‹ Collection du baron Albert Oppenheim, tableaux et objets d'artChapitre 1 sur 53 · Collection du baron Albert Oppenheim, tableaux et objets d'art · texte numérisé non relu

Collection du baron Albert Oppenheim, tableaux et objets d'art

Je n’ai point ici à faire l’éloge de la Collection rassemblée par M. le baron Albert Oppenheim. Tous ceux que l’art intéressent, amateurs de peinture ou archéologues, la connaissent au moins pour en avoir admiré les morceaux les plus remarquables qui ont figuré en mainte exposition d’art rétrospectif. Une telle réunion de chefs-d’œuvre, quand on en présente le catalogue détaillé accompagné de bonnes reproductions, se recommande toute seule. Le livre, feuilleté du bout du doigt, montre assez qu’on a affaire à un fin connaisseur, à un amateur fort passionné, doublé d’un homme que l’intérêt historique ou archéologique d’une œuvre d’art ne laisse point indifférent.

La Collection Oppenheim composerait un musée public qu’on ne songerait même point, en présence d’une telle réunion d’œuvres de première importance, à la présenter ; mais c’est la collection d’un particulier, et il est pour ainsi dire de style aujourd’hui qu’en tête d’un catalogue de ce genre on esquisse le portrait de l’amateur et on cherche à dégager de la collection réunie par lui un enseignement et une sorte de philosophie. Tâche ingrate, quand on est en présence d’une réunion d’objets médiocres; facile, quand l’amateur est de race et n’a cherché à réunir que des objets de premier ordre et caractéristiques.

Dans ce cas, trop rare hélas ! la présentation peut être brève. Ici je serai très bref, car il est peu de collection plus choisie et plus sagement passée au crible de la critique la plus sévère.

Une réunion d’objets d’art dans laquelle on signale la présence de quelques peintures, surtout d’un caractère purement décoratif, est la chose la plus banale du monde; une collection d’objets d’art doublée d’une galerie de chefs-d’œuvre est une exception et révéle un amateur d’une psychologie très compliquée. Il faut, pour s’expliquer une telle anomalie, supposer — et c’est ici le cas — un amateur séduit par la forme et la couleur, c’est-à-dire par de pures œuvres d’art, et en même temps attiré par l’objet

COLLECTION DU BARON OPPENHEIM

dont la forme peut être belle aussi, à la vérité, mais dont le mérite réside surtout dans l’intérêt historique qu’il présente, par l’étape de la civilisation qu’il indique. Ce dualisme est un phénomène rare, et la plupart des amateurs les plus réputés du xixe siècle se sont montrés franchement monothéistes. C’est qu’en effet il faut concevoir <c la collection )> avec une singulière largeur d’esprit pour y admettre à la fois une peinture

d’un Memlinc ou d’un Rembrandt, et un ivoire du xie siècle ou un émail byzantin. Tous ces spécimens de l’activité humaine représentent cependant, à des degrés différents, l’effort artistique des époques qui les ont vus créer; tous ont leur importance pour un esprit avisé, qui réfléchit et se refuse à suivre aveuglément la mode. Mais une telle mentalité est si rare qu’il valait la peine de la signaler.

On trouvera plus loin le catalogue détaillé et des peintures et des objets d’art. Il ne peut donc être question ici d’examiner la valeur de chaque pièce et de refaire en quelque sorte une nomenclature critique. On voudrait seulement attirer l’attention sur quelques monuments typiques, pour ainsi dire hors de pairs et qui feraient l’honneur de n’importe quel grand musée d’Europe. Ce sont ceux du reste dont on trouvera l’exacte reproduction dans les cent planches accompagnant cet ouvrage. Ce n’est pas à dire d’ailleurs que les monuments qui n’ont point eu les honneurs de la gravure soient indifférents ou de mérite inférieur ; mais en tout travail il faut savoir s’imposer une limite, et en face d’une série d’œuvres de premier ordre le choix a souvent été

difficile.

Les tableaux, au nombre de moins de cinquante, sont tous des œuvres connues depuis longtemps soit qu’ils proviennent de très anciennes collections, soit qu’ils aient figuré dans mainte exposition rétrospective, où, libéralement accordés par M. le baron Oppenheim, ils se sont vus unanimement consacrés par tous les connaisseurs de l’Europe. Œuvres flamandes ou hollandaises pour la plupart, quelques-uns d’entre eux ont donné lieu à des polémiques au sujet de leur attribution à tel ou tel artiste. Nous avons maintenu les noms sous lesquels ils sont le plus connus, ne voulant point entrer dans les détails de jugements et d’attributions toujours révisables à leur tour. D’ailleurs, ces diversités de jugement, loin de nuire au mérite des œuvres, n’ont pour résultat que de montrer l’importance qu’on y attache. Aucune peinture, dans cette réunion fort restreinte, n’est indifférente, et le juge le plus sévère ne pourrait que souscrire au choix délicat du collectionneur.

Sans entrer ici dans aucun détail, il me sera permis ici de rappeler les noms de Thierri Bouts, de Gérard David, de Memlinc, de Jean Van Eyck, de Quentin Metsys, de Holbein, et surtout cet admirable tableau de Peter Christus, la Légende de sainte Godeberte, qui fut l’une des perles de l’Exposition des peintres primitifs flamands, à

INTRODUCTION

Bruges. Une collection qui en face de tels noms peut montrer des oeuvres capitales est de suite classée parmi les premières.

Le choix parmi les peintres flamands et hollandais du xvne siècle n’a été ni moins heureux ni moins judicieux: le portrait y est représenté par G. Coques, par Van Dyck, par Franz Hais, Thomas de Keyser et Rembrandt ; la peinture allégorique, par Rubens; le paysage, par N. Berchem, Cuyp, Hobbema, Van Kessel, Van der Neer, Paul Potter, Rubens et Ruvsdael ; la peinture de genre, par Pieter de Hooch, Van der Neer, A. Van Ostade, Jean Steen, David Téniers le jeune, Terburg; la nature morte, par Snyders. Et pour ces travaux, il n’est plus question de dénominations incertaines ; ce sont des attributions inattaquables, ne s’appliquant d’ailleurs qu’à des tableaux fort connus et dont l’histoire n’est plus à écrire. C’est tout un musée et des plus beaux que cette petite galerie.

Les monuments de sculpture proprement dite pour être peu nombreux sont tous fort bien choisis. Un charmant bas-relief en terre cuite émaillée de Luca délia Robbia donne une idée très juste de cette dynastie d’artistes florentins qu’on a considéré longtemps comme les représentants d’un atelier de poterie, mais que des travaux récents ont remis en belle place au milieu de la pléiade des grands sculpteurs du xve siècle. Une figure de jeune seigneur, en bois sculpté, est un spécimen charmant de l’art du xve siècle franco-flamand ; on dirait que cette gracieuse sculpture a été arrachée de quelque retable analogue à celui que conserve le Musée de Dijon. C’est aussi à l’art bourguignon, très influencé par l’art flamand, que nous croyons devoir attribuer un buste de femme en pierre peinte qui fut si remarqué il y a quelques années à l’Exposition rétrospective du Petit Palais des Champs-Elysées. Cette image d’une princesse évoque, par la grâce de son attitude et la recherche de son costume, les peintures d’un Van Eyck ou d’un Memlinc, mais c’est bien un imagier français qui a taillé cette pierre qui, pour le sentiment et l’expression, peut prendre place à côté des portraits florentins de la même époque.

Venise et le curieux mélange d’art du nord et d’art italien qui se rencontre à chaque pas dans l’art vénitien est parfaitement représenté par une Vierge portant l’Enfant Jésus, bas-relief qu’entoure un cadre richement sculpté, de dessin entièrement gothique, tel que ceux dont faisaient usage les peintres de l’école de Murano. Enfin un bustereliquaire, représentant une sainte, buste qui a conservé sa polychromie ancienne, peut compter parmi les œuvres les plus caractéristiques créées, au commencement du xvie siècle, par les sculpteurs flamands, qui ont produit tant de chefs-d’œuvre.

On ne peut citer ici que les morceaux les plus saillants. Dans la série des ivoires, très riche en objets du haut Moyen Age, il faudrait cependant citer tout : c'est une

réunion d’œuvres tout à fait capitales. Une mention spéciale doit être faite de ce beau bas-relief, rappelant beaucoup les sculptures byzantines, représentant la Vierge. Puis il faudrait étudier en détail une écritoire toute recouverte de représentations d’animaux stylisés telles que les a affectionnés l’art oriental; une curieuse crucifixion et un coffret grecs, orné de bustes d’apôtres, un de ces oliphants tels qu’on n’en trouve guère que dans les grands Musées ou les Trésors d’église. Ce sont là des œuvres d’un intérêt archéologique indiscutable.

Pendant le xine et le xive siècle, les ivoiriers français ont été les dignes émules des imagiers qui sculptaient les figures des cathédrales et se sont montrés, au point de vue de la science et de la technique, du dessin et de l’expression, très supérieurs à leurs confrères étrangers. Ils nous ont laissé d’inoubliables chefs-d’œuvre sous la forme de polyptyques, de triptyques, de diptyques, de groupes ou de figures isolées. La Collection de M. le baron Oppenheim renferme en ce genre des morceaux aujourd’hui classiques, tels que le grand polyptyque de la Passion, le groupe de la Vierge portant l’Enfant Jésus, si gracieusement drapé et qui a conservé son ancienne polychromie, un retable d’autel domestique également polychromé et d’un style grandiose. N’oublions point non plus les diptyques, parmi lesquels il convient de citer un beau diptyque représentant la Crucifixion et la Mise au tombeau, œuvre unique qui a conservé son ancienne monture en orfèvrerie ; et enfin un diptyque italien d’une curieuse architecture. Mais les ivoiriers français n’ont point traité que des sujets religieux ; la littérature a élargi le champ de l’ancienne iconographie, et les romans tels que Tristan et Yseult, Lancelot, la dame de Vergy, des allégories telles que le Lai d’Aristote leur ont permis de décorer des coffrets ou des miroirs de gracieux sujets, dans lesquels les personnages sont tous habillés à la mode de l’époque ; ces œuvres forment en quelque sorte l’illustration de la littérature contemporaine, son commentaire en images et signalent les productions littéraires qui ont eu le plus de vogue. Un grand coffret de la Collection de M. le baron Oppenheim, du xiv' siècle, est un des plus beaux spécimens de ces ivoires civils que l’on puisse citer.

Dés l’époque romane, les artistes allemands se sont évertué à tirer parti de la pierre de Kelheim, dont la nature fine et compacte offrait pour la sculpture de petites dimensions une matière subjective très docile. La Collection renferme plusieurs monuments importants exécutés en cette matière: d’abord une image du Christ accompagné des symboles des Évangélistes, œuvre très intéressante, de style tout à fait roman; puis un véritable chef-d’œuvre, un bas-relief qui peut être placé au premier rang parmi les plus belles choses créées par les artistes allemands du xvte siècle. L’entrevue de l’Empereur Charles-Quint et de Ferdinand, roi des Romains, est une scène d’un

INTRODUCTION

caractère tout à fait grandiose. Que cette sculpture soit de Hans Kels ou d’un autre artiste, peu importe ; elle a été sculptée par un homme qui, momentanément, a su résumer dans ces deux figures aux allures tout à fait féodales toute l’Allemagne du xvie siècle. En face d’une telle œuvre de plastique aussi puissante et aussi caractérisée, on peut se demander comment un grand Musée n’a point songé à conserver à tout prix une sculpture qui fut chaudement disputée d’ailleurs à la vente de la Collection Stein, la dernière collection dans laquelle elle ait figurée avant d’entrer chez M. le baron Oppenheim. Auprès d’elle, les portraits médaillons en buis ou en pierre de Kelheim, dont la collection compte' cependant des spécimens de premier choix, pâlissent et perdent une partie de leur intérêt. Et cependant quels portraitistes puissants ont été ces orfèvres d’Augsbourg ou de Nuremberg qui nous ont transmis les traits de Jérôme Holtzschuer ou de Barbara Reihingin, ou bien encore l’image de l’archevêque de Mayence ! Une grande composition, la décollation de saint Jean-Baptiste, nous montre les sculpteurs allemands, à une date plus avancée, s’exerçant sur la même matière à créer des œuvres plus considérables dont le précieux et le fini sont encore accentués par des rehauts d’or.

Les Allemands ne sont point les seuls à s’être exercé à la sculpture microscopique, dont la principale matière subjective a été le buis. Flamands et Français ont au xvie siècle excellé dans ce genre et dépassé certainement les Allemands sinon par la grandeur du style, du moins par l’habileté de la technique. Flamandes sont les noix de chapelet formant diptyque ou triptyque, aux parois extérieures entièrement sculptées, suivant les principes d’une architecture gothique qui aime plus les complications que les grandes lignes; flamands sont les tryptiques où une multitude de personnages traités en haut relief ou en bas-relief nous retracent les principaux épisodes de la Passion.

D’autres sculptures en buis, d’une époque plus récente, sont des œuvres françaises : tel cet admirable miroir de forme ovale, accompagné de légendes françaises dans lequel on oublie la dextérité de main dont a fait preuve l’artiste en faveur du mérite de la composition due vraiment à un maître sculpteur.

Dès le xie siècle, les artistes de la vallée de la Meuse, ceux surtout de Liège et de Dinant, se sont rendus célèbres par leur habileté à fondre le laiton et à en fabriquer mille ustensiles aussi bien destinés à l’ornementation des églises qu’aux usages domestiques. Fonts baptismaux et lutrins, clôtures de chœur ou bénitiers, aiguières, flambeaux ou bassins ont tour à tour exercé l’imagination de ces fondeurs, véritables artistes qui ont su donner aux ustensiles les plus vulgaires des formes pittoresques et inattendues. La Collection de M. le baron Oppenheim renferme une série tout à fait

COLLECTION OPPENHEIM

remarquable de ces aiguières et de ces flambeaux, du xne au xive siècle, parmi lesquelles il convient de citer surtout un flambeau composé d’un lion monté par un personnage vêtu d’une longue robe et un chevalier portant l’armure caractéristique du xive siècle. Ce sont là des pièces de grand style et aujourd’hui de toute rareté.

La série de l’orfèvrerie religieuse débute par un monument unique : un reliquaire byzantin de la Vraie Croix qu’on peut faire remonter jusqu’au vne siècle. Cette œuvre capitale, au point de vue de l’histoire de l’émaillerie byzantine et aussi de l’iconographie, a dû être enlevée de Constantinople à une époque bien ancienne ; il a appartenu au pape Innocent IV (1245-1254) et il est probable que quand il devint la propriété de la famille Fieschi, il venait d’être rapporté d’Orient à la suite de la Croisade de 1204. A l’exception de certains reliquaires, tel que celui qui fut envoyé à Sainte Radegonde par l’empereur Justin, à l’exception de certains monuments du Trésor de Monza ou de la basilique de Saint-Marc à Venise, je ne vois point de monument d’orfèvrerie byzantine plus intéressant et plus curieux que celui-là. C’est une œuvre déjà mainte fois publiée et aujourd’hui classique pour l’histoire de l’art byzantin.

Mais ce n’est point là une des seules pièces rares ou curieuses qui mérite l’attention. 11 faut s’arrêter en face d’un admirable flambeau en argent doré et en cristal de roche du xne siècle; en face d’une très importante Vierge reliquaire du xme siècle, spécimen très caractéristique de l’art limousin ; en face d’une charmante châsse qui fit partie de la Collection du prince Soltykoff, et que sa décoration bizarre et imprévue a fait dés longtemps dénommer « le reliquaire aux oiseaux » ; en face surtout d’un admirable ciboire en cuivre champlevé et émaillé du xme siècle, d’une forme exquise et dont les émaux furent certainement dessinés par un maître. Mais nous ne saurions ici faire l’énumération de tous les monuments qui mériteraient une mention spéciale; un coup d’œil jeté sur les planches ou sur le catalogue montrera que là encore la Collection de M. le baron Oppenheim peut rivaliser avec beaucoup de grands musées publics.

L’orfèvrerie civile créée en France au Moyen Age et à la Renaissance ayant presque complètement disparu, c’est surtout l’Allemagne qui nous offre pour ces époques des spécimens curieux. Ici, ils ne sont point indifférents, depuis ces vases de marbre ou fabriqués d’une corne de « steinbock » montés en orfèvrerie, jusqu’à ce gigantesque bocal en bois entouré d’une résille de métal, jusqu’à ce vase en cuir en forme de soulier destiné sans doute aux agapes d’une corporation, jusqu’à ce vase de verre aux armes de Brunswick qu’enserre une charmante monture en vermeil ou ce grand nautile que soutient un monstre marin soufflant dans une conque. Tout cela a été choisi avec goût et discernement, de façon à donner, à l’aide de monuments de premier

INTRODUCTION

ordre et tout à fait caractéristiques une idée des styles qui ont régné en Allemagne au xvie et au xvne siècle.

La céramique et surtout la céramique allemande tient dans la Collection une place importante; mais à côté d’une série de grès absolument unique, et si riche en spécimens rares qu’aucun musée ne se peut vanter d’en posséder l’équivalent, on s’est plu à réunir, à titre de termes de comparaison, quelques monuments d’art italien et français. Un beau buste de femme en terre cuite émaillée et polychromée nous montre les artistes de Faënza de la seconde moitié du xve siècle s’évertuant à imiter l’art des Délia Robbia ; des plats de Caffagiolo ou de Deruta, par leurs couleurs vives ou leurs reflets métalliques, forment une sorte de préface à la série des grès, d’un aspect plus sévère, mais d’une valeur artistique inappréciable.

Ce n’est pas ici le lieu de refaire dans son ensemble, d’après les exemplaires de la Collection de M. le baron Oppenheim, l’histoire de la fabrication des grès allemands; aussi bien cette série, il y a peu d’années, fit-elle l’objet d’une publication spéciale. Il suffira de rappeler que cette suite débute au xve siècle pour nous faire embrasser l’ensemble des diverses fabriques jusqu’au xvme siècle; depuis les grés si curieux de forme fabriqués à Siegburg dés le xve siècle, jusqu’aux œuvres produites à Frechen, à Raeren, en Nassau ou en Saxe. Il faut faire une mention spéciale des grès fabriqués à Cologne, œuvres d’une extrême rareté, récemment restituées à ce centre de fabrication et dont la Collection contient les échantillons les plus remarquables.

Il a fallu de longues années, une persévérance admirable et aussi beaucoup de chance pour réunir une pareille série de pièces de céramique dans laquelle les monuments à dates certaines, à provenances absolument incontestées, rendues encore plus intéressantes par de nombreuses signatures d’artistes existent dans une proportion véritablement insolite. La Collection de M. le baron Oppenheim, à ce point de vue, suffirait à écrire d’une façon complète l’histoire de la céramique des bords du Rhin du xve au xviie siècle.

Le potier Hirschvogel et ses terres émaillées, pas plus que Bernard Palissy, ne pouvait être indifférent aux yeux d’un collectionneur que la céramique a captivé : on trouvera dans la Collection, de l’un et de l’autre, des spécimens habilement choisis; on y trouvera aussi une charmante salière qui fait partie de cette énigmatique série de poteries françaises qu’on a successivement dénommées « faïences de Henri II », « faïences d’Oiron », « faïences de Saint-Porchaire », dénominations successivement employées, mais qui les unes et les autres reposent sur des arguments si faibles que des esprits judicieux se refusent à les adopter et aiment mieux, en attendant la solution de ce petit problème, confesser leur ignorance.

X1I COLLECTION DU BARON OPPENHEIM

Quelques émaux peints de Limoges, parmi lesquels un superbe plat de Pierre Courteys, des verres, des vitraux en très grand nombre, des meubles, parmi lesquels un siège provenant de la cathédrale de Cologne, complètent cette Collection ou lui composent un cadre digne d’elle.

Quand on fait le catalogue d’une collection d’objets d’art, chaque fiche nous découvre un peu du caractère et de la psychologie de celui qui l’a formée. Ce n’est pas trop dire, car chaque objet acquis vous donne une indication précieuse sur le goût de l’acquéreur. Si parfois de cette petite enquête, il résulte quelques mécomptes, ce n’est point ici le cas. La Collection de M. le baron" Albert Oppenheim a été formée avec des idées très arrêtées, un esprit de suite et un goût des plus remarquables, une opiniâtreté sans rivale. Le résultat a été ce qu’il devait être, cest-a-dire, pour les périodes qu’elle embrasse, une histoire de l’art en raccourci pouvant procurer à son heureux possesseur un plaisir parfaitement raisonné. C’est un grand éloge, car une telle ligne de conduite est parmi les amateurs une absolue exception.

Et maintenant que je suis parvenu à la limite de ma tâche, je crois avoir encore un devoir à remplir : je remercie l’heureux possesseur de cette Collection de m’avoir permis de l’étudier à loisir et aussi d’avoir contribué à la faire mieux connaître. Le plaisir qu’on a â contempler de belles choses n’est pas forcément égoïste ; il redouble, à mon avis du moins, quand on a l’espérance de pouvoir faire partager aux amateurs d’art une partie de son plaisir et de son admiration.

Émile MOLINIER.

PEINTURES

Page 1