‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 3)Chapitre 89 sur 97 · V. — ON AVAIT DIEU · texte numérisé non relu

V. — ON AVAIT DIEU

Le Temps a montré, ces jours-ci, quelque mauvaise

humeur au sujet de mes articles. Je ne m'en plains pas, au contraire, et sije viens aujourd’hui seulement

essayer de lui répondre, il en faut accuser les vacances

dont les derniers jours ont, pour les députés comme

pour les écoliers, un charme singulier.

Mes « allures dégagées devant le péril révolutionnaire » paraissent au Temps « absurdes et ridicules », et mon langage lui rappelle Le « Crève done, société ! » du marquis d’Auberive. Car, dit-il, « les conservateurs ont gardé Jusqu'ici tous leurs avantages sociaux, leurs

hôtels, leurs châteaux, leurs équipages », et « c’est

parmi eux qu'il y aurait le plus grand nombre de gens ruinés » par l’avènement du socialisme.

Mon Dieu ! je ne doute point que les amis du Temps et moi, nous ne passions, de compagnie, un assez mauvais quart d'heure, le jour où le gouvernement révolu-

tionnaire sera installé, et je crois même que, ce jour-

là, le concours de ces « droitiers », dont le Temps parle avec une fière désinvolture, ne paraîtra pas aux

«gauchards » si fort à dédaigner.

On les verra à leur poste, comme toujours, comme

en 1848, comme en 1871, travaillant à sauver la société,

livrée à la Révolution par l'exemple des gouvernants.

‘1. 3 octobre 1908.

| J'ai commencé ma vie publique dans cette épreuve ; Fu je crains bien, à son déclin, d'en retrouver l'amer- tume, et c’est, J° l'avoue, une pénible perspective ; à mon âge, on n’a point le goût de ces rudes émotions. Aussi je ne trouve pas, quoi qu’en pense le Temps, l'heure propice au « dilettantisme superbe » qu'il a L cru discerner dans mon âme, et je ne saurais, en pareille matière, me plaireaux « répliques de comédie » auxquelles il compare mes articles. Je sens bien trop profondément, il peut en être convaincu, le sérieux et la gravité des périls où ses amis nous ont jetés.

Seulement, s'ils me menacent comme eux, il y entre nous une très grande différence. : 341000 Pour eux, c’est l'effondrement soudain d’une longue #08 et hautaine prospérité. Pour moi, c’est l'achèvement prévu d’une souffrance de trente années. = ee J'ai vu, dans mon pays, une coterie politique s’ins- taller au pouvoir par la scandaleuse violence des invalidations, par la distribution corruptrice des places et des rubans, par la complicité forcée de sept cent mille fonctionnaires, cruellement placés entre les sollicitations de leur conscience et celles de la nécessité. J'ai

vu ces hommes user de leur puissance pour détruire 24 et fouler aux pieds tout ce que j'ai le plus aimé avec la < 2 patrie française, l'Église catholique et les traditions É* chrétiennes de la nation. es

Ce qui me reste à voir pourra coûter davantage à. De. mon bien-être et à mon repos: mais rien ne saurait R être plus douloureux à mon cœur que l’histoire de ce quart de siècle, où j'ai assisté ainsi à la ruine de toutes ù

. Liutions religieuses de la France, nue pré- | parée. consommée, par ceux qui l'ont gouvernée. Dans cette ruine immense, quels sont les hommes à État qui n'aient eu, par leur initiative, leur compli- . cité ou leur faiblesse, une lourde part de responsabilité ?

J’ose le demander au Temps qui les a bien connus.

ni se croit assuré qu'à l'heure où le socialisme mettra en péril le château, l'hôtel et les équipages qu'il veut bien me supposer, je commencerai à « rire jaune et à regretter amèrement de n'avoir pas plus tôt défendu l’ordre social ».

La plaisanterie est amère, en vérité, s'adressant aux hommes qui eurent le courage, parce qu'ils espéraient ainsi servir efficacement leur religion, de sacrifier

K blier leurs longs espoirs et leurs justes ressentiments, pour essayer de faire vivre une République honnête, libérale et respectueuse des droits de la conscience.

ie leur faute s'ils ont échoué? si « l'esprit nou. veau » que Spuller, las de poursuivre « lentement mais sûrement » la destruction de l'Église catholique,

des passions sectaires ?

Quand, durement blâmés par leurs amis les plus

tions, tendre loyalement la main aux adversaires de la veille, comment furent-ils accueillis ? J'entends encore les interruptions violentes, les répliques irritées, les

cours, lorsque je voulus, quelques mois avant le

+ ce cu : | -. 1e Fe. RCE Rate RS compars D DER ET D AUJOURD’ AOL 300,

leurs pensées intimes et leurs vues personnelles, d'ou-

tenta de souffler à son parti, fut balayé par la tempête

anciens, ils vinrent, pour obéir à d'augustes inspira-

paroles hautaines, par lesquelles fut haché mon dis-

meurtre du président Carnot, apporter, au ministère de .M. Casimir-Perier, la promesse d’un concours désintéressé contre l’anarchie à chaque heure grandissante.

Pourquoi ces dédains dont l’histoire d'aucun autre régime n'offrit l'exemple ?

Barbé-Marbois raconte qu'au 18 Fructidor, les violents disaient aux modérés : « Montez à la tribune et déclarez que vous auriez voté la mort du roi ! alors vous serez des nôtres. » C'était ici quelque chose de semblable: IL eût fallu monter à la tribune et dire «J'accepte toute la législation antichrétienne, les lois scolaires, le divorce, les décrets contre les congrégations, demain leur proscription, la destruction progressive du budget des cultes, demain sa suppression ! » Alors on nous eût peut-être accueillis, et on dirait, aujourd'hui, que nous avons bien défendu l’ordre. social ! à

Voilà la vérité, et elle appelle immédiatement une question.

Qu'est-ce que l’ordre social? Le Temps croit que, pour nous, c’est celui qui nous assure ( une existence confortable ». Cela, c’est la paix du gendarme, comme disait M. Clemenceau, qui garantit au plaisir et au luxe la liberté des jouissances, pendant qu'à son abri s’'accomplissent les attentats contre les âmes.

Cette paix du gendarme suffit, j'en conviens, à beaucoup de conservateurs pour qui le premier Mai et l’impôt sur le revenu constituent l’abomination de la désolation. Je ne suis point du nombre, et il y a, en France, beaucoup de braves gens, catholiques et con-

- Pour ceux-là, la défense de l’ordre social, c'est __ d’abord le respect et la protection du christianisme, non point le respect hypocrite et la protection formulaire, dont quelques-uns consentent à gratifier une religion bonne pour le peuple et gardienne des coffres-forts, mais la politique chrétienne qui repousse le divorce néfaste entre Dieu et la loi civile, qui demande à la religion le fondement de la morale, ruinée dans les a âmes depuis qu’elle en est affranchie, et la base de la __ justice, flottante comme une balance folle, depuis qu'elle en est séparée.

. La défense de l’ordre social, c’est la liberté donnée 4 loyalement aux consciences religieuses dans l’école et dans l'église, au lieu de la stupide tyrannie des instituteurs athées et des maires francs-maçons ; c’est l’égalité assurée à tous les citoyens pour le service de l'État, au lieu du favoritisme sectaire ; c’est l’énergique répudiation des idées, des doctrines et des hommes qui ; détruisent l’armée nationale et l’amour de la patrie. Fe Le Temps a-t-il oublié les noms de ceux qui furent, dans notre pays, les auteurs ou les complices de la lente e destruction du christianisme ?

| A-t-il perdu le souvenir de ce « Triomphe de la République », où, sous les yeux de M. Loubet et de M. Wal- % deck-Rousseau, défilèrent les drapeaux rouges et les __ troupes de la révolution sociale? | Il aime à reprocher aux catholiques ce qu'il appelle « la politique du pire ». Cette politique, je la connais

L servateurs comme moi, qui n'en sont pas davantage.

É: bien : c’est celle des hommes qui, pour se maintenir : au pouvoir, ayant semé le vent, se plaignent de récolter la tempête.

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Elle se lève, en effet, sombre et menaçante. La voyant

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. songe à ce le eo ra Louis | un Let la Révolution, de

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