‹ Comédies de Molière. Scènes choisiesChapitre 18 sur 55 · A VOUS · texte numérisé non relu

A VOUS

GÉRONTE

Je ne suis pas médecin.

SGANARELLE

Vous n'êtes pas médecin ?

GÉRONTE

Non, vraiment.

Tout de bon ? Tout de bon.

(Sganarelle prend un bâton, et frappe Gérante.) Ah ! ah ! ah !

SGANARELLE

Vous êtes médecin, maintenant, je n'ai jamais eu d'au-tres licences.

GÉRONTE, à Valère.

Quel diable d'homme m'avez-vous là amené ?

VALÈRE

Je vous ai bien dit que c'était un médecin gogue-nard.

GÉRONTE

Oui : mais je l'enverrai promener avec ses goguenar-deries:

LUCAS

Ne prenez pas garde à ça, monsieur, ce n'est que pour rire.

GÉRONTE

Cette raillerie ne me plaît pas.

SGANARELLE

Monsieur, je vous demande pardon de la liberté que j'ai prise.

GÉRONTE

Monsieur, je suis votre serviteur.

Je suis fâché.

Cela n'est rien.

SGANARELLE

Des coups de bâton...

GÉRONTE

Il n'y a pas de mal.

SGANARELLE

Que j'ai eu l'honneur de vous donner.

GÉRONTE

Ne parlons plus de cela. Monsieur, j'ai une fille qui est tombée dans une étrange maladie.

SGANARELLE

Je suis ravi, monsieur, que voire Tille ait besoin de moi ; et je souhaiterais de tout mon coeur que vous en eussiez besoin aussi, vous et toute votre famille, pour vous témoigner l'envie que j'ai de vous servir.

GÉRONTE

Je vous suis obligé de ces sentiments.

SGANARELLE

Je vous assure que c'est du meilleur de mon ame que je vous parle.

GÉRONTE

C'est trop d'honneur que vous me faites.

Comment s'appelle votre fille ?

Lucinde.

SGANARELLE

Lucinde ! ah ! beau nom à médicamenter ! Lucinde !

GÉRONTE

Je m'en vais voir un peu ce qu'elle fait.

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