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Colombie Britannique

un aperçu géographique de Lowell. Celte villa est située à 25 milles de Boston, et à 28 milles de la mer; c’est une ville essentiellement manufacturière ; le dernier recensement, fait en 1875, indiquait une population de cinquanlie mille âmes ; sur laquelle on compte, dit-on, vingt mille catholiques, dont trois mille Canadiens français et dix-sept à dix-huit mille Irlandais, Les catholiques sont généralement employés dans les filatures, et constituent la classe la moins aisée ; de plus, ils changent continuellement, et c’est un mouvement de va-et-vient perpéluel, ce qui amène un renouvellement incessant de la population, Le ministère est laborieux et a ses difficultés, mais il est toujours consolant et fruclueux.

« Je suis, mon révérend Père, avec un dévoué respect, votre frère, bien humble, en Notre-Seigneur et Maric. « J. MANGIN, 0. M. 1., Supérieur. »

Le R. P. Fouquet nous fait connatire les débnts de la nouvelle mission de Kootenay ; son rapport présente un intérêt particulier.

a Saint-Eugène Kootenay (British Colombia Canada), le 22 janvier 1975.

« Notre nouvelle mission est située sur le versant ouest des Montagnes Rocheuses, à 20 lieues, au nord, de la quarante-neuvième parallèle ; elle est limitée à l’ouest par le ruisseau de Saint-Joseph ; au nord par la rivière Sainte-Marie, qui se jeite à 2 lieues de là dans la rivière Kootenay; cette dernière s'appelle Arc-Plate, avant

d’aller se perdre dans la Colombie. Ja ne sais pas encore fesqu'où s’étendre notre territoire vers l’est et le sud, Les limites du district qui doit être desservi par cette mission, touchent, à l’est, au diocèse de Mr GRanNDIN ; au sud, aux diocèses d’Idaho et dg«Nesqually; ce sera le distriel le plus petit et le moins populeux. Il renferme une partie de la tribu des Kootenays, quelques fugitifs do celle des Shoshuaps, et peut-être aussi quelques familles de celle de Colville, avec une soixantaine de blancs ; une centaine de Chinois y restent encore, maisils disparaissent de plus en plus avec les mines d'or. C'est la seconde mission que je suis chargé d'établir dans le vicariat ; comme la première, elle portera un des noms de notre vénéré fondateur.

« Au commencement de juillet dernier, je quittai New- Westminster avoc mon compagnon, le F. John Bus ; nous arrivions ici dans la première quinzaine d'octobre, après nous être arrêtés aux Arcs-Plates. {l nous survint bien des mésaventures, mais Dieu nous garda, nous et nos chevaux, de tout accident sérieux. Notre maladresse à attacher les bagages était la cause ordinaire du danger; nos caisses tétrnaient sur le dos des chevaux et allaient leur battre les flancs, ce quiles mettait en fureur etleur faisait prendre la course dans des chemins impraticables, au risque de tout briser, hommes et bagages. A Colville, en particulier, tout fut jelé à bas; j'en fus quitte pour quelques livres imprégnés de houe; mon vin de messe fut heureusement préservé. Un jour, un de nos chevaux fit le saut périlleux dans un ravin, et il me fallut aller le tirer de ce mauvais pas, où il s'était fourvoyé avec nos bagages, et cela au milieu d’un essaim de guëpes furieuses, que cette chute aait troublées; jen fus quitte pour quelques piqüres désagréables.

“Ye Au bout d'ân mois dé séjour à notfe nouvelle rési-

dence nous nous trouvâmes installés convenablement, après avoir acheté, d’un yankee protestant, va bel emplacement à un prix fort modique, et cela contre toute espérance. La protection de notre saint fondateur nous a élé bien utile; nous ne cessions de nous adresser à lui,

« La mission date de trente ans, époque à laquelle les Pères Jésuites que nous remplaçons dans ce ministère commençaient à visiter les Kootenays. Ces Pères ne pouvaient venir régulièrement, se trouvant à centlieues d'ici. Jai trouvé tous les Kootenays baptisés, à l’exception d’une femme que j'ai admise dans le giron de l'Eglise chez les Arcs-Plates. Je m'attends à des difficultés, mais je compte aussi sur les bénédictions divines. Mes nouveaux sauvages sont bien différents de ceux des côles, et sous ce rapport il me faut à peu près recommencer mon noviciat de Missionnaire.

«En passant j'avais visité les Arcs-Plaies, oùj'avais pris possession le 25 août; quelques-uns étaient venus à ma rencontre à quarante lieues de la frontière, dans le territoire d’Idaho (Etats-Unis). Je dus pendant mon court séjour, établir mon campement dans un bas-fond, quelques pas de celui des sauvages, afin de ne pas me trouver sur un territoire où je n’avais pas juridiction, et c'est là, encore sur mes terres, que je pus exercer le saint ministère, J’employai une semaine entière à donner à mes sauvages les exercices d’une retraite. Plus de deux cents se présentèrent au tribunal de la Pénitence. Cesconfessions furent pour moi une rude besogne. Imaginez que vous arrivez en Russie pour confesser deux cents Russes ignorants et vagabonds, dont vous ne connaissez pas la langue. Telle était ma situation. Grâce à un interprète, et à une liste de questions et d'observations les plus élémentaires, je me tirai d'affaire tant bien que mal, laissant à la divine miséricorde le soin de suppléer à ce qui pouvait

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manquer de mon côté, ou de celui des pénitents. Les Arcs-Plates sont les sauvages les plus pauvres et les plus paresseux que j'aie jamais rencontrés ; sous d’aulres rapports ils sont bons. Viendront-ils s'établir sur le territoire de la Colombie Britannique, ou continueront-ils à résider spécialement sur celui d’Idaho? C'est ce que je ne puis dire.

Mes Kootenays m'out bien édifié pendant mes premiers mois de séjour. À la nouvelle année, les souhaits les plus heureux ont été solennellement et publiquement échangés de part et d'autre. A l’Épiphanie, je commençai à entendre les confessions, et je crois que tous se présentèrent au saint tribunal, avant de partir pour la chasse au buffalo ou à la martre. Comme je plains ces pauvres gens ! S'ils sont moins sensibles que nous au froid, il n’est pas moins vrai qu’ils en souffrent encore beaucoup. Je ne vous dirai pas combien de fois je me suis brûlé les doigts en touchant imprudemment des objets en fer.

« Le chef de mes Kootenays m’a procuré une véritable consolation. Cet homme, avec son air doux, spirituel et sensé, avait été jusqu’à ce moment une énigme pour moi. Tous, Européens et sauvages, lui reprochaientsa faiblesse, qui contrastait étrangement avec la fermeté de son prédécesseur. Jusqu'ici jen’avais pu obtenir qu’il se servit de son autorité pour le bien, aussi ai-je profité du mois dejanvier pour le mettre à l'épreuve. Le chef de police est venu me prévenir qu’un homme avait battu sa femme. J’allais célébrer le saint sacrifice de la messe, et j'ai répondu que je m’occuperais de cetle affaire après l'exercice. La messe et l'instruction finies, j’annonce que le chef va arborer son drapeau et revêtir ses insignes, pour juger le ménage en litige, dénoncé par le chef de police. Mon chef, surpris de ma hardiesse, me regarde avec étonne-

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ment, mais ne fait aucune objection ; je lui promets de l'aider de‘mes conseils dans l'exercice de sa magistrature. J'étais, il faut le dire, désireux de savoir commentil s’en ürerait; grâce à Dieu tout s’est passé mieux encore que je ne l'avais espéré ; mon Joseph s’est enfin montré chef et a agi comme tel. Me voilà désormais assuré d’avoir à ma disposition un excellent moyen de faire observer la discipline dans la tribu, sans exposer mon ministère à . être odieux. Dorénavant le chef infligera les punitions pour les fautes extérieures ; c’est là un point capital; le 25 janvier, anniversaire solennel dans notre congrégation, j'ai oblenu pour mes sauvages ce que nous appellerions en France un bon gouvernement. :

« Depuis mon arrivée dans ma nouvelle mission jai entendu plus de cinq cents confessions, donné cent communions, fait seize baptêmes, trois enterrements et béni six mariages. C’est mieux qu’à Saint-Michel, et cependant je pense toujours à mes infortunés sauvages des côtes de la mer. »

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