Colonie maternelle
Au milieu de cette Civilisation à Tagonie, une tristesse languissante semble nous gagner nousmêmes. Nous souffrons, et notre souffrance contrarie et paralyse notre action sur le monde.
Les divisions publiques ont insensiblement divisé ceux-là mômes qui ont mission de concilier et d'unir.
Le mondé a méconnu notre caractère essentiellement pacifique, à ce point de nous décourager et de nous irriter.
D'une part, notre Ecole se trouve englobée dans la proscription générale du Socialisme; et de l'autre part , nous nous voyons un peu confondus dans cette masse désordonnée des novateurs confus qui s'élancent vers l'avenir souvent par des voies subversives.
Peut-être, comme quelques-uns l'ont cru, a-t-il été bon d'être, un moment, ainsi mêlés dans la foule aveugle et proscrite, afin de pouvoir
t i»M(iii('iii', ;u; Icii ties perséciilions (■oininuiies. i:i coiiliance iiùccssaire pour guider ensuite plus aisénioiiî îîos fièn-s du peuple dans les voies lunji'.euses de la paix.
Mais Yi)ici riieurc venue de nous discerner, de sorlir de la confusion, et de nous élever à la sphère supérieure el religieuse; v. ici l'heure de faire cesser les nialenlendus qui divisent tant d'iiomnies de bonne volonté , el de montrer de nouveau aux partis épuisés le terrain de la conciliation.
Considérant disait, en 11348, à des Ueprésentants du peuple qui lui reprochaient l'attitude agressive de la Démocratie pacifique :
« Messieurs, l'Ecole sociétaire n'a parlé pendant vingt ans qu'aux hommes instruits, à la bourgeoisie, et elle a poussé l'amour de Tordre et de la paix jusqu'à se compromettre aux yeux des amis de la liberté. Tous nos sacrifices ont été méconnus dans le camp des conservateurs, et aujoui'd'iiui encore nos idées de progrès pacifique ne rencontrent en vous qu'une résistance systéujatique. 11 ne nous est pas possible de rester immobiles, parce qu'il \ous convient, à vous, de ne point marcher. Votre immobilisme vous conduit à l'ahime : il faut donc travailler à vous sauver malgré vous-mêmes. Pour agir, pour réaliser l'ordre véritable et la paix fraternelle, il nous faut un point d'appui. Ce point d'appui, nous vous le demandons depuis vingt
ans , et vous nous le refusez ; vous nous forcez donc à l'aller chercher en dehors de vous. La Gauche est impatiente, mais elle aspire confusément à un élat social plus juste; le pauvre peuple est quelquefois rude et turhulenl, mais il est généreux, et il a rinstincl des réformes nécessaires. Nous nous unissons donc à la Gauche, et nous nous appuyons sur le peu})le, pour iiréparer le hien de tous. Vous nous hlàniez aiijoui'd'hni, vous nous remercicre;: un jour. Qiiaïul nous aurons ohtenu la confiance du peuple , s'il arrive que nous n'usions pas de cette conliance {)oiir sauvegarder vos droits légilimes, pour réconcilier les classes, pour pacifier le monde ; si nous ne nous montrons pas tout à tous, alors vous pourrez justement nous condamner; jusque-là, trouvez bon que nous allions du côté de la vie, et que nous laissions les morts enterrer leurs raorls. L'histoire nous jugera; nous attendrons son jugement avec confiance. »
Ces paroles sont remarquables; elles expliquent l'attitude générale prise par l'École depuis la Révolution. El, bien qu<; nous {)nissions, les uns ou les autres , différer d'o[)inion sur quelques points , apprécier diversement quelques actes de notre vie publique, nous sommes probablement tous d'accord pour reconnailre que la marche polilicjue ainsi indiquée par Considérant était, au fond, naturelle et nécessaire. Après cela, si quelques-uns parmi nous pensent que la mesure a été un instant dépassée, que, l'entrai-
ncmenl du cœur a eu son jour d'excès, qu'ils clieiclienten eux-mêmes et autour d'eux, et qu'ils nous disent, fn conscience, quel homme, quel parti, quelle école, quelle église même, n'a eu, depuis deux ans , aucune faute à se reprocher. C'est le cas de' se rappeler les uns aux autres la parole profonde du Ciirist : « Que celui-là jette la première pierre, qui est sans péché. »
Pour notre part, nous qui somuics , dans l'Kcole, au nombre des souiïianls, nous croyons qu'au milieu des conflils iiiévilahles de la décomposition sociale, l'esprit phalanstérien et chrétien commande aux apôtres de la Vérité d'incliner de préférence vers le camp où sont les pauvres et les affligés. Mais cet esprit de charité et d'harmonie commande surtout de traverser rapidement cette phase de séparation , et de se hâter dans le travail de la réparation , de l'édilicalion unitaire.
Suivant la tliéorie de Considérant, comme les Phalanslériens ont été les derniers à céder à la nécessité fatale de la division, ils doivent être les premiers à se dégager de la lutte des partis , les premiers à donner l'exemple de la pacification fraternelle des Ames, les premiers à enseigner les voies douces et fécondes de l'universelle conciliation.
Or, nous croyons l'heure venue de cette entreprise religieuse ; l'heure, pour nous, de re-
prendre une mission tonle tic pnix et de consolation, d'organisalion et d'harmonie. Les partis égoïstes s'usent de plus en pins dans la confusion, et Sf,' décomposent dans la haine. Préparons-nous donc à faire rayonner sur ce chaos ténébreux la lumière intégrale de Fourier; étudions-nous aussi à mêler à celte lumière splendide la (lamme de l'amour évangélique. Mettonsnous à l'œuvre avec une énergie nouvelle ; et que notre cher frère e( digne chef, quand une politique et plus saine et plus pure le rappellera de son pénible exil , nous retrouve en pleine activité renaissante, et se réjouisse en voyant que, lui absent, ses amis ont développé ce germe divin de l'Harmonie, si laborieusement cultivé par lui depuis vingt ans.
Pour pouvoir travailler à la pacification du monde, il faut d'abord , chers Frères, que la paix soit au milieu de nous ; pour réconcilier les hommes, il faut que nous-mêmes soyons réconciliés entre nous; pour avoir la force d'unir les cœurs, il faut que nous soyons unis.
Or, il est évident (et il serait puéril de se faire des illusions et de se voiler ses faiblesses intérieures), il est évident que l'union des anciens jours est un peu troublée. Pour peu qu'on y réfléchisse, on concevra ([ue ce malheur accidentel était inévitable.
Si nous aspirons par l'enlhousiasnKi du cœur et de l'intelligence vers l'Harmonie divine, pourtant mille liens nous attachent encore à la Civi-
lisaliou ; cl dès lors que ce vieux corps se brise el se dissout, en une crise suprême et terrible, il est bien impossible que nous ne soyons pas atteints, emportés et momentanément désunis par ces vastes déchirements. Quand le navire vermoulu, jeté sur les rescifs, a quelque temps talonné parmi les tourbillons de la mer orageuse, il sombre, éparpillant ses débris disloqués. Alors, sur ces ruines flottantes, l'équipage, forcément divisé, lutte éperdu pour échappera la mort; et dans ce grand désastre, le pilote luimême n'est jias épargné. Heureux si, reprenant son sang-froid, il a mis à temps le canot de sauvetage à la mer, et s'il y recueille ses frères naufrqgés, pour les conduire au port de refuge!
Nous en sommes donc à ce point du Déluge social, où toutes choses ])assant tourbillonnantes sur l'abîme, il était presque impossible de ne pas se sentir un moment désagrégés. Et, nonseulement nous avions peine à échapper aux alleintes de la décomposition qui s'accomplit autour de nous, mais en notre propre sein s'opérait une fermentation tumultueuse.
L'Ecole sociétaire sent bien en elle le principe de l'Unité universelle, uiais elle n'a pas constitué la science dans les sphères de la polilique (1), de
(1) r^s Bases de la Politique positive par Considérant ont admirablenicnl posé cl résolu une partie du problème; nuis la graiidc diflicullé pulilique qui agile la Frni;cc cl l'Eumpr en ce moment n'y est point f'claircie, la question de la Constitution n'y est point traitée.
la métaphysique et de la religion. Elle est indissolublement liée par le principe de l'Association libre, et par la science du Travail attrarjant; mais elle a pu, elle a dû voir se produire entre ses membres des dissidences politiques, philosophiques et religieuses.
Nous croyons fermement que la psychologie de Fourier et la Loi sériaire serviront puissamment à la constitution de toutes les sciences, et que nous serons bientôt uns en politique génci'ale et en religion, comme nous sommes uns en science sociale proprement dite. Mais l'élaboration nécessaire est loin d'être faite, et de là résultent des séparations dans l'Ecole.
En face de ces difficultés des transitions, que devons-nous faire, sinon nous ménager les uns les autres, avec une indulgence toute fraternelle, sur toutes les questions qui n'ont pas encore leur solution scientifique, et nous unir de plus en plus sur les points de doctrine sur lesquels l'unanime communion est accomplie depuis longtemps? Subordonnons (dans tout ce qui est d'action commune), subordonnons ce qui nous divise; faisons prédominer ce qui fait notre ferme lien, notre vieille amitié, notre unité parfaite.
Allons au fond des choses; prenons le titre même de notre vie et de notre mission :
Que sommes-nous? — Des Phalanstériens.
Que veulent les Phaîanslériens? — Réaliser rAssocialion intégrale dans la Commune.
Quel est rélément fondamental sur lequel porte TAssociation intégnde? — Le Travail attrayant.
Quel est le principe de l'attrait dans le travail? - — C'est la Liberté intégrale.
Quelle est la loi générale de la liberté industrielle; quel est le type de l'organisalion naturelle et divine du Travail? — C'est la Loi sériaire^ qui est comme le plan de la liberté, le type des harmonies mesurées de l'àme humaine.
Quelle est donc notre mission de Phaîanslériens? Qu'avons-nous à faire, pivolalement, en ce monde? — Nous avons à enseigner par la parole, et à démontrer par l'acte, l'efficacité de la Loi sériaire pour réaliser le Travail attrayant, d'où naîtront l'Association fraternelle et la transfiguration du monde.
Actuellement, donc, pour faire cesser le malaise qui nous afflige nous-mêmes, et pour agir sur ce monde, qui a soif d'ordre et d'organisation, qui se précipite aveuglément dans la haine et la guerre par impatience d'amour et de paix ou par désespoir, il nous faut reprendre fortement notre tradition, et nous remettre à notre fonction pivotale, un moment troublée par les secousses de la société moribonde ; il nous faut nous rattacher vivement et tendrement les uns aux autres, par la contemplation de ces subli-
mes harmonies, qui ont la propriété d'adoucir et de rasséréner les cœurs.
Remontons à la source essenlielle, et, pour nous servir du langage religieux, retrempons nos âmes dans la Foi, dans l'Espérance et dans la Charilé. Laissons à chacun sa liherlé sur les choses encore douteuses, prudemment reléguées; mais unissons-nous passionnément sur les vérités certaines pour tous, sur notre Symbole, qui est : Associalion libre par l'organisation du Travail allrayanl. Écartons un peu l'inquiétude des mille questions de l'universelle Vérilé, pour nous abandonner à l'enthousiasme de l'Espérance, sur ce point particulier de la science par lequel le génie de Fourier nous révèle les harmonies du règne de Dieu sur la terre, et nous entroun-e les parvis du ciel. Dévouons-nous tout entiers, avec l'infatigable patience de la Charité, à l'incarnation de l'Idée nouvelle, à l'éclosion du germe trouvé, germe divin, petite semence dédaignée par les grands savants du monde civilisé, mais dont l'épanouissement splendide concourra bien vite à éclairer les plus hauts problèmes de la Destinée.
N'est-il pas vrai, nosamis, qu'il n'y aurait plus de tiraillements, de tristesses, de langueurs dans l'Ecole, du moment où l'on se sentirait engagés dans l'étude positive du problème de l'Organisation du Travail ? — Il est incontestable que c'est là le vœu de tous, vœu profond, ardent, presque maladif.
Mais il est également vnn qu'il existe, parmi nous, des avis très-divers sur le mode de la Réalisation.
Les uns (c'est notre Gauche impatiente), les uns voudraient construire à la minute le Phalanstère intégral, et faire mouvoir, comme par un changement à vue, la Phalange avec toutes ses harmonies.
Les autres (ceux de noire Droite modératrice) inclinent volontiers à avancer par étapes progressives et lentes, à s'engager même de préférence dans les voies du Garantisme. Parmi ceux-ci, beaucoup espèrent qu'une vive impulsion garantiste, ayant plus de chances d'être suivie par le monde, permettrait la réalisation Irès-prochaine de l'Association intégrale; quelques-uns supposent que Fourier s'est laissé emporter trop loin sur les ailes de l'espérance, et que la société humaine, impuissante à franchir les périodes de transition, doit monter les degrés régulièrement, un à un, et n'atteindre à l'Harmonie qu'après des siècles de labeur. Dans ce sentiment, nous en savons qui poussent l'amour de la progression timide jusqu'à dire qu'on ne peut pas éviter la phase de Féodalité industrielle. C'est bien à ceux-ci qu'il est permis d'appliciuer la parole du Christ : • 0 hommes de foi modique! »
Quoi qu'il en soit, cette disposition existant réellement parmi nos Frères, il ne suffirait pas de la railler et de la condamner; mieux vaudrait
éclairer ces doutes par de bonnes raisons, e( mieux encore, essayer d'entraîner nos conservateurs dans les champs radieux de l'espérance, et de leur inspirer une foi plus hardie, par une démonstration pratique, à la fois très-prudente et Irès-concluHnte.
Nous savons tous quelle est, entre ees deux ailes extrêmes, l'altitude du Centre. Embrasser généreusement et hardiment l'idéal, se préparer à la prochaine constitution de la Commune sociétaire, mais en commençant l'opération par l'essaim enfantin ou Phalanslérion : tel a été le système recommandé par Fourier dans ses derniers écrits, et de vive voix ; système adopté par les trois héritiers nommés au testament du savant Maître, Madame Clarisse Vigoureux, Just Muiron et Victor Considérant ; système préconisé et étudié par le Centre (1), consacré par l'approbation solennelle de notre premier Congrès fraternel, en août 1848, et vainement présenté, l'année suivante, par Considérant, à une Assemblée nationale prévenue et peu éclairée. Celte combinaison mixte est certainement de nalure, sinon à passionner ceux de nos amis qui ont pris parti à gauche ou à droite, du moins à leur donner une satisfaction suffisante ; puisque, d'une part, elle tend rapidement au but idéal.
H) Éludes préparatoires faites par César Daly, Morize et autres.
el ijue, de l'autre pari, elle procède par progression et avec prudence.
En somme, pour expliquer el concilier les tendances en apparence contraires de nos deux ailes extrêmes, on peut résumer en ces termes généraux le double sentimei\t de nos Frères :
L'École, dans son ensemble, en fait de Réalisation, voudrait quelque cbose à la fois de trèsprudent, et d'essentiellement harmonique. Elle voudrait que son navire, arche du salut, put cingler vers les rives paradisiaques, tout en s'avançant la sonde à la main à travers les rescifs civilisés, et en saluant môme ce monde hostile d'un pavillon de paix et d'amitié.
Nous avons vu comment, en 1849, la proposition si loyale, si modérée, faite au nom de rÉcole, a paru encore énorme et monstrueuse à ce pauvre monde, et a fait reculer ses représentants effarés ; et nous avons pu constater avec douleur que le projet d'un modeste essai phalanstérien n'éveillait que d'assez médiocres sympathies, même dans le parti des démocrates novateurs. Le phalanstère enfantin, c'était encore trop pour la société officielle.
Depuis deux ans, les idées ont marché, et l'on sent de plus en plus qu'«7 y a quelque chose à faire, et qu'il faut se hâter de chercher ce quelque chose. Le moment approche où l'Ecole pourra avec succès renouveler sa mise en de»
— li', —
nieiire devant les Pouvoirs, et faire soleonelleiiient l'appel de Uéalisalion. Pour notre compte, nous sommes convaincus que des élections de 1852 datera l'ère définitive des travaux organiques et de Id renaissance sociale.
Quant au moment présent, l'éloiguement de son chef et de plusieurs de ses membres étant pour elle une cause d'affaiblissement évidente, l'Ecole , ce nous semble, n'est pas dans de bonnes conditions pour convier les hommes à la grande entreprise. Mais ce qu'elle peut faire utilement, ce qu'elle doit faire, c'est de rassembler les éléments de l'expérience prochaine, c'est de se préparer sérieusement à l'acte religieux qu'elle a charge d'accomplir sur la terre.
Nous venons donc, nos Frères, après avoir fraternellement consulté Considérant et ses collègues du Centre, et recueilli leur bienveillante approbation, nous venons solliciter votre concours pour une œuvre modeste, mais sainte, humble et petite, mais, nous l'espérons, précieuse et féconde pour le ralliement des cœurs lit des esprits dans l'École. Nous demandons votre confiance pour entrer sur le terrain pratique par la voie la plus simple et la plus obscure, dans de telles conditions que toutes difficultés sérieuses paraissent aplanies pour les plus prudents, et que, cependant, les âmes amoureuses de l'Harmonie se sentent aussitôt placées devant des faits dignes d'occuper leurs
méditations, capables de les aiguillonner, de les faire converger, de les unir dans le travail, dans l'espérance et dans l'amour.
Nous prenons tout simplement deux petites institutions existantes : la . Crèche et VEcole Malernelle (Salle d'Asile) , vagues esquisses harmoniques, ébauchées par l'instinct de quelques bonnes âmes. Nous unissons ces deux éléments , aujourd'hui séparés ; et nous transportons notre petit monde à sa place naturelle, dans les champs, au milieu des trésors de la Création.
Nous annonçons la modeste et juste prétention de perfectionner les deux institutions nouvelles, et de les approprier aux convenances des communes rurales. Puisque les agitations et les bouleversements font enfin comprendre la nécessité de rattacher les hommes à la vie des champs, il faut bien étudier les moyens d'offrir aux populations rurales ces avant ges de la première éducation, jusqu'ici réservés comme un privilège aux populations urbaines.
C'est là une question tout-à-fait opportune.
Cette double idée : — combinaison de la Crèche et de l'École maternelle, et leur perfectionnement pour les besoins de la vie rurale, — nous allons la compléter et l'élever encore par une idée supérieure , puisée aux sources de la plus pure charité sociale.
L'œuvre des Enfants-trouvés , on le sait , est
Tune des plus saintes qui aient été conçues par le génie du christianisme. Elle vaut une gloire immortelle à son pieux fondateur. Cette œuvre, notre devoir est de la poursuivre, de l'accomplir. Ne faire aujourd'hui, exactement, que ce que fit saint Vincenl-de-Paule au xvii" siècle, ce serait mal comprendre l'exemple qu'il nous a laissé. Vincent-de-Paule a entrepris, voulant que son entreprise fût continuée; et son âme, assurément, des sphères aroraales d'où sans doute elle nous contemple, attend des hommes l'accomplissement de son bienfait.
L'un de nous, Savardan, a publié un travail sérieusement étudié sur la condition des Enfantstrouvés (1), et son livre montre dans quel état
(1) Atile rural d'Enfantt-trouvés; à la Librairie phalansiérienne, quai Voltaire, 25.
Le 15 novembre 1840 le Conseil général de la Seine disait :
« En ce qui concerne la guetlion de l'amélioration du tort « det enfanlt, soulevée par te mémoire du docteur Savardan :
« Considérant que les mesures dues à la sollicitude éclairée « de l'administration des hospices, sont un heureux pas dans « la voie des améliorations ;
« Que, malgré les efforts cl la surveillance des agents de « cette administration, le sort des enfants placés dans des « familles voisines de l'indigence, où souvent ils sont traités « en étrangers, exploités, excités mém* à la mendicité et « quelquefois au vol, laisse beaucoup d désirer;
« Qu'il importerait à un haut degré de remplacer progrès- « sivement, dans des conditions suffisamment économiques, le « système actuel du nourrissage et ffl^\la pension, par de» u établissements agricoles, où, les enfants seraient, jusqu'à « vingt et un ans, soumis à une direction paternelle et éclai- « réc, formés aux travaux de la campagne, et élevés dans la
affligeaiil soiil placées ces pauvres peliles créatures, \icliraes de noire Civilisation vicieuse et cruelle, qui est parvenue à paralyser l'effort de saint Vincenl-de-Paule, et à enlever les Enfantstrouvés aux soins maternels des Sœurs de Charité. Savardan conclul à la fondation d'Asiles ruraux pour les Enfants-trouvés ; et l'on sait que son projet a été approuvé à l'unanimité, en 4847, par le Conseil général de la Seine.
C'est ce projet que nous reprenons.
Nous voulons faire des Enfants-trouvés le noyau de notre institut. Il nous semble bon que l'École sociétaire, étudiant les conditions de l'Harmonie prochaine, recueille pieusement les êtres que la Civilisation a le plus abandonnés. 11 serait beau que ces victimes, les plus sacrifiées, devinssent le premier instrument de la rédemption sociale, et que ce monde impitoyable envers eu.x leur dût le trésor de la paix et du bonheur. Il serait juste que celte parole de l'Évangile s'accomplît : « La pierre qu'ils ont rejetée est devenue le sommet de l'angle. »
Savez-vous, frères, jusqu'où a été, depuis la Révolution de Février, la sollicitude généreuse.
« pratique det bonnes mœurt ; que déjà les bons rétullals de u l'Asile £ainl-Firtnin sont un entouragemtnt. »
Après ces considérants, le Conseil dccidail ainsi à l'unanimilé :
« Le mémoire adressé au Conseil par 31. Savardan, sur la « eréalion d'un Asile rural pour iOO enfants-trouvés, est ren- « toyi à M. le préfet, avec prière de tneltre promptemeni d « 'l'étylde le projet contenu dans ledit mémoire. »
l'explosion de la philanthropie , à l'endroit des Enfants-trouvés? Jusqu'à proposer que sur la porte des hospices, aux mots Enfants-trouvés, fût substitué le mot Orphelins ! ... (1)
Vraiment ce n'est point assez d'un mot et d'un nom. Il estbien, pourtant, d'avoir senti le besoin d'effacer ce triste nom, qui exprime l'une des plaies et des hontes de la Civilisation ; mais il faut plus encore ; il faut que ces pauvres petits cessent réellement d'être orphelins. Il faut qu'ils trouvent désormais, non la sécheresse administrative à la place de l'amour maternel, non les hasards de la maison du pauvre paysan, non le délaissement qui les mène, pour la plupart, à la prison et au bagne; non : ce n'est point assez. Il faut qu'ils soient re'cueillis et sauvés, au sein d'une famille harmonienne etchrélienne.
Nps amis' bien aimés, et vous surtout, nos sœurs, dont l'esprit moins affairé et le cœur plus doux sont plus prompts aux actes de charité et de tendresse, vous tous qu'unit d'une sainte amitié l'idée grandiose et suhlime de Fourier, venez, venez, communions dans un sentiment de charité et de justice harmonienues.
(1) Proposition de M...
Four être justes, il faut dire que, sur la proposition du docteur Thierry, on avait, un moment, écrit sur la porte du triste asile : Hospice des enfants de la Patrie. Mais la chose parut bientôt immorale, et l'inscription fut effacée aussitôt que l'esprit conservateur reprit le dessus.
Nous, que le monde accuse d'irréligion , réparons, au nom de l'amour de Dieu et du prochain, les iniquités de ce monde corrompu. Donnons l'exemple de la réparation, comme l'entendait le grand cœur de Fourier, ce cœur, providence universelle, qui embrassa dans sa sollicitude infinie toutes les classes, tous les hommes, surtout les plus faibles, les plus déshérités ; qui conçut ce règne de la Justice divine, où il n'y a plus de pauvres et de parias, où il n'y a plus de trahisons lâches, de flélrissure et de deshonneur, où il n'y a plus de mères tuant ou rejetant leurs enfants, ni d'enfants à tout jamais privés de père et de mère, et passant sur la terre, infortune suprêrael sans avoir été réchauffés et bénis au foyer de la famille.
Amis, que la famille phalanstérienne donne donc l'exemple d'une sollicitude parfaite à l'égard des orphelins rejetés, l'exemple d'une adoption supérieure, plus intime et plus paternelle.
Nous proposons que chacun des groupes de l'École adopte un ou plusieurs Enfants-trouvés de sa localité, et reste chargé de leur entretien dans l'institut que nous allons fonder. Ainsi chacun de ces pauvres petits, outre le foyer de la famille générale dans lequel il sera éduqué, aura sa famille distincte, ses parants d'adoption, vers lesquels nous prendrons soin de ramener toujours son cœur par les liens de la reconnaissance
et de l'amour. Ainsi, chaque groupe de l'École sera rattaché à notre colonie enfantine, non pas seulement par la sollicitude générale, mais par une sollicitude spéciale et par une affection privée. Ainsi, notre colonie sera profondément, et de toutes parts , embrassée dans l'École par l'enchaînement sériaire des sentiments privés et des sentiments sociaux.
Et tout cela, et cette sainte adoption des réprouvés de ce monde, ce n'est point encore assez pour nos cœurs. Il faut que la famille phalanstérienne offre, la première, l'exemple de l'Égalité fraternelle. Il ne sufflt pas que nos amis donnent aux orphelins des pères et des mères, il faut encore que les enfants de nos amis donnent aux orphelins des frères -et des sœurs.
Plusieurs de nos amis, prévenus de notre projet, nous ont annoncé qu'ils voulaient réunir à nos pauvres Enfants-trouvés leurs propres enfants. Noble et pieuse inspiration ! Qu'ils soient bénis, ceux auxquels est venue l'idée de ce plus grand des actes delà Fraternité chrétienne! Oui, jamais on n'aura vu témoignage de charité plus haute. Saint Vincent - de - Paule a obtenu du monde que les Enfants-trouvés fussent ramassés, recueillis, élevés, mais élevés à part, à côté des ingénus et des légitimes ; et ces malheureux sont restés à l'écart, marqués d'un sceau de réprobation. Fouriêr, qui, dans son système merveilleux d'éducation, révèle, on peut dire, le
génie d'un Newton dans le i;œur d'un Vincentde-Paulc, Fourier forcera ce monde à faire rentrer les enfanls abandonnés dans la famille agrandie, toute pleine des trésors inépuisables de la fraternité (1).
• Voilà donc, amis, l'ensemble de notre projet.
Nos jHopres enfants fraternellement unis avec des Enfanls-trouvés, avec quelques enfanls d'ouvriers, de paysans, de domestiques : voilà notre petit monde d'expérience. Toutes les classes se trouvent ainsi représentées dans ce premier essaim unilaire.
Ces enfants, 'envoyés de nos diverses province, réprésentent, en outre, toutes les variétés de la race française. Et plus encore; nous demandons à nos amis d'A'ni,'lelerre, d'Italie, d'Espagne, de Suisse, de Belgique, d'Allemagne, d'Amérique, de l'Algérie, de nous envoyer des représcnlanls de leurs races diverses. Ainsi, nous voulons avoir comme un sommaire de la famille humaine, aiiii que toutes les races con-
(1) Beaucoup de parents, loiit en approuvant l'esprit de ce projet, ne seront pas disposés à nous conlicr leurs enfants, puisqu'il faudrait s'en séparer. Rien n'est plus légitime ; cl nous savons bien que personne, d;ins l'éducation ne peut su[)plécr les inllucnces de l'amour maternel ; et nous savons au^si que toute mère a besoin d'avoir sou enfant sous ses yeux. 11 suflil, pour que notre idée ait son accomplissement, que quelques pères veufs, ou quelques jiarenis, libres de venir habiter auprès de -nous, consentent à conlier leurs enfants à notre sollicitude dévouée.
courent sympalhiqueraent à nos essais; afin que l'idée (le la paix et de la fraternité universelle fleurisse, en quelque sorte, sur le berceau de nos enfants ; afin que Dieu bénisse dans notre petite œuvre rilumanilé déjà unifiée par le désir (1).
C'est sur cette petite famille, formée dans des ■ sentiments d'affection fraternelle et d'unité religieuse, que nous expérimenterons, dans la mesure de nos ressources, les méthodes de l'ordre sériaire, appropriant à ces forces naissantes tous les travaux de la culture et de la manufacture.
Tout préoccupés de satisfaire la double tendaiice manifestée dans l'École : d'une part, nous nous plaçons, vous le voyez, dans les conditions les plus prudentes et les plus réservées ; nous allons en quelque sorte prendre les civilisés chez eux, et nous entrons nous-mêmes dans leurs institutions connues, pour pouvoir, par ce chemin battu, les forcer à Içur tour d'entrer aux champs harmoniens ; — et de l'autre part, pour répondre aux aspirations supérieures, nous allons tout d'abord aborder en plein l'élude des procédés sériaires, et réunir tous les éléments d'une harmonie miniature. * ■ ^^
Où trouver mieux pour nous distraire des
(i) La présence de quelques enfants étrangers, de six à huit ans, nous .permettra de faifc apprendre, en jouant 3 nos enfants les langues vivantes-
conflits politiques, et nous calmer, et réunir nos cœurs, qu'une œuvre prntique, un naïf essai d'éducation malernelle? Celte contemplation tant souhaitée de la Vérilé divine, comment mieux nous la donner et mieux en jouir, qu'en ramenant nos esprits à cet infiniment petit d'une esquisse d'éducation unitaire-intégrale, à l'expérience sereine du travail attrayant parmi les plus petits enfants, germe d'où jaillira la vie dans sa splendeur, grain de sénevé qui deviendra un arhre immense, ombrageant tous les oiseaux du ciel et leurs doux concerts?
L'enfant (c'est une thèse à développer, thèse charmante et sublime), dans l'état normal de notre planète, lilrée en Amitié, dans les périodes harmoniques, l'enfaut devieul le uévélateuh PERMANENT DE LA DESTINEE. Ainsi s'cxpliqueul la sollicitude toute particulière de Fourier à l'égard de rcufance, et l'importance spéciale donnée au traité de l'éducation dans le livre de Y Unité universelle ; ainsi s'expliqueut le caractère royal attribué aux Petites Hordes, type de dévouement amical, et ce nom étrange : ombre de Lieu !.. El par un accord mystérieux qui, chaque jour, pour notre part, nous frappe davantage, nous voyons que le Christ avait la même singulière préférence pour les enfants, et qu'il les recommande, en quelque sorte, au respect des hommes de son temps comme des êtres privilégiés et vpif;ins de Dieu.
« Béni soyez-vous, mon Père, disait-il, qui « avez caché ces choses aux savants, et les avez « révélées aux petits. »
« Quiconque reçoit un de ces enfants, me reçoit. »
« Laissez venir à moi ces petits, et ne les empêchez, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. »
, « En vérité, je vous le dis, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un tnfant, n'y entrera pas. »
« Si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. »
« Veillez à ne dédaigner aucun de ces tout petits; car, je vous le dis, leurs Anges voient sans cesse la face de mon Père céleste. »
Et non -seulement le génie par excellence de la Charité, cette lumière du cœur, Jésus- Christ (1), l'Amour vivant, semble nous révéler, en ses termes voilés, que l'enfance est éminemment douée, et marquée d'un sceau divin; et nonseulement le génie même «le la science, Fourier, voue à l'enfance la part la plus accomplie de ses méditations sublimes, et lui confie la plus haute fonction du travail religieux : mais encore le bon
i*) Peu importe ici la manière différente de consid<*rer la figure du Christ : Fils unique de Dieu, ou prophète inspiré, ou simple philosophe, il n'en est pas moins, pour tout esprit impartial, l'âme la p'.us pure, la plus douce et la plus tendre.
sens populaire nous dit dans tous les siècles de l'enfant, qu'il est plus près de la nature.
Si l'enfant est plus près de la nature, s'il est reflet de Dieu, si l'attrait, en lui, vient directement de Dieu, du moment où nous allons étudier Tcnfant avec déférence, et le suivre avec docilité, nous ne pouvons manquer de voir des merveilles.
Et en expérimentant dans la première éducation la méthode de Fourier, nous allons être immédiatement conduits à un fait capital. Ce fait, c'est la mise en relief de la femme, laissée jusqu'ici trop à l'écart, et maintenue dans un état de passivité déplorable. Or, du consentement même des Civilisés,, l'éducation du premier âge est abandonnée aux femmes; et les deux institutions, Crèche et Ecole maternelle, restent sous leur direction. Par ce point ohscur, les femmes viennent d'entrer dans la vie publique, fait considérable, dont nos hommes politiques sont loin d'avoir compris la portée et prévu les conséquences.
Nous allons donc, Frères phalanslériens, convier la femme, non point, comme a fait le monde, par hasard, par entraînement aveugle, ou cédant à la nécessité, mais dans un sentiment de conscience profonde, par respect réfléchi de l'intelligence féminine , nous allons convier nos sœurs à venir travailler au grand œuvre.
Si deux hommes s'olTrent d'abord à vous pour
procéder à l'établissement premier, c'est parce que deux de nos sœurs, âmes éminentes, douées d'une haute capacité et d'une aptitude spéciale, ne peuvent pas, ne doivent pas s'engager en ce moment, par des raisons capitales ; c'est aussi, sans doute, parce qu'il est dans l'ordre de la Providence que l'homme prenne les devants et prépare ce que la femme doit accomplir, que l'homme défriche le sol, où, par les soins de sa compagne, s'épanouira la fleur embaumée.
Nous entreprenons donc l'œuvre, convaincus que le monde sera sauvé par les enfants guidés par les femmes, et, conséquemmenl, tout pleins de pieuse déférence envers l'enfant et de profond respect envers la femme, et tout prêts à effacer peu à peu, dans l'éducation, notre doraination majeure devant l'inspiration du génie mineur, plus sagace, plus délicat «t plus.tendre.
Nous vous offrons notre zèle et tout d'effort de nos deux bonnes volontés intimement unies entre elles. L'un de nous, Savardan, médecin, homme pratique, ayant administré avec fruit, pendant quinze ans, une grande exploitation rurale, se chargera plus, spécialement de l'adrai' nistration positive, agricole, industrielle et finaacière. L'autre, Laverdant, ayant pris son brevet d'instituteur du premier degré, répondra plus spécialement de l'éducation.
Tous deux, élant mariés, auront le bienveillant etprécieux concours de leui"s' familles.
Il est entendu que celte petite œuvre sera faite «ous notre responsabilité privée, que le concours donné par nos Frères n'affectera aucune forme solennelle de nature à engager le Centre de l'École, ou à compromettre la Théorie de Fourier.
L'École n'entreprend rien devant le monde; et nous-mêmes nous ne songeons à faire ni un Phalanstère, ni un Phalanslériori. Nous essayons simplement de prouver aux gens de bonne volonté que les principes et les méthodes de Fourier peuvent amener à' un perfectionnement de la Crèche et de la Salle d'asile. ^ ■**•
' Entre nous et pour nous, Phalanstériens, ce sera un petit champ d'expériences et d'études, où nous chercherons à confirmer par la pratique la conviction déjà faite dans notre intelligence ; où nous procéderons au développement de quelques fonctionnaires, qui, ainsi préparés, seront aptes à rendre des sei'vices meilleurs et plus prompts dans la première Phalange organisée.
Notre Colonie maternelle sera une pépinière d'attente.
Nous allons cultiver, soigner, dégrossir pour l'Harmonie, nos petits enfants déjà plus ou moins plongés dans cette Civilisation, qui altère et fausse si promplement les jeunes âmes par la négligence et par la contrainte. Le jour venu de l'édification du Phalanstère, nous transplante*
ions noire petite famille, .et nous espérons que, grâce aux études et aux soins antérieurs, nous pourrons presque immédiatement, ou du moins plus prompteraent, appeler le monde à venir contempler des tableaux d'Harmonie.
Si nous avons réussi dans notre objet spécial, lorsque l'Ecole renouvellera ses démarcbes devant l'Assemblée nationale et fera son appel au public, elle pourra présenter notre esquisse conmie un litre à la conûance. Elle dira : Voyez: nous avons fait seuls un effort de travail et de dévouement; nous avons prouvé dans la pratique la fécondité de nos idées; nous avons perfectionné la Crèclie et la Salle d'asile. Donneznous donc les moyens de continuer nos études et d'accomplir l'expérience du Travail attrayant.
Et cette petite céuvre recommandera l'École sociétaire* au monde, non pas seulement par l'efOcacité prouvée de ses méthodes, mais aussi par son caractère élevé et religieux.
Dans le réseau des préjugés et des défiances qui nous enserrent et nous font obstacle de toutes parts, n'est-il pas déplorable quelîous rencontrions, non -seulement les sceptiques et les égoïstes, mais encore beaucoup d'âmes charitables et religieuses? A ces bonnes âmes, l'ignorance est parvenue à faire accroire que nous voulions fonder le règne d'on ne sait quelle licence scandaleuse, d'où la religion serait ban-
nie, et où riioiiime, livré aux jouissances grossières, el régi par le code de la brute, rejetterait avec mépris tous les liens du devoir et du dévouement, toutes les affections pures et religieuses.
11 faut faire cesser au plus tôt cette erreur affligeante, qui perpétue les conflits, et semlde devoir précipiter l'un sur l'autre, dans une guerre fanatique et sauvage, le monde des socialistes et le monde religieux.
Prouvons, par un fait visible et tangible, quenous savons concevoir et exécuter des actes de dévouement, de fraternité et de paix, et que nos cœurs s'inspirent vésitablement à la source divine de la Charité.
Ce qtt€ nous proposons de faire devant le monde (l'adoption collective et intime des Enfants-trouvés, et leur union avec nos propres enfants), c'est le développement de l'œuvre de saint Vincent-de-Paule dans le sens le plusévangélique; et cet acte, nul, parmi lés plus fidèles chrétiens, ne l'a encore conçu, ou du moins, si de grands cœurs ont aspiré à cet idéal fraternel, nul ne l'a encore pratiqué, nul ne l'a présenté au monde. Notre Colonie maternelle, fondée sur ce plan, c'est la démonstration nette et claire de cette vérité : qu'il n'y a rien de plus essentiellemeat fraternel et unitaire, évangélique et chrétien, que la doctrine de Fourier ; c'est la preuve faite que les disciples s'inspirent à la source du
génie le plus religieux qui ait parlé dans l'humanilé depuis dix-huit cents ans. ,
Alors tomberont les défiances, et disparaîtront les préjugés. Alors les prêtres sincères, les pauvres bons curés de campagne, verront qu'on les a trompés, et ils cesseront d'entretenir autour d'eux une réserve inquiète contre nous. Alors les femmes, plus rassurées , examineront nos doctrines. Et toute femme qui écoutera avec douceur et impartialité l'exposé du système d'éducation de Fourier, passera, on le sait bien, dans notre camp. Et toute femme qui verra des enfants élevés selon nos méthodes de liberté harmonieuse, d'attrait et d'amour, versera des larmes de bonheur, et sentira que là est le germe de cette Révélation de la Révélation, annoncée au début de ce siècle, pai* un vaste esprit religieux. Alors le monde sera converti et conquis, et la transformation s'accomplira comme par enchantement; car il est écrit dans la sagesse proverbiale des nations : Ce qvff femme veut , Dieu le veut !
Allons, nobles et bien aimés frères, vous qui avez l'honneur d'être montés les premiers sur la brèche pour attaquer ce vieux monde des morts, en avant, en avant! Un pas encore dans la voie de la conquête et du triomphe ! Confionsnous à tout ce qu'il y a de plus petit, de plus humble et de plus misérable , l'enfant , l'Enfanttrouvé, l'enfant proscrit. La pierre rejetée de-
viendra le sommet de l'angle ; la plus petite des semences dounçra bientôt pour tous l'ombrage rafraîchissant.
Tandis que les partis semblent prôls à s'entredéchirer, nous, ouvrons nos bras pleins d'amour, et pressons sur nos cœurs la plus innocente victime de ce monde subversif. Unissons-nous dans cet acte de sainte charité. Oublions nos propres divisions. En faisant cet acte de fraternité, de paciûcation , de consolation du pauvre Enfanttrouvé, nous sentirons l'amour, la paix et le bonheur descendre en nous, émanés de Dieu même.