ACTE IV, SCÈNE XI
D. JUAN, se mettant à table.
Sganarelle, il faut songer à s'amender pourtant.
SGANARELLE
Oui-dà.
D. JUAN
Oui, ma foi, il faut s'amender. Encore vingt ou (vente ans de celte vie-ci, et puis nous songerons à nous.
Oh!
Qu'en dis-tu ?
SGANARELLE
Rien. Voilà le souper.
(Jl prend un morceau d'un des plats qu'on apporte,
et le met dans sa bouche.)
D. JUAN
Il me semble que tu as la joue enflée, qu'est-ce que c'est? Parle donc: qu'as-tu là ?
SGANARELLE
Rien.
D. JUAN
Montre un peu. Parbleu! c'est une fluxion qui lui est tombée sur la joue. Vite, une lancette pour percer cela. Le pauvre garçon n'en peut plus, et cel abcès le pourrait étouffer. Attends. Voyez comme il était mûr. Ah ! coquin que vous êtes !...
SGANARELLE
Ma foi, monsieur, je voulais voir si votre cuisinier n'avait point mis trop de sel ou trop de poivre.
D. JUAN
Allons, mets-toi là, et mange. J'ai à faire de toi, quand j'aurai soupe. Tu as faim, à ce que je vois.
SGANARELLE, se mettant à table.
Je le crois bien, monsieur ; je n'ai point mangé depuis ce matin. Tâlez de cela, voilà qui est le meilleur du monde, (à ltagolin, qui, à mesure que Sganarelle met quelque chose dans son assiette, la lui àte, dès que Sganarelle tourne la tête.) Mon assiette ! Tout doux, s'il vous plaît. Verlubleu ! petit compère ; que vous êtes habile à donner des assiettes nettes ! Et vous, petit la Violette, que vous savez présenter à boire à propos ! (Pendant que la Violette donne à boire à Sganarelle,
Ragotin ôte encore son assiette.)
D. JUAN
Qui peut frapper de celte sorte ?
SGANARELLE
Qui diable nous vient troubler dans notre repas 1
D. JUAN
Je veux souper en repos au moins, et qu'on ne laisse entrer personne.
SGANARELLE
Laissez-moi faire ; je m'y en vais moi-même.
». JUAN, voyant revenir Sganarelle effrayé.
Qu'est-ce doue ? Qu'y a-l-il ?
SGANARELLE, baissant la tête comme la statue.
Le... qui est là.
D. JUAN
Allons voir, et montrons que rien ne saurait m'é-branler.
Ah ! pauvre Sganarelle, où te cacheras-tu ? ***4iï~***>tf*ïïr''*~:^~ iôG MOLIERE.