SCÈNE XIX
DÉSIRÉE, CAMARET, arrivant à pas de loup.
CAMARET. — Désirée!
DÉSIRÉE. — Vous m'avez fait peur.
CAMARET. — OÙ sont mcs affaires pour m'iiabiller?
DKsiRÉE. — Sur voire lit.
CAMARET. — Que vas-lu nous donner à déjeuner?
DÉsiRKK. — Qu'est-ce que vous voulez que je vous donne? Est-ce que je sais jamais ce que Ion veut faire ici ! Ce matin, vous deviez aller ii la campagne; à présent, c'est autre chose.
CAMARET. — Elle est bonne, dis donc : tout ce monde qui nous tombe là sur les bras! Ma femme est furieuse.
DÉsiRi'.E. — Heureusement qu'on vous attend là-bas; sans ça... Mais qu'est-ce que vous voulez que je vous donne? quand on vous dit qu'on n'a rien.
CAMARET. — Qu'est-ce que c'est que ça?
DÉSIRÉE. — Mais n'allez donc pas fouillonner partout dans ma cuisine! Vous savez qu'il n'y a rien que je déteste plus que de voir qu'on fouillonne.
CAMARET. — C'était pour t'aider à sortir d'embarras.
DÉSIRÉE. — J'ai pas besoin qu'on m'aide... 3Iais descendez donc. Tenez, vous me gênez plus qu'autre chose.
CAMARET. — Mais je vois là des légumes; si tu les mettais chauffer?
DÉSIRÉE. — Non ; tenez, si vous voulez être bien
gentil, faudrait ni'aller acheter un pâté au jambon ; je me charge du reste.
CAMARET. — Tu Hs, jc pcnsc, fait comme je suis!
DÉSIRÉE. — Ah ! mon Dieu! quel liomnie, pour s'embarrasser de tout ! Tenez, j'y vas. Soufllez-moi un peu mon feu, que je le trouve bien en train quand jc vas revenir.
CAMARET. — Ne sois pas longtemps.
DÉSIRÉE. — Allez votre train, ne vous inquiétez de rien.