EXTRAIT DU PRIVILÈGE
En vertu de la lettre d^octroi des États Généraux des Pro« vinces Néerlandaises unies, Leurs Seigneuries ont accordé à Frédéric Pietersz de Houtman le privilège de pouvoir seul, pendant les huit années à venir, faire imprimer, distribuer, vendre le dictionnaire ci-joint des langues hollandaise, malaise et malgache, précédé d*un recueil de dial(^es avec, en outre, de nombreux mots turcs et arabes et la liste d*environ trois cents étoiles fixes qui se trouvent dans le voisinage du pôle austral, jusqu*au trente-cinquième degré au Sud de la ligne équinoxiale. Avec interdiction, durant la susdite période de huit années, de reproduire dans les Pays-Unis, en totalité ou en partie, ou, s*il a été reproduit ailleurs, d*introduire dans les dits pays ce dictionnaire, y compris les étoiles précitées, et cela quel que soit le |n*étexte invoqué, sous peine de confiscation des exemplaires ainsi que d*une amende de iOO £k>rins Garolus qui se répartira ainsi : un tiers pour Tofficier, un tiers pour les pauvres et le dernier tiers pour le susdit Frédéric de
1. Imprimé à Amsterdam, chez Jean Evertsz. Cloppenburch, libraire, Op*t Water, A la Grande Bible. M. vjG et III (avec privilège pour huit années).
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Houtman, ainsi que cela appert en détail dans ladite lettre d*octroi. Fait le 4 février 4603. Scellé et signé sur Tordre des États Généraux. C. Aerssens.
Aux nobles, puissants, sages, discrets, très savants et très prudents seigneurs des États-Généraux des Provinces Néerlandaises unies ;
Ainsi qu*i Son Altesse Monseigneur le prince Maurice, né prince d^Orange, comte de Nassau, de Catzenelleboge, de Yianden, de Diest, de Meurs, etc., marquis de la Veer et de Flessingue, etc., seigneur de Sainl-Vith, de Dasbourg, de la ville de Grave ainsi que des pays de Kuyck, etc., Stathouder et Capitaine général de Gelderland, de Hollande, de Zélande, de la Frise occidentale, d'Utrecht et d'Overijssel, etc., et Amiral de la mer;
En outre aux vénérables, très sages et très prudents seigneurs, membres du Conseil de l'Amirauté ;
Et enfin aux respectables, pieux, sages et très prudents seigneurs, les directeurs et les membres de la Compagnie, très importante et puissante, de la navigation dans les Indes Orientales.
Comme il est certain que Dieu, dans sa suprême sagesse, n'a pas créé et mis en ce monde les hommes pour eux-mêmes mais bien chacun pour le service de son prochain, je n'ai pas, après mûre réflexion et considération, négligé le devoir que Dieu m'a imposé et qui consiste à divulguer ce que j'ai appris comme je le croyais alors pour mon malheur, reconnaissant que Dieu tout-puissant m'a imposé ce devoir, non seulement pour commencer à faire connaître son nom parmi les païens, mais encore pour faciliter la navigation de ceux qui visitent les pays lointains et leur permettre de parvenir à leurs fins. .
J*ai accompagné mon frère défunt, Gornélis de Houtman, lors de son second voyage aux Indes Orientales; le premier, qui avait été entrepris en Tannée 1595, avait eu lieu sous les auspices de la nation néerlandaise et sur Tinitiative des fonda* teurs et des directeurs de la navigation dans les Indes Orientales. Je Tai accompagné une seconde fois et fait avec lui un deuxième voyage dans lequel, avec beaucoup d autres individus de notre nation, il a été la victime de la duplicité des habitants de ces lointains pays et des artifices des Portugais : il fut traîtreusement et honteusement assassiné. Quant à moi, j*ai eu le malheur, avec plusieurs autres, de tomber entre les mains des infidèles et de demeurer vingt-six mois prisonnier dans Tile de Sumatra, à Atchin, non sans courir plusieurs fois le risque de perdre la vie. Enfin j*ai recouvré la liberté d'une manière miraculeuse, grâce i la bonté et à la protection de Dieu, et je suis revenu, en bonne santé, dans ma patrie. Pendant le temps de ma captivité, Dieu m*a donné Tintelligence et la compréhension de la langue malaise, qui est la langue commune de toute rinde Orientale, quoiqu'il y existe beaucoup d'autres langues indigènes. Le malais est, en effet, employé dans les transactions commerciales par tous, vieux et jeunes, jusque dans les îles Moluques et les régions voisines. C'est pourquoi, en raison du but que je me suis proposé, j'ai composé de mon mieux, avec cet idiome et notre langue néerlandaise, un recueil de mots ou dictionnaire, où j'ai ajouté, en outre des mots malais, les mots malgaches en regard de ceux de notre langue ; car le malgache est très utile pour les marins qui font le voyage des Indes Orientales, nos bâtiments s'arrêtant souvent à l'tle de Madagascar afin d'y embarquer de l'eau douce, des vivres, des fruits et d'autres provisions, aussi bien pour les personnes valides que pour les malades de leurs équipages. C'est un indigène de cette
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lie qui a paisse quatre ans avec les Hollandais et qui parlait bien notre langue, qui m*a fourni la collection des mots malgaches» J'ai en outre ajouté, autant qu il m'a été possible, |>ar l'entremise d'autres personnes qui connaissaient ces langues, quelques mots arabes et turcs avec leur signification en hollandais, i l'usage de ceux qui trafiquent dans l'Arabie Heureuse, la Mer Rouge, la Perse et les pays voisins, ainsi que dans l'Inde Orientale, car la religion mahométane est pratiquée dans cette dernière région, où l'on parle aussi arabe. Enfin j'ai ajouté la déclinaison de quelques étoiles fixes, que j'ai observées lors de mon premier voyage et qui se trouvent dans le voisinage du pôle Sud. A mon second voyage, dans l'Ile de Sumatra, j'ai révisé ces observations et leur ai donné plus d'exactitude, et j'ai augmenté leur nombre que j'ai porté à plus de 300. Ces étoiles figurent sur les globes célestes que, d'après les observations du très illustre Tycbo Brahé, construit à Amsterdam Willem Jansen van Alckmaer. Ces étoiles sont utiles à tous les navigateurs qui visitent l'hémisphère austral; en outre, elles intéressent tous les amateurs de l'astronomie et des sciences mathématiques K
Telle est, messeigneurs, la cause qui m'a amené à entreprendre ce travail. Et afin qu'il obtienne une issue heureuse et qu'il soit protégé contre les mauvaises langues et les envieux, je l'ai placé sous la gracieuse protection et garantie de Vos Nobles Puissances. Veuille le Dieu tout-puissant que cet ouvrage contribue à sa gloire, à l'extension et à la connaissance de sa parole sainte et à l'utilité de notre patrie.
De Vos puissantes, éminentes, sages et prudentes Seigneuries,
l'humble serviteur,
Frédéric de Hoctbcan.
i. Ce qui a trait aux langues arabes et turques, aussi bien qa*à Tastronomie, n*est pas reproduit ici.