RÉPONSE À LA CHANSON DE BECKER
Nous l'avons eu, votre Rhin allemand.
Il a tenu dans notre verre.
Un couplet qu’on s’en va chantant Efface-t-il la trace altière Du pied de nos chevaux marqué dans votre sang ?
Nous l'avons eu, votre Rhin allemand.
Son sein porte une plaie ouverte, Du jour où Condé triomphant A déchiré sa robe verte.
Où le père a passé, passera bien l’enfant.
Nous l’avons eu, votre Rhin allemand.
Que faisaient vos vertus germaines, Quand notre César tout-puissant De son ombre couvrait vos plaines ?
Où donc est-il tombé, ce dernier ossement ?
Nous l’avons eu, votre Rhin allemand.
Si vous oubliez votre histoire, Vos jeunes filles sûrement, Ont mieux gardé notre mémoire ; Elles nous ont versé votre petit vin blanc.
S’il est à vous, votre Rhin allemand, Lavez-y donc votre livrée; Mais parlez-en moins fièrement.
Combien, au jour de la curée, Étiez-vous de corbeaux contre l'aigle expirant ?
Qu'il coule en paix, votre Rhin allemand; Que vos cathédrales gothiques S'y reflètent modestement ; Mais craignez que vos airs bachiques Ne réveillent les morts de leur repos sanglant. 1er juin 1841.