‹ ColomChapitre 8 sur 46 · LA PERLE DE TOLÈDE · texte numérisé non relu

LA PERLE DE TOLÈDE

« Seigneur Guttiere, don Guttiere de Saldaîia, restez, je vous en prie, et joue/ encore avec moi. — Je ne jouerai pas davantage aux échecs; je veux jouer au jeu des lances à la fontaine d'Almami. » Et les pleurs d'Aurore ne purent l'arrêter; car rien n'arrête un cavalier qui se rend à un duel. Alors la perle de Tolède a pris son manteau, et, montée sur sa mule, s'en est allée à la fontaine d'Almami.

Autour de la fontaine le gazon est rouge. Rouge aussi Leau de la fontaine ; mais ce n'est point le sang d'un chrétien qui rougit le gazon, qui rougit l'eau de la fontaine. Le noir Tuzani est couché sur le dos 5 la lance de don Guttiere s'est brisée dans sa poitrine; tout son sang se perd peu à peu. Sa jument Bcrja le regarde en pleurant, car elle ne peut guérir la blessure de son maître.

La perle descend de sa mule : « Cavalier, ayez bon courage; vous vivrez encore pour épouser une belle Moresque ; ma main sait guérir les blessures que fait mon chevalier. — 0 perle si blanche, ô perle si belle, arrache de mon sein ce tronçon de lance qui le déchire : le froid de l'acier me glace et me transit. » Elle s'est approchée sans défiance ; mais il a ranimé ses forces, et du tranchant de son sabre il balafre ce visage si beau.

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