ADIEU, SUZON
CHANSON
ADIEU, Suzon, ma rose blonde, Qui m’as aimé pendant huit jours:
Les plus courts plaisirs de ce monde Souvent font les meilleurs amours.
Sais-je au moment où je te quitte, Où m'’entraîne mon astre errant ?
Je m’en vais pourtant, ma petite, Bien loin, bien vite, Toujours courant.
Je pars, et sur ma lèvre ardente Brûle encor ton dernier baiser.
Entre mes bras, chère imprudente, Ton beau front vient de reposer.
Sens-tu mon cœur, comme il palpite ?
Le tien, comme il battait gaîment!
Je m’en vais pourtant, ma petite, Bien loin, bien vite, Toujours t’aimant.
Paf! C’est mon cheval qu’on apprête.
Enfant, que ne puis-je en chemin Emporter ta mauvaise tête, Qui m’a tout embaumé la main!
Tu souris, petite hypocrite, Comme la nymphe, en t’enfuyant.
Je m'en vais pourtant, ma petite, Bien loin, bien vite, Tout en riant.
Que de tristesse et que de charmes, Tendre enfant, dans tes doux adieux!
Tout m’enivre, jusqu’à tes larmes, Lorsque ton cœur est dans tes yeux.
A vivre ton regard m'invite; I1 me consolerait mourant.
Je m’en vais pourtant, ma petite, Bien loin, bien vite, Tout en pleurant.
Que notre amour, si tu m'oublies, Suzon, dure encore un moment; Comme un bouquet de fleurs pâlies, Cache-le dans ton sein charmant!
Adieu: le bonheur reste au gîte; Le souvenir part avec moi:
Je l’emporterai, ma petite,
Bien loin, bien vite,
Toujours à toi.
CONSEILS A UNE PARISIENNE
Out, si j'étais femme, aimable et jolie, Je voudrais, Julie, Faire comme vous:
Sans peur ni pitié, sans choix ni mystère, A toute la terre Faire les yeux doux.
Je voudrais n’avoir de soucis au monde Que ma taille ronde, Mes chiffons chéris,
CONSEILS A UNE PARISIENNE
Et de pied en cap être la poupée La mieux équipée De Rome à Paris.
Je voudrais garder pour toute science Cette insouciance Qui vous va si bien; Joindre, comme vous, à l’étourderie Cette rêverie Qui ne pense à rien.
Je voudrais pour moi qu’il fût toujours fête Et tourner la tête Aux plus orgueilleux ;
Être en même temps de glace et de flamme, La haine dans l’âme, L'amour dans les yeux.
Je détesterais, avant toute chose, Ces vieux teints de rose Qui font peur à voir.
Je rayonnerais, sous ma tresse brune, Comme un clair de lune En capuchon noir.
Car c’est si charmant et c’est si commode, Ce masque à la mode, Cet air de langueur!
Ah! que la pâleur est d’un bel usage!
Jamais le visage N'est trop loin du cœur.
Je voudrais encore avoir vos caprices, Vos soupirs novices, Vos regards savants.
Je voudrais enfin, tant mon cœur vous aime, Être en tout vous-même. . .
Pour deux ou trois ans.
Il est un seul point, je vous le confesse, Où votre sagesse Me semble en défaut.
Vous n’osez pas être assez inhumaine.
Votre orgueil vous gêne; Pourtant il en faut.
Je ne voudrais pas, à la contredanse, Sans quelque prudence Livrer mon bras nu;
Puis, au cotillon, laisser ma main blanche Traîner sur la manche Du premier venu.
Si mon fin corset, si souple et si juste, D'un bras trop robuste Se sentait serré,
J'aurais, je l’avoue, une peur mortelle Qu'un bout de dentelle N'’en fût déchiré.
Chacun, en valsant, vient sur votre épaule Réciter son rôle D'’amoureux transi;
Ma beauté, du moins, sinon ma pensée, Serait offensée D'’être aimée ainsi.
Je ne voudrais pas, si j'étais Julie, N'être que jolie Avec ma beauté.