap de Bonne-Espérance et renouveler la bonne harmonie de ladite Compagnie avec un des rois de de ladite île nouvellement couronné, sous la protection duquel plusieurs pirates qui ont quitté le métier se sont retirés, surtout depuis qu'ils ont abandonné l'île de Sainte-Marie et le port d'Antonghiel [Antongil].

Ladite personne s'est souvent entretenue avec les principaux chefs de ces pirates, touchant la misère de leur état au milieu de toutes leurs richesses, et ils lui ont maintes fois protesté qu'ils étaient tout disposés à quitter ce métier, mais, comme lesdits pirates ne faisaient nullement le sujet de sa Commission, ladite personne n'a pu leur être d'aucune utilité, de peur d'être désapprouvée par le Gouverneur du Cap de Bonne-Espérance. Tout ce qu'il a pu et cru devoir faire pour l'acquit de sa conscience, ça été d'en faire à son retour en Europe un fidèle rapport aux Commissaires députés pour les affaires secrètes de la Compagnie, comme aussi de l'Etat et des affaires des îles de Madagascar et de Saint-Maurice [Maurice].

Cependant les choses sont restées sans changement, à cause que les deux puissances les plus intéressées à la navigation et au commerce des Indes Orientales, savoir les Anglais et les Hollandais, ne sont pas propres à retirer lesdits pirates de l'état où ils se trouvent actuellement, savoir la première à cause de la méfiance qu'elle s'est attirée et la seconde parce que leur Compagnie ne peut être considérée que comme une Société octroyée de marchands, sous le bon plaisir de leurs Hautes Puissances, et que, comme cela est connu de tout le monde, elle n'a aucune part à la souveraineté de l'Etat.

Votre Majesté jugrera elle-même, par le récit abrégé que je viens de faire de l'état de ces i^ens-là, combien ce serait une

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action pieuse et dig-ne de la clémence d'un grand Roi de les retirer de l'état de perdition où ils se trouvent et dans lequel ils sont en quelque manière obligés de continuer à cause des circonstances dont je viens de faire mention à l'article précédent.

J'ai l'honneur de représenter à Votre Majesté qu'outre le motif de clémence il y en a encore deux autres qui pourraient engager Votre Majesté à leur accorder l'honneur de sa puissante protection. Le premier est le service personnel que Votre Majesté pourrait retirer desdits pirates, surtout dans ses armées navales, leur habileté et leur bravoure étant si connues de tout le monde qu'il n'est pas besoin que j'en parle; secondement, Votre Majesté pourrait profiter d'une somme considérable qu'ils ne manqueront pas de lui offrir, aussitôt qu'ils sauront que Votre Majesté est dans la disposition de leur accorder la grâce de sa protection.

Pour savoir à quoi s'en tenir, on pourrait équiper quelque bâtiment pour s'aboucher et traiter avec eux de la part de Votre Majesté; en ce cas-là. Votre Majesté pourrait y envoyer la personne qui est ici présente, et qui est personnellement connue de la plupart des pirates et des principaux chefs de l'île, avec les pleins pouvoirs nécessaires, et lui adjoindre les personnes qu'elle jugerait nécessaires.

A l'égard des frais qu'il faudrait nécessairement faire pour cette expédition, le soussigné s'offre à entrer dans la moitié si Votre Majesté lui veut bien accorder un cinquième de ce qui reviendra des pardons qu'on portera auxdits pirates; d'un autre côté, s'il plaît à Votre Majesté de faire elle-même les frais de l'équipement d'un vaisseau, le soussigné ne demande autre chose, pour être au comble de ses vœux, sinon que son zèle ait le bonheur d'être de quelque utilité pour le service de Votre

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Majesté. Signé : Jean Henuy Huguetax d'Odybe (a) [Archives d'Étal de Stockholm : Handel och Sjufart. Koloniër. Africa].

(a). Note pouk le roi de Suède jointe au jiémoire d'IIuguetan. — Il est inutile de dire par quelle occasion ce projet est tomlié entre mes mains, il suffit de savoir qu'il est dû à un oflicier hollandais, qui se trouvait à Ilamliourg, il y a dix-huit mois, et que M. Huguetan, à présent comte de Gyldensteen, faisait souvent venir chez lui pour le questionner sur le sujet des pirates de Madagascar, un soir il l'envoya chercher et, sans lui découvrir son dessein, il le fit monter en carosse et le mena à Gottorp où ils trouvèrent le Iloi de Danemark; d'abord, .M. Huguetan lui proposa l'alTaire de bouche, qui fut ensuite couchée sur le papier, de la manière qu'on en vient de faire la lecture.

Je ne puis dire positivement ce qui a empêché l'exécution du projet pour envoyer des Pardons aux pirates, si ce n'est ce qu'on m'en a dit, que le Danemark a refusé d'entreprendre plusieurs affaires qui lui ont été proposées au delà de la Ligne, à raison de la guerre où ce royaume est engagé contre la Suède, quoique, à mon avis, cette raison soit assez faible, puisque les entreprises qui peuvent procurer quelque secours d'hommes et d'argent ne sont jamais plus de saison qu'en temps de guerre.

Ce qu'il y a de vraisemblable, c'est que le roi de Danemark, qui méditait en ce temps-là la conquête de la Scanie, se trouva trop d'afTaires sur les bras, à l'arrivée du Czar dans sa capitale et d'une armée de troupes auxiliaires qui surpassait la sienne, pour songer à une entreprise si éloignée.

D'ailleurs l'auteur de ce projet, comme il me l'a lui-même avoué, n'avait pas envie de s'embarquer avec MM. les Danois et se retira le plus promptement qu'il lui fut possible des mains de M. Huguetan, qui à son insu l'avait engagé dans un pas fort glissant, et ainsi l'alTaire est demeurée pendue au croc.

Je passe au dessein que je me suis proposé d'ajouter mes pensées à celles du Hollandais, ou pour mieux dire d'approfondir un peu la matière et de faire voir non seulement que l'aflaire est bonne et faisable, mais (ju'elle convient surtout à une puissance qui tôt ou tard pourrait avoir quelque démêlé avec les Hollandais ou avec les Anglais.

Premièrement, je remarque par les nouvelles publiques que les pirates de Madagascar sont toujours dans le sentiment de ne point accepter de pardon de l'Angleterre, c'est ce qu'ils m'ont plusieurs fois dit et protesté lorsque j'étais parmi eux, et même avec des expressions très fortes et un désir de venger le capitaine Kitt [Kid] qui surpasse tout ce que j'en pourrais dire.

A l'égard du dessein du Roi George de faire équiper quatre frégates pour les exterminer, si on avait quelque vue de ce côté-là, il faudrait s'informer i)récisément du temps auquel elles pourront mettre en mer, parce que cela donne une face toute nouvelle aux alTaires. que c'est sur le mouvement des Anglais qu'il faudra régler toute l'entreprise, et finalement qu'il faut éviter de se mettre au hasard de pêcher derrière les filets.

Cependant, sauf meilleur avis, je ne suis pas du sentiment que les Anglais réussiront dans le dessein qu'ils ont de détruire entièrement les pirates de Madagascar, à moins qu'ils ne les rencontrent en pleine mer, ce qui n'est pas fort facile et ce qui dépendra de la manière que les Anglais s'y prendront; quanta moi, je ne connais que deux routes pour y réussir, dont je ne jtarlerai pas présentement parce (pie cela m'éloignerait trop du sujet que je me suis proposé.

Ce qu'il y a de plus apparent, c'est que l'escadre anglaise ira faire la ronde de tous les ports de Madagascar, comme lit il y a quelques années le comniDdore Litlleton, à savoir dans les baies de Saint-Augustin et d'Anlonghiel [Antongil] et dans la rivière de Maningare [.Mananaia (baie de Pombétokel] ainsi que dans les autres ports de I'ile;sur (juoi il faut remarquer que les navires anglais ne viendront pas si subitement dans ces endroits-là qu'on n'en soit averti le

LE ROI DE SUÉDE CHARLES XII ENTRE EN NÉGOCIATION AVEC LES PIRATES DE MADAGASCAR, en 1716.

Le roi de Suède, Charles XII, à qui la fortune des armes n'avait cessé d'être défavorable depuis la malheureuse bataille

long des côtes, et, si les pirates' se croient assez forts pour leur faire face, je suis persuadé qu'ils les attaqueront eux-mêmes; mais, s'ils se croient trop faillies, ils jetteront leur navire sur le rivage et se sauveront à terre avec leurs armes à feu et leurs munitions; s'ils ont du temps de reste, ils prendront ce qu'ils ont de plus précieux et mettront le feu à leurs navires. Si les Anglais les veulent poursuivre et attaquer à terre, il ne tiendra qu'à eux, mais cela dépendra de la force et du nombre des uns et des autres et je doute fort qu'ils prennent ce parti-là.

D'ailleurs, après le refus qu'ont fait les pirates des pardons du Roi George, je suppose qu'ils sont déjà sur leurs gardes et qu'ils s'enverront des exprès par terre les uns aux autres sur les mouvements des .\nglais, dès que ceux-ci paraîtront sur les côtes de Madagascar.

Pour ce qui est des naturels du pays, on n'en peut rien dire de certain, parce qu'ils ménageront les deux partis et se jetteront toujours du côté du plus fort.

A tous égards, le moyen le plus sûr pour faire cesser les pirateries de l'Orient est celui de la douceur, moyen par lequel on profiterait doublement des dits pirates, je veux dire de leurs richesses aussi bien que de leur science dans l'architecture navale et de leur connaissance des côtes des iles et des mers de l'Asie et de l'Afrique orientale.

Je connais plusieurs endroits où l'on pourrait établir une colonie de ces gens-là, si Sa Majesté le Roi de [Suède] ne jugeait pas à propos de les prendre en Europe sous sa protection, ce ne serait peut-être pas même le plus mauvais parti et je le connais assez du goût des pirates, que je crois fort portés à mettre toute leur confiance en ce qui leur serait promis de la part de Sa Majesté. Il s'agirait de choisir l'endroit le plus propre et le plus convenable, suivant l'usage qu'on se proposerait desdits pirates.

Cette entreprise conviendrait parfaitement à la Couronne de [Suède], car ce serait un très bon commencement pour mettre un pied ferme dans l'Orient et acquérir par degrés ou par voie de conquête un négoce dont elle a besoin et par lequel les autres puissances maritimes '- sont montées au faite de la grandeur et des richesses où nous les voyons présentement, quoiqu'à plusieurs égards elles soient inférieures à la Couronne que je viens de nommer, qui a chez elle tout ce qu'il faut pour l'équipement des plus grands navires, et qui, avant la présente guerre, a toujours abondé en bons sujets.

Je sais qu'on me pourrait faire deux objections, à l'égard de l'éloignement de la [Suède] avec les Indes Orientales et sur la difficulté que les sujets de cette Couronne pourraient rencontrer dans le débit de leurs marchandises de retour.

A la première, je réponds qu'il est connu de tout le monde que les Hollandais prennent leur route en revenant par le Nord de l'Ecosse et toujours au moins à 60 degrés de latitude septentrionale; tous les pilotes avec lesquels j'ai navigué, ou que j'ai mis sur ces sortes de matières, sont d'avis que la route du Nord n'est guère la plus longue, et qu'elle est la meilleure en revenant des

1. « Ils étaient de mon temps cinq ou six vaisseaux de moyenne grandeur; je ne puis dire précisément s'ils ont diminué ou augmenté en nombre ou en force; suivant les nouvelles publiques, c'est encore à peu près la mémo chose. »

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