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SCENE IV

Les Mêmes, MARGOTTON, une lumière à la main.

MARGOTTON.

Me voilà, monsieur. Oh! comme vous êtes pâle!

BALANÇON

Eteins ce luminaire, éteins vite!... Margotton, qui crois-tu avoir devant toi ?

MARGOTTON.

Mais vous, monsieur, mon maître.

BALANÇON

Non, Margotton, c'est un assassin.

MARGOTTON.

Ah!

BALANÇON

Tu m'es dévouée, je doublerai tes gages et te ferai un sort, il faut m'aider à transporter le cadavre loin d'ici !

MARGOTTON.

Le cadavre !

BALANÇON

Il le faut! Un homme était ici, je l'ai tué.

MARGOTTON, fondant en larmes.

Ah! qu'avez-vous fait?

FRANÇOIS, bas.

Bon petit cœur!

MARGOTTON, pleurant.

C'est donc fini! Je ne le verrai plus.

BALANÇON

Voyons! Pas de larmes, du sang- froid, aide- moi à transporter ce cadavre au coin d'une borne.

MARGOTTON.

Oh! monsieur, mais c'est affreux, si vous saviez; mais non, c'est impossible! Oh! c'est horrible, c'est ma faute!

BALANÇON, à part.

Bon, elle s'accuse! faisons-en ma complice; le crime

SI JE l'achevais! 231

sera moins lourd à porter; comme je suis devenu tout à coup gredin!.,.

Ah! monsieur, j'aurais dû vous dire...

BALANÇON, à part.

Elle était d'accord avec lui. (D'une voix sombre.) Plus tard je me débarrasserai de cette tille. (Haut.) Allons, plus de larmes, la nuit s'avance et la justice veille.

MARGOTTON.

Oui, monsieur, oui, monsieur!... Ah! malheureuse! Que faut-il faire ? Dites, faut-il aller chercher un médecin ?

BALANÇON, d'une voix de tonnerre.

Pourquoi pas un commissaire de police!

MARGOTTON.

Mais je perds la tête, monsieur, vous le voyez bien! La douleur m'égare !

BALANÇON, à part.

La douleur ! Elle a des remords.

FRANÇOIS, bas.

Voilà une bonne occasion pour sortir d'ici ; substituons-nous au mannequin et une fois dehors je leur tirerai ma révérence.

Il se substitue au mannequin.

BALANÇON

Allons, dépêchons, ma fille, prends les pieds, moi je le tiens par les bras.

M. Balançon soulève François par-dessous les bras.

MARGOTTON.

Mais, monsieur, on peut nous voir, nous surprendre, si on le coupait en morceaux, qu'on mettrait dans une malle; on l'enverrait au chemin de fer et puis au moins...

FRANÇOIS, effrayé et faisant un soubresaut. Fichtre !

BALANÇON, effrayé et le laissant retomber.

Il a remué! Il n'est pas encore mort, il a tout entendu... Si je l'achevais!

MARGOTTON, pleine d'horreur.

Oh! mais c'est horrible cela ! Q.uoi, monsieur, ce n'était pas assez de l'avoir commencé, vous voulez le finir! Ah ! mais c'est un médecin qu'il faut à ce malheureux, et je vais...

BALANÇON

Pas un pas ou tu es morte!... La pente du crime est rapide!

Il reste pensif.

FRANÇOIS, bas.

Voilà le moment de remettre le mannequin à ma place... Coupé par morceaux! Fichtre, comme elle y va, cachons-nous ailleurs.

Il substitue le mannequin à sa place.

BALANÇON, à lui-même.

Il me vient une idée!... Quoi qu'en dise cette fille, j'anéantirai toutes les preuves de mon crime, sous prétexte de lui porter secours, je l'empoisonnerai...

SI JE l'achevais! 233

j'ai delà mort-aux-rats. (Haut.) Margotton, assurons-nous si cet intortune a eacore un reste d'existence. (Il s'approche du mannequin et met la main dessus.) Son cœur ne bat plus, il est bien mort! C'était une fausse alerte.

MARGOTTON.

Mais, monsieur, on pourrait mieux voir avec une lumière!...

BALANÇON

Malheureuse! tu veux donc ma mort! Une lumière, c'est un témoin!

MARGOTTON.

Mais qu'allons-nous en faire?.

FRANÇOIS, bas.

Ah! la chambre de Margotton est ouverte, il y a

peut-être une issue. Et madame comment sera-t-elle

rentrée!

Il entre dans la chambre.

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