Reg. des insinuations de l'évêché de Saint-Malo
en l'honneur de saint Michel1. Ces deux sanctuaires n'existent plus aujourd'hui.
Nous terminerons ce chapitre par quelques extraits des anciens registres de baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de Combour; quoique ces registres ne remontent pas au-delà de 1635, ils nous fourniront néanmoins bien des notions qui compléteront ce que nous avons dit des seigneurs de Combour et en particulier de la famille de Chateaubriand avant la Révolution.
Nous y voyons tout d'abord que les marquis et marquises de Coëtquen ne dédaignaient pas de tenir sur les fonts baptismaux de Combour les enfants de leurs vassaux, particulièrement ceux des officiers de leur maison. Ils aimaient aussi à faire administrer à Combour les cérémonies baptismales de leurs propres enfants; détail de moeurs de l'époque, souvent ceux-ci étaient alors tout grands, adolescents même. Ainsi le 23 mars 1651, Malo de Coëtquen, fils d'autre Malo marquis de Coëtquen et de Françoise de la Marzelière, né et ondoyé le 3 septembre 1633, âgé par suite de plus de dix-huit ans, fut à Combour « nommé et tenu sur les saints fonts par le procureur de messieurs les bourgeois de Saint-Malo et haute et puissante Henriette d'Orléans, marquise douairière de Coëtquen; et fît les cérémonies du baptême messire Jean Roger, recteur de Combour.» — Le 21 novembre 1682, les mêmes cérémonies furent conférées à Malo - Jean de Coëtquen, fils d'Henri de Coëtquen, marquis de la Marzelière, et de Guillemette Belin, né et ondoyé le 22 janvier 1676; son parrain
fut Malo marquis de Coëtquen et baron de Combour.
Arrivons à la famille de Chateaubriand.
Le 8 janvier 1780, les deux sœurs aînées de Chateaubriand fiancèrent solennellement dans la chapelle du château de Combour, l'une avec le comte de Marigny, l'autre avec le comte de Québriac. Trois jours après, Malo-René Sévin, recteur de Combour, vint dans ce même sanctuaire bénir ce double mariage. Voici l'acte qu'il dressa à la suite de la cérémonie :
« L'onze janvier 1780, après la proclamation unique faite canoniquement sans opposition tant en cette église (de Combour) qu'en celle de Saint- Léonard de Fougères, diocèse de Rennes, et ce en vertu des dispenses des deux autres bans accordées tant par le seigneur évêque de Rennes le 2 janvier, insinuées et contrôlées le même jour au greffe des insinuations ecclésiastiques dudit diocèse de Rennes, que par notre seigneur évêque de Saint- Malo, en date du 8 du présent, insinuées et contrôlées le même jour au greffe des insinuations ecclésiastiques dudit diocèse de Saint - Malo, haut et puissant messire François -Jean- Joseph Geffelot, chevalier, comte de Marigny, capitaine à la suite des Dragons, fils mineur de feu haut et puissant François Geffelot, en son vivant comte de Marigny, et de haute et puissante dame Jeanne de la Roche- Saint-André, comtesse de Marigny, né et domicilié de la paroisse Saint-Léonard de Fougères, diocèse de Rennes, — et haute et puissante demoiselle Marie-Anne-Françoise de Chateaubriand, fille aînée de haut et puissant messire René-Auguste de Chateaubriand, chevalier, et de haute et puissante dame
Apolline-Jeanne-Suzanne de Bédée de la Bouëtardaye, comte et comtesse de Combour, seigneurs de Gaugray, Godheu, Plessix-Lespine, Boulet, Malestroit-à-Dol et autres lieux, née en la ville et paroisse de Saint-Malo et domiciliée de cette paroisse (de Combour), le tout du consentement et en présence des susdits comte et comtesses de Chateaubriand et de Marigny, et ce en vertu du décret de justice rendu au siège royal de Fougères en date du 4 du présent au rapport du sieur Le Sueur en faveur du susdit comte de Marigny mineur, ont reçu de moi soussigné recteur la bénédiction nuptiale dans la chapelle du château de Combour, témoins les soussignants *. »
L'acte de l'autre mariage est à peu près semblable au précédent, sauf les noms des conjoints qui sont : « Haut et puissant messire Jean-François de Québriac, chevalier, chef de nom et d'armes, comte dudit nom, seigneur de Blossac, de Halouze, de Patrion et autres lieux, fils majeur de feu haut et puissant messire Jean-François-Xavier comte de Québriac, et de haute et puissante dame Jeanne Chobé, dame comtesse de Québriac, né et domicilié de Saint- Léonard de Fougères, — et haute et puissante demoiselle Bénigne-Jeanne de Chateaubriand. »
Voici maintenant les signatures de ces deux actes de mariage :
François Geffelot de Marigny — Marie-Anne- Françoise de Chateaubriand — Jean-François de Québriac — Bénigne-Jeanne de Chateaubriand; ce
1. Reg. des mariages de la paroisse de Combour. (Archives municipales de Combour).
sont les mariés. Voici leurs parents : René- Auguste de Chateaubriand — Jeanne de la Roche Saint- André de Marigny — Chobé de Québriac — de Bédée de Chateaubriand. Cette dernière signature tracée d'une main un peu tremblante peint bien Mrae de Chateaubriand, telle que nous Fa fait connaître son fils.
Les frères et sœurs clés mariées : de Chateaubriand de Combourg — François de Chateaubriand — Julie de Chateaubriand — ■ Lucile de Chateaubriand. La signature de Chateaubriand est nette et belle, celle de sa sœur Lucile sent l'âme rêveuse qu'avait cette jeune fille.
Des parents des divers conjoints : Geffelot de Marigny — de Chateaubriand du Plessix ' — Céleste- Adélaïde de Québriac — Moreau de la Meltière — de Bédée de la Bouëtarclaye fils — le cte de Bédée de la Bouëtarclaye — Caroline de Béclée.
Enfin des amis voisins : François-Jean Raphaël de Montlouët de Brunes — Marie de Montlouët.
De ces derniers nous connaissons, par les Mémoires cVOutre-Tombe cle Chateaubriand du Plessix et Moreau cle la Meltière, oncle et cousin cle Chateaubriand, et le châtelain de Montlouët en Pleine-Fougère.
Les actes cle fiançailles de Mraes cle Marigny et cle Québriac présentent à peu près les mêmes signatures, mais Chateaubriand, qui signa deux fois au double mariage de ses sœurs, ne signa à leurs fiançailles qu'au bas cle l'acte concernant Mme de Marigny.
En 1782 eurent encore lieu dans la chapelle du
château de Combour de nouvelles fiançailles, célébrées le 20 avril et suivies du mariage le 23. Ce fut l'union de « haut et puissant messire Annibal- Pierre-François de Farcy, chevalier, seigneur de Montavallon et autres lieux, capitaine au régiment de Conclé-infanterie, fils majeur de feu haut et puissant Annibal-Marie-Auguste de Farcy, chevalier, et de feue haute et puissante dame Perrine-Claire Frain de la Villegontier, seigneur et dame de Montavallon, domicilié de Saint-Léonard de Fougères, — et de haute et puissante demoiselle Julie-Marie-Agathe de Chateaubriand1. »
Au pied de cet acte le trère aîné de Chateaubriand signe : J. de Combourg et leur père : R. de Chateaubriand. Le grand écrivain ne signe pas de la même façon aux fiançailles et au mariage : dans le premier acte il signe, comme en 1780 : François de Chateaubriand; dans le second : le chevalier de Chateaubriand.
Voilà donc cinq signatures de l'auteur des Martyrs qui rendent précieux ces registres des mariages de Combour. On y retrouve encore ailleurs les signatures de son père et de sa mère, ainsi que celles de ses sœurs. M. de Chateaubriand, sa femme et ses filles, continuant les vieilles traditions des comtes de Combour, assistaient aux mariages des officiers de leur seigneurie et tenaient sur les fonts sacrés les enfants qui provenaient de ces unions. Mais les deux fils du vieux seigneur, ayant quitté Combour, leurs noms ne paraissent plus sur les registres de la paroisse après 1782.
Chateaubriand était à Cambrai lorsque mourut
son père en 1786; voici l'aete de la sépulture de ce dernier :
« Le corps de haut et puissant messire René- Auguste de Chateaubriand, chevalier, comte de Combourg, seigneur de Gaugré, Godheu, le Plessix- Lepine, Boulet, Malestroit-à-Dol et autres lieux, époux de haute et puissante dame Apolline-Jeanne- Suzanne de Bedée de la Bouëtardaye, dame comtesse de Combourg, âgé de 69 ans environ, mort en son château de Combourg le 6 de septembre environ les 8 heures du soir, a été inhumé le 8 dans le caveau de la dite seigneurie placé dans le chanceau de notre église de Combourg, en présence de messieurs les gentilshommes, de messieurs les officiers de la juridiction et autres notables soussignants. SIGNE : Le comte de Montlouët — du Petitbois — de Châteaudassy, le fils — Delaunay — Noury de Mauny, avocat
— Morault, avocat — Petit, avocat et sénéchal
— Hermer, procureur — Le Bret, procureur — Robiou de la Tréhonnaye — Garnier — Robiou — Cortal — Le Douarin de Trévelec, doyen de Dingé — Sévin, recteur de Combourg. Nota. Le corps dudit seigneur a été inclus dans une châsse ancienne de plomb placée dans le caveau du côté de l'évangile !. »
Chateaubriand a reproduit, mais incomplètement, cet acte de décès dans ses Mémoires d'Outre- Tombe. Il Fa fait suivre de celui de la mort de sa mère et a accompagné ces deux actes des réflexions terminant ce chapitre :
« Le douze prairial, an VI de la République
française1, devant moi, Jacques Bourclasse, officier municipal de la commune de Saint-Servan, sont comparus Jean Baslé, jardinier, et Joseph Boulin, journalier, lesquels m'ont déclaré qu'Appolline-Jeanne-Suzanne de Bedée, veuve de René- Auguste de Chateaubriand, est décédée au domicile de la citoyenne Gouyon, situé à la Ballue, en cette commune, ce jour, à une heure après midi 2. »
« Dans le premier extrait, l'ancienne société subsiste : M. de Chateaubriand est un haut et puissant seigneur, etc., etc.; les témoins sont des gentilshommes et de notables bourgeois; je rencontre parmi les signataires ce marquis de Montlouët, qui s'arrêtait l'hiver au château de Combourg, le curé Sévin, qui eut tant de peine à me croire l'auteur du Génie du Christianisme, hôtes fidèles de mon père jusqu'à sa dernière demeure. Mais mon père ne coucha pas longtemps dans son linceul : il en fut jeté hors quand on jeta la vieille France à la voirie.
« Dans l'extrait mortuaire de ma mère, la terre roule sur d'autres pôles : nouveau monde, nouvelle ère; le comput des années et les noms mêmes des mois sont changés. Madame de Chateaubriand n'est plus qu'une pauvre femme qui obite au domicile de la citoyenne Gouyon; un jardinier et un journalier, qui ne sait pas signer, attestent seuls la mort de ma mère; de parents et d'amis, point; nulle pompe funèbre; pour tout assistant, la Révolution3. »