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Colombie Britannique: Notes d'un missionnaire

Par les notes suivantes, relevées en cours de voyage, nos lecteurs saisiront sur le vif le genre de travaux des missionnaires en Colombrie Britannique, On y remarquera le zèle qui ne recule devant aucun dérangement et s'efforce de répandre de plus en plus la vie chrétienne, par la fréquentation des sacrements, aussi bien chez les sauvages que chez les Blancs, et enfin qu’au milieu de ses travaux apostoliques, le Père trouve encore moyen de bâtir une église en huit jours.

A la mission de Shushwap, j'ai passé la semaine sainte à entendre les confessions, et, chaque jour, il y avait une moyenne de deux cents ou deux cent vingt-cinq communions. La semaine suivante, à compter du lundi de Pâques, je me trouvais chez les sauvages de Kamloops, les confesgant et distribuant de cinquante à soixante-dix communions chaque jour.

Un autre travail bien consolant m'attendait immédiatement après : celui de la retraite des enfants de l’école industrielle, dirigée par le R. P. Carion. Du dimanche soir, 8 avril, au vendredi suivant, j'y consacrai tous mes soins, et quarante-cinq enfants s’approchèrent de la sainte Table. Les petits sauvages disaient : « Père, que nous sommes heureux maintenant, de pouvoir communier plus souvent! »

Le jour même de la clôture de la retraite, je me rendais à notre maison de Kamloops, tandis que le P. Thayer, qui est chargé de la paroisse, allait prendre ma place à Salmon- Arm. Jei, changement de décors ; il n’y a pas que des baptêmes chez nos fidèles. En trois jours, j'ai à faire trois

enterrements. On me dit qu’il y en a eu trente en un mois. Tous les malades, les estropiés et les poitrinaires se donnent rendez-vous à Kamloops pour y mourir.

Appelé par dépêche auprès d’un malade, j'arrive encore à temps pour l’administrer et le disposer à bien mourir ; puis cs voyage m’ayant rapproché des sauvages de Dead man’s creek, j'en profite pour aller les visiter, les confesser et donner le Pain de vie à quarante personnes par jour environ, pendant quatre ou cinq jours.

De là, je partais le 23 avril pour la vallée de la Nicolas, où je restai jusqu’au 4° mai. Ce vaste district laisse malheureusement beaucoup à désirer au point de vue religieux ; la présence habituelle d’un ou deux prêtres y serait nécessaire pour maintenir les gens dans la pratique de leurs devoirs. Merrit, qui se trouve au centre, devrait avoir une église et un presbytère, d’où l’on visiterait régulièrement Canford et Mamette Lake. Vu le peu de ferveur des catholiques de ce district, le nombre des communions n’a pas êté considérable.

Pour l’Ascension, je me trouvais parmi les sauvages de Kamloops, deux cents d’entre eux se sont approchés de la sainte Table pendant les trois jours de mon passage.

Le samedi 7 mai, je retournais à Salmon Arm où je donnai la sainte communion à quelques personnes pendant les deux messes que j'y ai célébrées, l’une à l'église des sauvages, l’autre à l’église des Blancs.

Il y avait déjà plus d’un mois que durait ma tournée. En repassant à Shuschwap, où j’arrivais le dimanche soir à minuit, je renouvelai mes invitations aux fidèles de s’approcher des sacrements. Plus de deux cents en profitèrent pendant les trois jours que je restai au milieu d'eux.

Rentré à Kamloops le mercredi, j'en repartais le samedi 44 mai pour la mission de Nord Thompson, distante de A9 milles. Les bonnes gens de cette mission me retinrent neuf jours, et le nombre de communions s’éleva à 550. Il faut dire que je n'étais pas venu seul, ni seulement pour

les confesser. Un charpentier, qui m’accompagnait, devait travailler à leur bâtir une église.

Le dimanche de la Pentecôte on devise et dresse les plans. La nouvelle église sera située à un demi-mille de l’ancienne, trop exposée aux inondations.

Après la messe de 7 heures, le chapelet à 40 heures, la visite au Saint Sacrement, puis le diner, nous allons tous ensemble voir l'emplacement choisi pour la nouvelle église. On rentre pour la bénédiction et la prière du soir, quand tout est décidé.

C’est ici qu’il aurait fallu voir mes gens à l'œuvre dés le lendemain. Lever à 4 h. %, messe à 5 h. 1 avec 70 communions au moins. Après le déjeuner, à 7 heures moins un quart, la cloche sonne pour appeler tous les travailleurs. Hourrah ! tout le monde s’y met avec ardeur ; on attelle les chevaux, on charge les planches, en avant vers la nouvelle église à construire ! Nous sommes dans la forêt, avec des arbres de tous côtés, bien entendu, sauf à un endroit où se trouve un champ qui a l'air d’avoir été cultivé le siècle dernier. C’est donc ici. Nous tirons les lignes ; on se met au travail sur place, et, le même soir, une moitié du plancher est prête. — Le lendemain mardi, une difficulté vient ralentir la marche de l'ouvrage, sinon l’entrain des ouvriers. Les poutres sur lesquelles on doit poser le plancher ne sont pas droites. Bah! on arrive quand même à placer le plancher ce soir-là, et il mesure 56 pieds sur 24.

Cette fois a-t-on pensé à tout ? Il nous faut des chevrons ou solives. En route pour la scierie, à 7 milles de là, avec deux attelages. On m'offre les 41 solives qui sont prêtes, mais nous avons besoin de 60, Le maître de la scierie m'exhorte à la patience, puis, ce qui est mieux, se met lui-même à la besogne avec ses hommes. À 2 h. #, les arbres étaient sciés, équarris, débités : tout était fini. Les braves ouvriers n'ont pas quitté un instant et ne prirent leur dfner qu’une fois la besogne terminée.

Mercredi soir, les murs étaient debout; vendredi, les

cloisons et les poutres en place. Il manquait les bardeaux pour le revêtement. Au soir de ce même vendredi, deux voitures partent pour Kamloops et en reviennent le lundi matin, avec les bardeaux, les portes et les fenêtres.

L'église de Krow-na-ya, c’est ainsi qu'on l’appelle, n’est pas une cathédrale ; mais il est peu d’églises qui aient été construites en huit jours.

Le lundi #3 mai, après la messe célébrée dans la vieille église, les sauvages la démolissent ou la démontent pour utiliser dans la nouvelle ce qui est susceptible de l'être. Avec les matériaux qu’ils ont sous la main et ceux que je leur expédierai encore de Kamloops où je retourne, nos gens termineront à bref délai leur petite église qu’ils aiment et fréquenteront beaucoup. P. Leseuxe, O, M. 1.

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