‹ Collection FargesChapitre 1 sur 55 · RUE BONAPARTE, 28 I · texte numérisé non relu

RUE BONAPARTE, 28 I

S^Tf.S

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La collection archéologique de M. le commandant Farges est la première collection particulière d’Algérie que le Ministère de l’ Instruction publique ait jugée digne d’être publiée par ses soins dans la Description de l'Afrique du Nord. Aussi bien que les Musées officiels des grandes villes d’Algérie et de Tunisie elle mérite qu’on la connaisse, qu’on l’étudie, qu’on puisse en tirer parti. Elle renferme un nombre considérable d’objets très divers, en bronze, en terre cuite, en verre, en plomb, statuettes et vases, lampes et bijoux. Quelques-uns de ces objets, comme les bijoux puniques de Gounifida, par exemple, ont une importance exceptionnelle. Mais ce qui donne à la collection tout son prix c’est moins encore la valeur de telle ou telle pièce isolée que la richesse même des séries de pièces analogues, de forme pareille ou de semblable destination, patiemment réunies par M. le commandant Farges. Deux cent vingt plombs africains de toutes époques constituent un ensemble des plus intéressants. Quatre cent vingt-deux lampes africaines permettent de suivre pas à pas les progrès des procédés de fabrication et les transformations des éléments décoratifs. Avec les petits objets de bronze et de verre destinés à l'ornementation du costume, avec les bijoux puniques, romains, vandales, arabes, on pourrait retracer toute l’évolution de la mode et du goût en Afrique pendant dix siècles.

La collection Farges est essentiellement africaine et locale, non seulement tous les objets qu’elle renferme et que nous avons catalogués proviennent de l’Afrique du Nord, mais encore ils ont tous été trouvés dans la partie orientale de la province de Constantine et dans les districts tunisiens limitrophes; sauf de rares exceptions, M. le commandant Farges les a recueillis lui-même ou se les est procurés de sources sûres entre Constantine et le Kef, Batna et Gafsa. Or, le quadrilatère que déterminent ces quatre points est précisément la région de l’Afrique du Nord la plus fertile en souvenirs archéologiques, celle où l’on a trouvé les ruines les plus vastes et ou les Romains avaient fondé leurs plus solides établissements ; c’est le pays de Lambèse, de Timgad, de Khenchela, de Tébessa, de Mdaourouch, de Feriana. Pour qu’une collection privée d’Afrique soit vraiment utile, il est indispensable que l’origine des pièces qui la composent soit autnentiquement établie et qu’elles se rapportent toutes à une même contrée bien délimitée dont elles éclairent et commentent l’histoire. La collection Farges à ce titre peut être citée comme modèle et comme type.

C’est au cours de sa carrière militaire et dans l’exercice des différentes fonctions qui lui ont été confiées que M. le commandant Farges a rassemblé les éléments si nombreux et si variés de sa collection. Un séjour à Rome au temps de l’occupation française avait éveillé en lui le goût de l’archéologie et une louable curiosité des choses du passé. Venu en Algérie dès avant 1880 il subit bien vite l’attrait du sol africain, si fécond en trouvailles précieuses, et se mit avec zèle h la recherche des antiquités. Il fut attaché au service des affaires indigènes et à l’état-major de la division de Constantine; Khenchela, Tébessa, Constantine ont été ses principales résidences; il eut maintes fois l’occasion de rayonner autour de ces villes et d’en parcourir à loisir les environs. Partout où il passait il s’enquérait des découvertes des colons et des Arabes; au besoin, comme à Tébessa, il dirigeait lui-même des fouilles; il n’est aucune de ces tournées qui n’ait enrichi ses vitrines de quelques objets rares ou

curieux. On a maintes fois signalé les services que les officiers ont rendus en Algérie et en Tunisie aux études historiques; M. le commandant Farges est F un des plus ardents et des plus constants parmi ces collaborateurs bénévoles que l’armée d’Afrique a donnés à l’archéologie africaine. Il montre par son exemple comment on peut associer et concilier les devoirs militaires et les travaux d’érudition. Il faut souhaiter qu’il ait parmi nos officiers de nombreux émules.

En publiant la collection Farges nous n’avons pu suivre exactement le plan adopté pour les Musées d’Algérie et de Tunisie qui ont déjà paru dans la Description de l'Afrique du Nord. Les collections particulières sont moins facilement accessibles que les Musées publics; leur sort futur est moins assuré, — bien que M. le commandant Farges ait dès maintenant pris ses précautions pour sauvegarder l’avenir et empêcher une dispersion regrettable. 11 nous a donc semblé nécessaire, tout en ne reproduisant hors texte que les pièces principales, de donner dans le texte un inventaire aussi complet que possible, qui tienne lieu de catalogue. Les objets ont été répartisd’après leur nature en six chapitres. M. le commandant Farges possède 8 ooo monnaies antiques, mais elles ne sont pas exclusivement africaines d’origine ; beaucoup viennent de France ou d’Italie; nous les avons toutes exclues; au contraire nous avons fait une place aux plombs de la collection parce qu’ils ont été trouvés en Afrique. Le chapitre consacré aux lampes est le plus développé ; on ne lui a réservé cependant qu’une seule planche hors texte ; les lampes africaines devant faire prochainement l’objet d’une publication d’ensemble, confiée à M. Toutain, nous avons jugé superflu de multiplier ici les reproductions; nous nous sommes bornés à quelques spécimens caractéristiques, choisis parmi les plus beaux exemplaires ou les mieux conservés.

Il nous reste à exprimer notre gratitude à M. le commandant Farges, qui a bien voulu nous permettre de publier sa collection ; son extrême obligeance a beaucoup facilité notre tâche: il nous a

remis entre les mains à Constantine tous les objets que nous avions à décrire, et nous a autorisés même à en emporter quelques-uns à Paris pour les examiner plus soigneusement; nous tenons de sa bouche les renseignements d’origine d’après lesquels nous avons pu dresser un index géographique des provenances. Nous devons remercier aussi M. Ph. Berger, membre de l’Institut, de ses observations sur les bijoux puniques; M. H. Hubert, attaché au Musée de Saint-Germain, de ses indications sur les bijoux vandales ; M. van Berchem, professeur à Genève, de la peine qu’il a prise d’étudier à notre intention plusieurs bijoux et poids arabes; enfin M. Rostovvzew, professeur à Saint-Pétersbourg, de ses remarques sur les plombs romains et byzantins de la collection.

P. Blanchet. M. Besnier.

Au moment où nous corrigions les dernières épreuves de ce catalogue, une triste nouvelle nous arrivait du Sénégal. L’un des auteurs de ce volume, Paul Blanchet, est mort à Dakar le 6 octobre 1900, au retour d’une brillante expédition dans le Sahara; à peine arraché aux Maures qui le retenaient captif, il a succombé, emporté par la fièvre jaune. 11 a péri loin des siens, loin de la France, victime de cette terre africaine à laquelle il s’était consacré tout entier et où il avait déjà illustré son nom. 11 n’aura pas vu achevé le travail que nous avions entrepris en commun. Son maître et son collaborateur tiennent à rendre ici un dernier hommage à sa mémoire.

Novembre 1900.

R. Cagnat. M. Besnier.

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