JUIN
Messieurs,
Nous sommes à l’époque de la moisson littéraire. Les écoles, les collèges convient, de toutes parts, le public pour le faire assister aux joutes scientifiques, aux inquiétantes épreuves des examens.
L'intérêt que vous témoignez à cette institution se rattache sans doute à la mémoire du patriarche vénéré de Chambly. Comment son souvenir ne serait-il pas vivace dans ces lieux dont il fut le pasteur demi-séculaire ?
Quand, par la volonté de mon évêque, je devins le continuateur des œuvres de ce prêtre distingué, je ne me fis pas illusion sur la grave responsabilité dont j'ais chargé ; je l’acceptai sans défailiance.
Dans les moments de complication et de difficulté, je fixe mes regards vers le flambeau indéfectible de l'Eglise. Je vois les sentiers indiqués par l'autorité, sentiers qui jamais ne longent les abimes. A ces vives lumières, se dessinent distinctement les droits de l'Eglise, les attributions de la famille et de la société civile.
Ainsi, les conflits regrettables sont évités, et l'unité d'action s'établit entre les personnes chargées de l’œuvre importante de l'éducation.
L'unité et la sûreté de la doctrine dans l’enseignement découlent de la chaire où siègent les pasteurs suprêmes, à qui Jésus-Christ a dit : Allez, instruisez.” Le clergé secondaire, ou le corps sacerdotal, par délégation de l’évêque, enseigne dans la paroisse, fraction de l'unité de l'Eglise,
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Le plus humble curé dans la chaire de son église, comme dans la tribune de son école, sous la direction de son évêque, — qui lui-même s'attache inviolablement à l’enseignement du Pape,—parlera à sa paroisse avec autorité et sûreté. Voilà comment par le ministère hiérarchique, la vérité arrive sans altération aux recoins les plus reculés d’un diocèse, d’une paroisse : In omnem terram exivit sonus eorum. La sève de la doctrine s’épanche dans tous les rameaux de l’arbre de la science du bien, planté à Rome, au tombeau du Prince des apôtres : et l’infaillibilité dont la plénitude réside dans le Souverain Pontife, se déverse dans tout le corps des pasteurs en communion àvec le maître des docteurs.
L'instituteur qui, chaque dimanche, prend place au pied de la chaire sacrée, qui suit religieusement les directions du curé, et fait répéter dans son école les immuables articles du Credo dont l’intonation fut faite à l'autel par le prêtre ; l’instituteur qui apprend à l'enfant à tracer de ses faibles doigts le premier signe des plus hautes opérations, des calculs les
plus élevés, le signe de l’unité,—unité de foi, d'espérance, de charité, —cet instituteur se voit accueilli et béni par l'Eglise ; car ilse fait l'humble et dévoué auxiliaire du prêtre. Le prêtre lui accorde sa reconnaissance, suivant la proportion de docilité, de bon vouloir, d’empressement qu’il apporte à l'Eglise. Tel est l'unique moyen de se rattacher à l'autorité et à la succession apostolique.
A l’origine de l'Eglise, il fallait se hâter, les persécuteurs étaient impatients et altérés de sang.
Si les premiers fidèles n'avaient pas appris à soutenir des thèses habiles avec les subtilités de l’école, du moins, en peu de temps, ils savaient mourir pour la vérité. Quand les persécuteurs étaient las de tuer, les pasteurs profitaient de ce répit pour former de jeunes apologistes qui confondaient les sages du paganisme.
A peine l'Eglise eut-elle la liberté de sortir des catacombes, qu’elle prit un égal soin d’ériger des églises et des écoles, des cathédrales et des universités. C’est ainsi qu'on voit
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surgir ceiles de Padoue, de Boulogne, de Paris, d'Oxford, de Cambridge et autres.
Quand les hordes barbares, envahissant l’Europe, saccageaient les musées et les bibliothèques, l'Eglise envoyait les moines recueillir les feuillets épars des précieux ouvrages grecs et latins, avec le même religieux empressement qu’elle avait déployé à recueillir les restes sanglants de ses martyrs. Puis rentrés dans leurs cellules, ces moines, que la fausse science moderne traite avec dédain, consumaient le jour à copier et à étudier, puis, quand le crépuscule les forçc: d'interrompre leurs chères études, ils se réunissaient sous les voûtes, à demi éclairées, de leurs sanctuaires pour y chanter les hymnes de la nuit.
De tout temps, l'Eglise travailla avec un zèle infatigable à l'établissement des écoles libres pour le peuple. Car, dit le grand et savant pape Benoit XIV, l'ignorance est la source du mal, surtout dans la classe ouvrière.
Les parents ont un devoir et un droit d'instruire leurs enfants, mais avec la surveillance de l'Eglise, gardienne tutélaire du foyer domestique.
Quand les parents, inaptes, ou détournés par d’autres soucis, ne peuvent donner à ce ministère tout le temps et l’attention nécessaires, alors, au nom de Dieu, l'Eglise se présente avec empressement et se charge de révéler aux enfants les secrets de la terre et les mystères du ciel. Avec quel sollicitude et avec quel bonheur elle remplit cette noble et difficile fonction! Au besoin, elle accepte, elle provoque même,—bien loin de les repousser, —les secours que l'Etat lui offre, s’il respecte sa liberté et les droits des parents.
Si quelquefois il est découragé par le spectacle d’une société où débordent les vices et les erreurs, le prêtre relève ses espérances en reportant sa pensée vers Ces jeunes cœurs encore purs et candides. Fatigué au limon de lhumanité, il se délasse à façonner la cire blanche et vierge du jeune âge.
Pourquoi, messieurs, ne pas jouir en paix de nos libertés quand personne ne songe à y porter atteinte ? Pourquoi