‹ Comédies de Molière. Scènes choisiesChapitre 32 sur 55 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

D. JUAN

Ah ! monsieur Dimanche, approchez. Queje suis ravi de vous voir ! ctque je veux de mal à mes gens de ne pas vous avoir fait entrer d'abord! J'avais donné ordre qu'on ne me fit parler à personne : mais cet ordre n'est pas pour vous, et vous êtes en droit de ne trouver jamais de porte fermée chez moi.

M. DIMANCHE

.Monsieur, je vous suis fort obligé.

D. JUAN, parlant à h Violette et à Ragolin.

Parbleu ! coquins, je vous apprendrai à laisser mon-sieur Dimanche dans une antichambre, et je vous ferai connaître les gens.

M. DIMANCHE

Monsieur, cela n'est rien.

D. JUAN, à M. Dimanche.

Comment! vous dire que je n'y suis pas, à monsieur Dimanche, au meilleur de mes amis!

M. DIMANCHE

Monsieur, je suis voire serviteur. J'élais venu...

D. JUAN

Allons vile, un siège pour M. Dimanche.

.Monsieur, je suis bien comme cela. 124 SIOLIEKE.

Point, point ; je veux que vous soyez assis comme moi.

M. DIMANCHE

Cela n'est point nécessaire.

D. JUAN

Otez ee pliant, et apportez un fauteuil.

M. DIJIANCHE.

Monsieur, vous vous moquez, et...

D. JUAN

Non, non : je sais coque je vous dois ; et je ne veux point qu'on mette de différence entre nous deux.

M. DIMANCHE

Monsieur...

D. JUAN

Allons, asseyez-vous.

M. DIMANCHE

Il n'est pas besoin, monsieur, et je n'ai qu'un mot a vous dire. J'étais...

D. JUAN

Mettez-vous là, vous dis-je.

M. DIMANCHE

Non, monsieur, je suis bien. Je viens pour...

D. JUAN

Non, je ne vous écoule point, si vous n'êtes point assis.

MOLIERE. 1ÎS

Monsieur, je fais ce que vous voulez. Je.,.

D. JUAN

Parbleu! monsieur Dimanche, vous vous portez bien.

M. DIMANCHE

Oui, monsieur, pour vous rendre service. Je suis venu...

D. JUAN

Vous avez un fonds de santé admirable, des lèvres fraîches, un teint vermeil, et des yeux vifs.

M. DIMANCHE

Je voudrais bien...

D. JUAN

pomment se porte madame Dimanche votre épouse ?

M. DIMANCHE

Fort bien, monsieur, Dieu merci.

D, JUAN

C'est une brave femme,

M. DIMANCHE

Elle est votie servante, monsieur. Je venais...

D. JUAN

Et votre petite fille Claudine, comment se porto-t-elle ?

Le mieux du monde.

La jolie petite fille que c'est ! Je l'aime de (oui mon coeur.

M. DIMANCHE

C'est trop d'honneur que vous lui faites, monsieur. Je vous...

D. JUAN

Et le petit Colin, fait-il toujours bien du bruit avec son tambour ?

M. DIMANCHE

Toujours de même, monsieur. Je...

D. JUAN

Et votre petit chien Brusquel, gronde-l-il toujours aussi fort, et mord-il toujours bien aux jambes les sens qui vont chez vous ?

M. DIMANCHE

Plus que jamais, monsieur, et nous ne saurions en ehevir,

D. JUAN

Ne vous étonnez pas si je m'informe des nouvelles de toute la famille, car j'y prends beaucoup d'intérêt.

M. DIMANCHE

Nous vous sommes, monsieur, infiniment obligés. Je...

D. .IUAN, lui tendant la main.

Touchez donc là, monsieur Dimanche. Èles-vous bien de mes amis?

Monsieur, je suis votre serviteur.

D. JUAN

Parbleu ! je suis à vous de tout mon coeur.

M. DIMANCHE

Vous m'honorez trop. Je...

D. JUAN

Il n'y a rien que je ne lisse pour vous.

M. DIMANCHE

Monsieur, vous avez trop de bonté pour moi,

D. JUAN

l't cela sans intérêt, je vous prie de le croire.

M. DIMANCHE

Je n'ai point mérité celle grâce, assurément. Biah;f monsieur...

D. JUAN

Or çà, monsieur Dimanche, sans façon, voulez-vous souper avec moi.

M. DIMANCHE

Non, monsieur, il faut que je m'en retourne tout à l'heure. Je...

D. JUAN,, se levant.

Allons, vile, un flambeau pour conduire monsieur Dimanche ; et que quatre ou cinq de mes gens prennent des mousquetons pour l'escorter. i2S MOLIERE.

M. DIMANCHE, se levant aussi.

Monsieur, il n'est pas nécessaire, et je m'en irai bien tout seul. Mais...

(Sganarelle âte les sièges promptement.)

D. JUAN

Comment! je veux qu'on vous escorte, et je m'inté-resse trop à votre personne. Je suis votre serviteur, et, de plus, votre débiteur.

M. DIMANCHE

Ah ! monsieur...

D. JUAN

C'est une chose que je ne cache pas, et je le dis à lotit le monde.

M. DIMANCHE

Si...

D. JUAN

Voulez-vous que je vous reconduise ?

M. DIMANCHE

Ah ! monsieur, vous vous moquez. Monsieur...

D. JUAN

Embrassez-moi donc, s'il vous plaît. Je vous prie, encore une fois, d'être persuadé que je suis tout à vo us, et qu'il n'y a rien au monde que je ne fisse pour votre service. (Il sort.)

Page 1