‹ Comédies bourgeoisesChapitre 15 sur 77 · CHARLES, MADAME BIDARD · texte numérisé non relu

CHARLES, MADAME BIDARD

MADAME r.iDARD. — Me volcl toul à fait à vous. [Elle s'étend sur une chaise; elle est très-oppresse'e.)

CHARLES. — Très-bien. J'aurai l'honneur de vous faire observer, madame, que, dans le principe, vous étiez placée à gauche.

MADAME BIDARD. — Je u'cu sais rlcn, c'est bien possible ; celte visite m"a toute bouleversée.

CHARLES. — Le corps un peu plus tourné de mon côté... Bien... c'est cela....

MADAME BIDARD. — Jc vals me Icver un peu. (Elle se lève.) Non, je crois que je serai mieux assise. {Elle s^assied.)

CHARLES. — Comme vous voudrez.

MADAME BIDARD. — Jc uc couçois pas qu'il y ait des gens assez indiscrets pour voir que l'on est occupé... elle a bien dû voir, en entrant, que je

faisais faire mon portrait, je ne me suis pas cachée.

CHARLES. — Elle n'a pas eu l'air de s'en apercevoir.

MADAME BiuARD. — C'cst qu'imaginez-vous bien qu'elle attaque un homme qui est la délicatesse même. Il a cessé d'aller cliez eux; je le crois Lient il n'est sorte d'avanies qu'ils ne lui aient faites, elle et son mari : aussi, quand il a vu ça, il te les a plantés là, et il a bien fait; il n'a pas besoin d'eux. Dieu merci, il n'a besoin de personne; et, si pendant un temps il y a mangé, je puis vous assurer qu'il n'est pas de retour avec eux. C'étaient tous les jours des cadeaux; aujourd'hui c'était une chose, demain une autre; enfin, je vous dis, il leur fourrail de tous les côtés. C'est bien ce qui fait qu'on lui en veut tant depuis qu'il ne fourre plus. D'abord, je neconnaisriendepluségoïstc que cette femme-là, et dissimulée! Je lui conseillede venirfairela bonne avec moi; ça lui va bien,ellequi metsa fille en pension au commencement de l'hiver, pauvre enfant! à cinq ans et demi ! je suis sûre qu'elle en est déjà jalouse, de sa petite. Elleestsi coquette! oui, monsieur, elle en est jalouse. Il est vrai qu'elle est belle comme les amours, sa petite. Il y avait un temps infini qu'elle n'était venue ; je me serais bien passée de sa visite... Vous m'avertirez quand vous

on serez à ma bouche, n'esl-ce pas?... Vous ne m'avez pas entendue?

CHARLES. — Pardon, madame : vous me demandiez, je crois, si celle dame...

MADAME EiDARD. — Vous u'èlcs pas du tout à ce que je vous dis... Je ne parle plus de cette dame, il y a longtemps; il paraît que vous la trouvez à votre goût.

CHARLES. — Je lui trouve l'air assez distingué.

MADAME BiDARD. — Ne veucz douc pas me dire ça : elle a l'air d'une folle, je n'oserais pas sortir avec elle; au surplus, si vous tenez à faire sa connaissance, il ne lient qu'à vous, vous lui ferez grand plaisir : c'est une maison où l'on reçoit tout le monde. J'ai toujours défendu à mon fils d'y mettre les pieds, en attendanl. Je vous disais donc, monsieur, que je vous serais obligée de m'avertir quand vous en serez à ma bouche, parce que j'ai une manière de la tenir, qui n'esl pas celle de toul le monde... Vous m'avez entendue ?

CHARLES. — Oui, madame.

MADAME BIDARD. — OÙ cu étals-jc rcstée?... J'y suis; il y avait donc un temps infini qu'elle n'était venue, m'y voilà. Elle i)rit un logement que nous avions rue de Provence, et qui nous devenait trop petit quand je fus enceinte d'Arlhur : elle me rendit une visite, je fus la voir. Bref, de fil en aiguille

nous nous sommes vues; son mari clait avocat, comme il l'est encore; M. Bidard eut besoin de le consulter, ce qui lit que nous nous vîmes plus souvent. Ces relations-là ne durèrent pas longtemps, grâce à moi : non pas que M. Legros ne fût un parfait honnête homme; mais il était fort adroit, bien plus adroit que mon mari, et ça ne me convenait pas; ça jela bien, si vous voulez, un peu de froid entre nos deux maisons ; cependant, nous ne lûmes pas brouillés pour ça, nous nous tînmes sur la réserve. {On frappe.) Qui est-ce qui frappe?

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