‹ Collection GalliaChapitre 48 sur 70 · A M. VICTOR HUGO SONNET · texte numérisé non relu

A M. VICTOR HUGO SONNET

IL faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses, *

Pour savoir, après tout, ce qu’on aime le mieux:

Les bonbons, l'Océan, le jeu, l’azur des cieux.

Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses.

Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses; Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d’adieux. Puis le cœur s’aperçoit qu’il est devenu vieux, Et l’effet qui s’en va nous découvre les causes.

De ces biens passagers que l’on goûte à demi,

Le meilleur qui nous reste est un ancien ami.

On se brouille, on se fuit. — Qu’un hasard nous rassemble.

On s’approche, on sourit, la main touche la main,

Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,

Que l’âme est immortelle, et qu’hier c’est demain.

26 avril 1843.

A MADAME N. MÉNESSIER

SONNET

« JE vous ai vue enfant, maintenant que j’y pense, Fraîche comme une rose et le cœur dans les yeux. — Je vous ai vu bambin, boudeur et paresseux;

Vous aimiez lord Byron, les grands vers et la danse.»

Ainsi nous revenaient les jours de notre enfance, Et nous parlions déjà le langage des vieux;

Ce jeune souvenir riait entre nous deux,

Léger comme un écho, gai comme l’espérance.

Le lâche craint le temps parce qu’il fait mourir; Il croit son mur gâté lorsqu’une fleur y pousse. O voyageur ami, père du souvenir!

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