Colonisation [microforme]
Au Clergé Séculier et Régulier, aux Communautés Religieuses et à tous les Fidèles de Notre Diocèse, Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur.
Nos TRÈS CHERS FRÈRES,
Au milieu des labeurs incessants de Notre charge pastorale, Notre cœur s’est plus d’une fois vivement préoccupé des moyens à prendre pour encourager, aider et faire prospérer l’œuvre religieuse autant que patriotique de la colonisation. Enfin nos désirs sont satisfaits et Nous élevons la voix, en ce jour, avec
bonheur, pour donner au mouvement déjà imprimé
par des cœurs généreux, et patronné par Nous, toute la vertu dont Nous sommes capable.
Dieu, N. T. C. F,, en Nous appelant au pénible ministère de Pasteur des âmes et en Nous établissant Guide, dans les voies du salut, des Fidèles de ce Diocèse, Nous impose par là même le rigoureux devoir d'encourager, de favoriser, d'aider, selon Notre pouvoir, toute œuvre tendant à procurer leur bien spirituel, comme aussi de diminuer, d'écarter, de prévenir les obstacles à leur sanctification. |
Bien plus, portant au milieu de vous le titre de Père, Nous en devons remplir les devoirs, en prendre la sollicitude et étendre sur tous, à l'exemple de Jésus-Christ et des Apôtres, Notre vigilante providence.
Nous devons enfin à chacun de nos Fils en Jésus- Christ conseils, secours et consolations, sélon ses besoins, même dans les choses temporelles, puisqu'elles sont dans un degré inférieur sans doute, mais véritable, des moyens utiles, souvent nécessaires pour s’adonner librement au service de Dieu.
Or, vous le savez, N. T. C. F, il sévit depuis plusieurs années, dans notre catholique province, un fléau terrible dont l'action pernicieuse entraîne des dommages de plus en plus préjudiciables à l'intérêt public, porte des coups plus funestes encore au bienêtre spirituel et temporel des familles et expose à des dangers sérieux les âmes non moins que les corps d’un grand nombre de fidèles. Cet éclat d’un peu d'or de nos voisins frappe les yeux des nôtres et captive leurs cœurs ; il les éblouit au point de les décider à partir en foule, à quitter le sol natal, des parents, leurs ainis, la famille elle-même, pour le posséder au prix d’un dur et servile labeur. Fugitifs
et errants de ville en ville, jetés ça et là au milieu d'étrangers, n'ayant point de prêtre souvent, qui les connaisse et puisse veiller sur eux, avec des compagnons livrés à l’hérésie ou sans religion, ils perdent bientôt de vue l'Eglise leur mère, omettent la pratique de ses préceptes, oublient ses divins enseignements et finissent quelquefois par éteindre cette foi vivace que nous leur avions donnée.
Sans doute—car Nous ne voulons pas exagérer— on en voit qui, groupés autour d’une église et d’un prêtre, forment de florissants villages où la religion est à la fois honorée et pratiquée. Mais ce consolant état de choses, dû à l'énergie de quelques hommes apostoliques, est récent et n'existe que pour l’infime minorité. Les autres, délaissés par leur faute ou à cause du manque de prêtres, perdent les consolations de la religion et mangent, dans l'amertume d’un cœur coupable, le pain gagné si chèrement. Ils ne rencontrent pas même dans leur fuite cette aisance qu'on leur promettait, et plusieurs perdent jusqu'à l'espoir de jamais refaire tout ce qu'une imprudente convoitise des richesses leur a enlevé en un jour. Enfin, croyez-le, N. T. C. F., d’après leur propre témoignage : s’il en est qui surgissent et mettent en bon état leurs affaires, bien plus vivent au jour le jour, n’ayant pas en réserve la plus minime somme . pour passer les jours d’infortune et d'épreuves.
Telle est donc brièvement la triste position que se sont faite des milliers de catholiques en quittant notre pays ; et ces rapports, remarquez-le bien, nous viennent souvent d'hommes qui, pour être euxmêmes des émigrés, n'ont par c-nséquent aucun intérêt à forcer la vérité dans u. sens condamnant
leur propre conduite, et doivent aussi mieux que
nous connaître la réalité d’un état de choses, dont ils sont les témoins oculaires.
Mais, le croirait-on ? Ces tristes nouvelles, mille fois répétées, n'ont jamais pu contrebalancer efficacement l'espèce de passion qui s'empare, chaque année, d’un nombre considérable de nos concitoyens. Quelquefois, nous l’avouons, la misère, s’offrant menaçante à la porte de certains pauvres, les pousse à chercher légitimement, ailleurs que chez nous, des moyens de subsistance ; mais, sont-ce là les raisons de la majeure partie de ceux qui désertent le pays ? Non ; nous ne le croyons pas. L'espoir attrayant de faire fortune ou de gagner, en peu de temps, une somme d'argent qu’on devra dépenser de même ; des illusions enfin, pour la plupart du temps, subjuguent, entraînent et perdent finalement une foule d’âmes.
L'on dira peut-être que la Providence, dont les voies sont admirables, a voulu, dans un dessein de salut pour nos frères séparés des Etats voisins, cette émigration en foule d’un peuple catholique; que c'est un apostolat dont on recueille déjà quelques bons fruits.
Mais, outre que Dieu sait toujours tirer le bien du mal et faire servir à sa gloire les fautes mêmes des hommes, les effets salutaires qu’on attend du séjour des nôtres en ces lieux componseront-ils jamais les pertes et les maux qui nous en reviennent? Dans tous les cas il est certainement dans l’ordre des choses qu'un peuple s'efforce, en se développant dans sa propre sphère, de parvenir à une parfaite croissance. Par une prévoyante disposition de la divine Sagesse, il aura toujours à sa portée, dans :e pays où il a pris naissance, des secours conformes à ses besoins ; il y rencontrera les aliments d'action les
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plus appropriés à son caractère, à son esprit, à son génie particulier ; en un mot, il trouvera chez lui les ressources, les moyens de succès les mieux adaptés à sa constitution morale et physique. Et, quand une fois il aura grandi et sera devenu, après avoir été fidèle à sa vocation, un grand arbre, solide en ses profondes racines, intact et vivace en toutes ses parties, étendant au loin ses nombreux rameaux et portant de dignes fruits à la gloire du Seigneur; alors la Providence lui découvrira une terre nouvelle où déversant le trop plein de sa vie, il donnera naissance à un peuple nouveau qui, à son tour, prendra un caractère et des coutumes conformes aux lieux de sa formation.
Hélas! que faisons-nous ? À peine commençonsnous de vivre que déjà nous nous divisons ; nous dispersons nos forces et nous laissons, sans l’exploiter, un sol immense et fertile. Nos enfants, au lieu de s'emparer de tant de richesses, qui sont nôtres après tout, et de concourir au développement du pays et à l'extension de la religion, s'en vont par milliers se faire, à nos dépens, la main ouvrière d’un peuple riche et indépendant.
Qu'on se flatte à loisir de voir un jour nos compa. triotes émigrés gagner de l'influence et peser d’un poids considérable dans les destinées de leur nouveau pays, il reste toujours vrai de dire que le bien réel du pays, de la religion et des individus est sacrifié à des espérances incertaines.
Ah ! c’est donc à bon droit que l'opinion publique, dans ces derniers temps, s’en est vivement émue! Le clergé tout entier, nos hommes publics, tous les citoyens ayant à cœur le bien de la religion et du pays ont, en maintes circonstances, manifesté leur
crainte à ce sujet. Ils se sont demandé s'il s'était point temps de lutter avec plus de vigueur contre un mouvement fâcheux et déraisonnable qui enlève au pays ses meilleurs bras, entrave son progrès et laisse sans valeur des étendues immenses d'un terrain riche et facile à cultiver, où tous ces émigrés, en sachant attendre et travailler, trouveraient, pour eux et leurs enfants, une aisance douce et assurée, sans courir ces dangers de toutes sor s qu'ils affrontent loin du pays pour un soulagement passager.* Plusieurs se sont mis en frais de répondre à leurs convictions d’une manière pratique : ils ont formé diverses associations dans le but généreux d'attirer des colons et de hâter le défrichement des terres. Le Gouvernement Provincial, comme il était de son intérêt assurément, puisqu'il en doit si largement bénéficier, a donné à cette œuvre son puissant appui et son concours salutaire, soit par des cessions de terrain, soit par des actés civils, soit enfin par des sommes d'argent ou des promesses d’autres secours.
Quant à Nous, N. T. C. F., sans avoir fait tout ce que nous voulions, Nous n'avons pourtant pas déserté notre poste dans une si noble cause. Nos vrêtres vous ont courageusement précédés dans ces forêts ; ils vous y attendent, ils vous y appellent depuis longtemps, vous promettant, avec les services de leur ministère, un généreux concours dans vos travaux. Nous avons fait plus : une société diocésaine s'est formée dans le but d'encourager les nouveaux colons, de recueillir des aumônes pour aider soit à l’entretien de nos missionnaires, soit à l'établissement des plus pauvres en ces colonies. Enfin, des prêtres, choisies et envoyées par Nous, ont pour missions spéciale de prêcher par notre Diocèse, la colonisation, de pro-
voquer des contributions à cette fin et de fournir à tous, les renseignements et les secours en leur pouvoir.
Mais, dans toute entreprise difficile, il vient un temps où la’ première ardeur se relâche et menace de tomber tout à fait si l'on se contente des premi. s moyens, plus assez efficaces ou devenus insuffisants. Il faut alors, sous peined'’épro:. .er des échecs plus ou moins désastreux, redoubler d'attention, s'ingénier à trouver de nouveaux moyens, ranimer l’action générale, en un mot, raffermir l'œuvre que l'on prétend créer.
Sans doute, au sujet de la nôtre, tant de dévouement, tant d'efforts, tant de généreux actes venus de tous côtés ont eu des effets heureux, palpables et constants ; notre œuvre, sortie de son enveloppe, a fait depuis longtemps ses premiers pas. Cependant il faut nous l'avouer, son succès, pour être désormais assuré, n’en est pas moins lent et tardif.
Voulant donc aujourd'hui remplir surabondamment notre tâche et donner à cette œuvre,que nous faisons entièrement la nôtre et dont nous désirons ardemment le succès, une impulsion nouvelle qui . prévienne toute lenteur, écarte une foule d'obstacles et accélère sa marche, Nous établissons sur des bâses plus complètes et plus solides notre société diocésaine dite de colonisation. Dans une feuille jointe à ce mandement vous aurez à cet effet divers règlements dont il vous sera fait lecture ; leur bon fonctionnement portera, Nous en sommes sûr au profit de notre œuvre, les résultats les plus henreux. Nos dévoués collaborateurs, MM. les Curés, qui tous, ont à cœur comme Nous, le succès d’une cause dont ils comprennent parfaitement l'importance, vous en ex-
pliqueront l’organisation dans ses détails et dirigeront sûrement et efficacement votre zèle et votre concours.
En terminant, N. T. C. F., Nous vous demandons à tous de porter à cette société un intérêt particulier, de lui accorder sans retard, soit comme zélateurs, soit comme associés, votre part de charitable émulation, de l’aider enfin, selon vos moyens, à fonctionner, s'étendre et prospérer. Vous comprendrez, sans: qu'il nous faille insister davantage, combien cette: œuvre, par son caractère à la fois religieux et patriotique, est digne d'occuper vos cœurs chrétiens et de: recevoir vos suffrages et vos aumônes.
Dieu, N. T. C. F., dont la divine libéralité cherche sans cesse où se manifester, trouvera dans votre zèle un heureux motif de répandre sur vous ses célestes faveurs. Il récompensera magnifiquement, c’est-àdire au centuple, comme il nous l’a promis, le temps les travaux, les démarches et les aumônes dont vous. lui aurez fait le sacrifice. Il vous accordera enfin, si vous persévérez dans ces pieuses pratiques, une vie toute de glrire dans son éternel séjour.
À ce. ausas, le saint nom de Dieu invoqué, nous statuous e églons ce qui suit :
lo. La, ciété de Colonisation est une œuvre dio-césaine et sera, par conséquent, établie dans toutes: les paroisses de notre diocèse, sur les bâses et avec les
règlements donnés dans la Circulaire adressée à Messieurs les Curés.
20. Une quête spéciale sera faite en faveur de la. Société de Colonisation le dimanche de la solennitéde St. Jean Baptiste,
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80. Le prédicateur chargé de prêcher la colonisation dans le diocèse sera et devra être considéré comme Je principal zélateur de la Société.
40. Chaque curé se fera un devoir d'inviter ce prédicateur de la Colonisation à prêcher cette œuvre dans sa paroisse.
5o. Nous attribuons aux diverses sections de la Société de Colonisation établies dans chaque paroisse les Indulgences accordées par Notre Très Saint Père le Pape à la Société de Colonisation par l’Indult, que Nous publions à la suite de ce mandement.
Sera le présent Mandement lu et publié au prône des messes paroissiales, et au Chapitre des Communautés Religieuses, le premier Dimanche après sa réception.
Donné à Montréal, en Notre Palais Episcopal, ce 10e jour du mois de Février, de l’année mil huit cent quatre-vingt-quatre, sous Notre seing et sceau et le Contre-Seing de Notre Chancelier.
+ Epouarp Cns, Ev. de Montréal.
Par mandement de Monseigneur,
T. HAREL, Ptre, Chancelier.
Beatissime Pater,\
Eduardus Carolus, Episcopus Diæcesis Marianopolitanæ, Canada, ad pedes Sanctitatis Vestræ provolutus, exponit humiliter quod Societas vulgô dicta “ Société de Colonisation de Montréal” fundata est ad procurandum ædificationem Ecclesiarum, et in ge-
nere ad omnia media ad salutem colonis præstanda, postulat ut omnibus membris hujus Societatis sit facultas lucrandi Indulgentias sequentes :
10 Indulgentiam plenariam sub conditionibus ordinariis die festo Epiphaniæ, die festo Sancti Isidori Agricolæ, 15 Maii, die Visitationis B. M. V., 2 Julii ;
20 Indulgentiam 300 dierum quoties eadem membra assistunt Comitiis in favorem Operis ;
80 Indulgentiam 60 dierum quoties laborem suum præstant ad opus idem propagandum.
Ex audientià $S. Smi diei 23 Novembris 1879.
S. Smus Dominus Noster Leo Divinà Providentià P. P. XIII, referente infrascripto S. Congnis de Propagandà Fide Secretario, porrectis precibus rescribendum jussit pro ut sequitur :
Ad lum Petitam Indulgentiam Plenariam pro diebus festis Epiphaniæ D. N. J. C.; $. Isidori Agricolæ ; et Visitationis B. M. Virginis benigné concedere dignatus est in formà Ecclesiæ consuetà, servatis servandis.
Ad 2um Païtialem biscentum dierum Indulgentiam pariter elargiri dignatus est ab omnibus et singulis Sociis lucrandam, quoties Comitiis in favorem operis assistunt.
Ad 3um Negativè.
Datum Romæ ex Aed. $. Congnis, die et anno ut supra.
Gratis quocumque titulo.