PARTIE 1V, — AGRICULTURE
nés qui forment le billon. L'eau qui n’est pas absorbée par le sol vient se réunir dans les rigoles d’écoulement c c c qui la conduisent dans le canal de desséchement d. Les espaces triangulaires e ee en tête, et u u à l'extrémité des billons, sont, comme les pentes latérales ou ailes du billon, des plans inclinés. Les espaces e peuvent être arrosés directement par le canal de dérivation, au moyen de pelites coupures faites dans le bord de celui-ci. Mais ordinairement cela n’est pas nécessaire, le sol étant maintenu dans un état suffisant d'humidité par les seules infiltrations du canal. Quant aux espaces u, ils reçoivent la portion d’eau qui arrive jusqu'à l'extrémité des rigoles d'arrosage. Afin que l'eau n’y coule pas en un seul filet, on y fait à la houe quelques petiles raies en éventail, à partir de la rigole.
Le fond des rigoles d'arrosage doit être à peu près au même niveau que le fond du canal, si bien qu'il suffit d'enlever la petite vanne ou la motte de gazon qui barre l'entrée de chaque rigole pour que l'eau s'y introduise et la remplisse immédiatement dans toute sa longueur.
Un empellement établi dans le canal, en aval du terrain qu'on veut irriguer, contribue encore à cet effet.
Les rigoles d'arrosage, et par conséquent le sommet des billons, sont d’une parfaite horizontalité. Les bords des rigoles surtout demandent à être faits avec beaucoup de soin, afin que l’eau se déverse par-dessus régulièrement dans toute leur longueur, et puisse arro-
110 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. ser ainsi avec une parfaite uniformité les deux ailes du billon.
Toutefois une légère inclinaison donnée à ces rigoles n'a pas autrement d'inconvénient lorsqu'on a soin, dans l’arrosage, d'y placer une petite vanne à main ou {out autre moyen de retenue pour forcer l'eau à se déverser par-dessus les bords, au lieu de couler immédiatement vers l'extrémité du billon. Placé d’abord au premier liers où quart de la rigole, ce petit barrage est reporté plus loin à mesure que le terrain en amont a été suffisamment arrosé.
Quant aux risoles d'écoulement, elles doivent toujours avoir une certaine pente. Cinq à dix millimètres de chute par mètre de longueur sont nécessaires pour le prompt écoulement des colatures.
Lorsqueles rigoles d'irrigation sont horizontales sur toute leur longueur, les rigoles d'écoulement allant au contraire en s’abaissant, il en résulte que l'inclinaison des deux ailes du billon (de la rigole d'arrosage à la risole d'écoulement) va en augmentant jusqu’à l’extrémité de celui-c1,
Cette inclinaison varie suivant les circonstances. Plus la situation est humide et Le sol frais et compacte, plus elle doit être forte. On donne alors jusqu'à 0,05, 0°,06 et même 0®,10 de chute par mètre de longueur, au commencement du billon, et à peu près moilié en sus vers l'extrémité. En Algérie, la sécheresse du climat et la nécessité d'utiliser toute l’eau, de
réduire, si cest possible, à rien, les colatures, impo-
PARTIE IV, — AGRICULTURE, LE sent l'obligation de ne donner que des pentes très faibles; 2 pour cent d'inclinaison et même moins suffiront dans presque tous les cas.
Les billons sont larges ou étroits, c'est-à-dire peuvent avoir depuis 8 jusqu à 20 mètres de largeur. Les billons étroits sont d'un établissement plus facile et moins coùteux que les billons larges; mais ils emploient beaucoup plus d’eau. Or, comme c’est l’eau qu'il s’agit avant tout d'économiser en Algérie, que d'ailleurs les billons étroits s’appliqueraient difficilement aux terres cultivées, je conseillerais aux colons, dans presque tous les cas, de s’en tenir aux billons de 44 à 20 mètres de largeur, chaque aile avant alors de7 à 40 mètres. Avec le peu d’inclinaison que nous avons dit nécessaire de donner à ces dernières dans ce pays, la différence de niveau entre la rigole d'écoulement et le sommet du billon, même à l'extrémité de celui-ci, ne sera pas considérable, et, dès lors, n'exigera point de grands travaux de terrassement.
Quant à la longueur des billons, elle doit être d'autant moindre que inclinaison du terrain est plus forte. Lorsque celte inclinaison est d'un cinquantième, on ne donne pas plus de 20 à 50 mètres, et du reste, mème dans les terrains sensiblement plats, on ne doit jamais dépasser 50 mètres, parce qu'à moins de faire les rigoles d'irrigation très larges, il serait impossible de conduire l’eau. jusqu'à l'extrémité du billon. D'ailleurs, plus on donne de longueur, plus les fautes quelconques qui ont pu être commises, dans les travaux
divers d'établissement des billons, deviennent apparentes et fâcheuses, plus, dès lors, il faut de soins, d'exactitude et de dépenses pour les éviter.
Des billons larges de 46 mètres et longs de 50 à 55 auront des rigoles d'irrigation de 0°,50 de largeur sur 0,10 de profondeur au commencement, et de 0",45 sur 0°,05 à 0",06 vers l'extrémité. On augmentera cette section dans les terres arables, surtout si le sol en est perméable. Les rigoles d'écoulement ont à peu près les mèmes dimensions; seulement , comme on a pu le remarquer déjà sur la figure 54, elles vont en s’élargissant, tandis que les rigoles d’arrosage vont en se rétrécissant.
Pour ce qui est de l'établissement des billons, il peut avoir lieu à la charrue, partout où les circonstances sont favorables, c’est-à-dire partout où la surface.est passablement plane, cas ordinaire dans le fond des vallées et dans les plaines, dans les lieux, en un mot, où convient ce mode d'irrigation. Pour faire ces billons à la charrue, on endosse deux ou trois-fois de suite sans /endre. On comprend, du reste, que les billons ainsi formés ne sont encore qu'à l’état d'ébauche incomplète, et qu'il faut la pelle, la houe avec le secours du niveau, des jalons, piques, nivelettes et cordeau pour les terminer, en donnant au sommet la parfaite horizontalité ou la légère inclinaison qui lui convient, et aux ailes la surface unie et la déclivité régulière qui leur sont indispensables.
Ce mode d'irrigation, de mème que le précédent,
peut s'appliquer aussi bien aux terres arables qu'aux prairies, et cela par le même moyen, c’est-à-dire en isolant les rigoles d'arrosage et d'écoulement de la superficie en culture et en les rendant permanentes au moyen de deux étroites bandes de gazon qui bordent chacune d'elles. On laisse également intacts les espaces e et u qui restent ainsi en herbages, à moins qu'on ne veuille les cultiver à la bèche. Dans l'un et l'autre cas, ces espaces peuvent être complantés en orangers, citronmiers, etc. Il en est de même des bords des rigoles d'arrosage et d'écoulement. Le reste peut être cultivé soit à la charrue, si les billons sont assez longs, soit à bras dans le cas contraire.
Ce que jai dit précédemment de la nécessité de se rapprocher de la méthode perfectionnée ou artificielle, lorsqu'il s’agit de terres arables, s’appliqueentièrement au cas présent. Les billons seront également établis avec plus de soins, les rigoles, surtout celles d'arrosage, mieux faites, les pentes mieux nivelées pour un terrain cullivé, que lorsqu'il ne s'agira que d’une prairie. Enfin, il y faudra un peu plus d’eau par chaque arrosage.
On sait déjà que, dans ce mode d'irrigation, l’eau n’est ordinairement utilisée qu'une seule fois. Il est cependant des cas où elle peut l'être à plusieurs reprises différentes, comme dans le système précédent. On en voit de nombreux exemples en Lombardie et dans les Vosges. C'est non-seulement faisable, c'est mémenécessaire partout où 1ls’agit d'arroser une surface de plus
de 50 mètres de longueur, dans le sens de la pente, lors= que celle-ci a de un à deux centimètres et plus de chute, Le terrain est alors divisé, dans le sens de sa longueur, en deux, trois, quatre parties, dans chacune desquelles on établit le nombre de billons que comporte sa largeur. Le canal de desséchement ou colateur de la première série de billons devient dès lors canal de conduite ou de distribution, comme on voudra l'appeler, pour la seconde série, c'est-à-dire que c'est de ce canal que partent les rigoles d'arrosage de ces billons, et qu elles reçoivent leur eau. Ilen est de mème de la troisième, quatrième séries et autres. J'ai à peine besoin d'ajouter que dans un cas pareil, le niveau de chaque série de billons doit être calculé et établi avec beaucoup de soin relativement au niveau de la série supérieure et à celui de la série inférieure, ce qui ne peut se faire sans de grands mouvements de terrain, par conséquent sans des dépenses assez élevées pour travaux de terrassement. Plus la pente est forte, plus les frais en pareille circonstance sont considérables.