I O ECLAIRCISSEMENTS
vant Dapper(i), Bokke-Meale (a) est au nord-est et à Test de Loango, à cent cinquante lieues de la côte, et séparé de Loango par une grande forêt de six journées de chemin. Les habitants sont des Jagas, qui , en échange de sel , vendent à ceux de Loango une grande quantité d'ivoire , que les Européens achètent de ces dernière.
Le royaume d'Anzico a six cent trente milles de lojjg, de l'ouest à l'est, et cinq cent qu£trante de largeur, du nord au sud. Suivant Lopez, le pays des Ànzicos , ou Anzichi , borde à l'ouest le pays d' Ambus; au nord, d'autres nations de l'Afrique et les déserts de Nubie; et du côté de l'est, le second des grands lacs , d'où la rivière de Congo tire sa source , dans cette partie qui se nomme Anzicana (3). Depuis le royaume de Congo, il est divisé par la rivière de Zaïre, où l'on trouve quelques îles qui appartiennent aux Anzicos. Cette rivière leur sert de canal pour le commerce avec les habitants de Congo (4)- Selon Dapper, le roi des Anzicos commande à treize royaumes, et sou prince se nomme le grand Macocco ou Micocço. Son pays est situé au nord du Zaïre. Puis ce géographe , oubliant ce qu'il a dit précédemment, fait, dans un autre csidroit, un royaume particulier de Macocco, et dît que les habitants se nomment Monsols ou Metîcas; et il ajoute qu'ils sont
(ï) Dapper, 4fri^ug, p. 358.
(a) D'Anvilie éorit Bukameaia. Voyez aussi t. xtii, p. 46^, où on a écrit, d'après Barbot, Baccamele ou Bu(^emeale. (S) Partie de Cougo, possédée parles Anzicos. (4) Pi^afetta, RehtUme di Congo, p. 14.
SUR L£& ANZICOS. a 1 1
aBthropophdges(i). Il nomme aussi la capitale de ce pays MoDsol. Les Portugais y envoient leurs pombeiros ou leurs esclaves dressés pour le commerce.
Le même géographe indique à l'est des Anzicos , et comme sujets de leurs rois, les Mimos et lesBakke- Bakke, dont il a déjà été fait mention, et dont les habitants de Loango reçoivent leur ivoire (a). Au sud-est du Macocoo, à Test du Congo, est la province d'0-Cango ou O-Canga, dont les habitants fabriquent des étoffes à fleurs. Au sud de ces derniers est Condo ou Pombo*d'Ocango , province baignée par la rivière Coango , qui se jette dans le Zaïre. Fungeno est un royaume tributaire du grand Mi* cocco, entre les deux rivières de Zaïre et du Coango. Les Portugais y trafiquent ; ils commercent aussi avec Nimeamaye , royaume situé . à Test-sud-est de Macocco, qui se nomme aussi Monoemugi, et s'étend jusqu'aux confins de Mombasa. Giribuma ou Ginngbomba est une contrée au nord-*est de Macocco , dont le roi a , dit-on , quinze autres rois sous sa dépendance. La carte de Dapper (3) indique encore de ce coté, au nord du Zaïre, les Mosongos, et au sud des Mosongos , Mopenda , Wamba , et les PangueluQgui; puis il décrit séparément la grande province dePombo, qui dépend encore, suivant lui, du grand Macoceo, et est située dans les environs d'un grand lac
(0 Dspper, Afrique^ p. 338 et SSg.
(^) Ce sont les Matimbasde Battel. Voyez t. xik, p. 44' ^t 46^' \
\V Cette carte est intitulée Régna Congo et Angola , et est à la V^S^ 340. Elle n*a pas été, pour cette partie de TAfrique, inutile
3 d'AnviUe.
a 1 4 ECLAIRCISSEMENTS
d éléphants et de la toile. £n échange , ils emportent du sel et des zimbis , qui leur servent de monnaie , outre une autre espèce de grandes coquilles qui viennent de rîle Saint-Thomas, et qui servent à leur parure. Us reçoivent aussi des soies , des toiles , de la verrerie , et d'autres marchandises apportées de Portugal. .
Us ont l'usage de la circoncision ; et dès l'enfance ils se marquent et se cicatrisent le corps avec la pointe d'un couteau. Selon le témoignage de Lopez, la chair humaine se vend dans leurs marchés, comme celle de bœuf dans nos boucheries de l'Europe; car ils mangent tous les esclaves qu'ils prennent à la guerre. Us tuent même leurs propres esclaves, lorsqu'ils les jugent assez gras; ou s'ils trouvent cette voie moins avantageuse, ils les vendent pour la boucherie publique. Lorsqu'ils âont fatigués de la vie ^ ou quelquefois pour montrer seu*lement le mépris qu'ils en font^ ils s'offrent, avec leurs esclaves , pou^ être dévorés par leurs princes. On trouve des nations, remarque Lopez, qui se nourrissent de la chair des étrangers , mais on ne connaît que les Anzicos qui se mangent les uns les autres , sans excepter leurs propres parents ( i ).
Dans cette contrée barbare , le peuple a la tête nue et n'est pas mieux couvert depuis la ceinture
rien à Test des Anzicos jusqu'à la Nubie , qui est loin de là. La Nubie devient ainsi pour lui l'intérieur de l'Afrique ou le Soudan. Aussi plus haut 9 page 7, il place les nègres les plus noirs en Nubie et en Guinée, et il se sert du mot nubien comme synonyme de celui de nègre.
(i) PigHfetta, R^Iatione di Congn, p. nf et 16.
SUR LES AIKZICOS. 2 1 5
jusqu'en haut. Il se noue les cheveux sur la tête ; il les frise. Les nobles sont vêtus de soie et de toile. Us ont la tête couverte d'un bonnet bleu , ou rouge , ou noir, ou d'un chaperon de velours à la portugaise. La vanité leur fait apporter du choix dans leurs habits, suivant leur état et leurs facultés. Les femmes nobles et riches sont couvertes de la tête jusqu'aux pieds ; mais celles du commun n'ont qu'une pagne qui leur tombe de la ceinture en bas. On voit aux premières une sorte de mante qu elles rejettent sur leurs épaules, et qui ne leur laisse que le visage découvert. Elles portent aussi des souliers j tandis que toutes les autres vont pieds nus. Leur jnarche est vive et légère, leur taille fort bien prise, et leur contenance agréable.
Leur langage est tout-à-fait différent de celui de Cou{[o ; mais, ils apprennent aisément celui-ci , parce ((ue la prononciation en est Êicile. Au contraire , les habitants de Congo ne parviennent pas sans peine ^ parler leur langue* Lopez ayant demandé à quelques Anzicos quelle était leur religion , en tira pour ^ûique éclaircissement, qu'ils sont idolâtres (i).
Au sud du pays des Anzicos et du Congo est le f^aume de Matamba (a), habité par les Jagas, et oîi ^nait la reine Zingha, dont nous avons si souvent entretenu nos lecteurs. Plus au sud encore se auvent les deux provinces de Ganghella et des «lagas Cassanji ou Cassangi. Cette région, d'après
(0 Pigafetta, Reiatione di Congo, p. i6 et 17.*
(>) Voyez ci'desflus, p. S , une defcription de Mataniba) d*après.
a 1 6 ECLAIBCISSEMERTS
l'idée qu'ea donnent les voyageurs, s'étend du nordest au sud-ouest , au long de Matamba et de Benguella, l'espace d'environ neuf cents milles; mais elle a si peu de laideur à proportion, qu'on ne lui donne, dans quelques endroits, que cent quatre-vingt-dix, et dans d'autres à peine cent milles , comprenant ainsi un pays nonnné Matemba (différent de celui de la côte), qui est au sud de la petite Ganghella. C'est dans cette contrée de Malemba que Lopei place le lac Aqidlunda (i), que d'Anville a replacé plus au nord, tandis qu'il j met le lac Sazia. Plus au sud encore , certaines cartes anciennes indiquent les terres des Jagas-Cokoques , la province d'Obila (2) et les territoires de Muzutnbo-Akalunga (3) , qui signifie bouche de la mer. La principale ville , et même la seule qui soit venue à la connaissance des géographes, est située dans la partie nord de ce grand état, près des frontières de Matamba, et s'appelle Cassanji ou Cassange. Elle sert de résidence au Grand-Jaga. Merolla observe que les Jagas du domaine de Cassanji, qui borde te royaume de Matamba, étaient sans cesse en guerre avec la reine Zingha , autrefois amie des Portugais , et bien disposée en Ëtveur des blancs. Du temps de l'auteur, les Portugais empIo3raient dans leurs guerres le secours d'un autre prince des Jagas , nommé Ga-
(i) PigafetU, Ktiatùmt di Congo, p. iy.
(3) Probiblement le paya de Anyla de la carte de Pïnbetro- PnrtMlo.
Uneuambiuidoi, <]ue la carie de Pïnbeirc^ n virons du Cap-Ncgro.
SUR LES GASSAHrilS. ^l^J
langola. Le nom de cassanji paraît un titre d'honneur; car le même écrivain emploie les termes de cassanji, très puissant empereur des Jagas (i). Carli se contente de donner à ce prince le titre de grandseigneur (a). Ces deux voyageurs nous apprennent que le jour de sa naissance est célébré annuellement par une grande fête, dont ils avaient entendu le récit delà bouche du père Jean-Baptiste Salesano, missionnaire capucin , qui avait été témoin de cette scène barbare dans le séjour qu'il avait fait à Cassanji (3). Suivant Carli , le grand-seigneur oblige , dans cette occasion, tous les peuples de ses états ^ sont capables de voyager, à se rassembler dans une grande plaine, où l'on a bâti sur plusieurs arbres \m certain nombre de huttes pour le monarque et pour les principaux seigneurs de son royaume. Ils sj retirent, accompagnés de leurs instruments de musique. A quelque distance, on lie au tronc d'un i^bre un des plus fiirieux lions du pays. Enfin le signal se donne , et l'on détache aussitôt le lion , à qui la vue d'une si nombreuse assemblée fait pousser i abord quelques rugissements, mais qui, ne voyant aucun moyen d'échapper, se jette sur le premier uegre qu'il rencontre. Le peuple , au lieu de fuir , s avance vers lui sans armes, pour tuer le monstre, et regarde comme un bonheur de périr dans ce combat aux yeux de son souverain. En effet , le lion ne
(^) Merolla, GhurchiU's Collection, t. i, p. 63o. W Carli, Chiirchiirs Collection, t. i, p. $76.
iv Belisle donne beaucoup d'étendue au pays des Jagas Cas-
«njis.