‹ Comédies de Molière. Scènes choisiesChapitre 42 sur 55 · MOLIERE. US · texte numérisé non relu

MOLIERE. US

Qu'est-ce donc que j'ai fait 1

CIIRYSALE, bas.

Ma foi, je ne sais pas,

PHILAMINTE

Elle est d'humeur encore à n'en faire aucun cas.

CURYSALE.

A-t-elle, pour donner matière à votre iiaine, Cassé quelque miroir ou quelque porcelaine ?

PHILAMINTE

Voudrais-je la chasser, et vous figurez-vous Que pour si peu de chose on se mette en courroux 1

ciisYSALE, à Martine,

(à Philaminte.) Qu'est-ce à dire ? L'affaire est donc considérable- ï

PHILAMINTE

Sans doute. Me voit-on femme déraisonnable ?

CURYSALE.

Est-ce qu'elle a laissé, d'un esprit négligent Dérober quelque aiguière ou quelque pot d'argent ?

PHILAMINTE

Cela ne serait rien.

CHRYSALE, à Martine.

Oh ! oh ! Teste, la belle !

(à Philaminte.) Quoi ! vous l'avez surprise à n'être pas fidèle ? tU MOLIÈRE.

C'est pis que tout cela.

CURYSALE.

Pis que tout cela ?

PHILAMINTE

Pis.

CUBYSALE, à Martine.

(à Philaminte.) Comment ! diantre, friponne ! Euh ! a-t-elle commis..

PHILAMINTE

Elle a, d'une insolence à nulle autre pareille, Après trente leçons, insulté mon oreille Par l'impropriété d'un mot sauvage el bas Qu'en termes décisifs condamne Vaugelas.

CIIRYSALE.

Est-ce là...

PHILAMINTE

Quoi! toujours, malgré nos remontrances,.

Heurter le fondement de toutes les sciences, La grammaire, qui sait régenter jusqu'aux rois, El les fait, la main haute, obéir à ses lois.

CIIRYSALE.

Du plus grand des forfaits je la croyais coupable,

PHILAMINTE

Quoi ! vous ne trouvez pas ce crime impardonnable?

CIIRYSALE.

Si fait.

MOLIÈRE. UJ

Je voudrais bien que vous l'excusassiez !

CIIRYSALE.

Je n'ai garde.

RELISE

Il est vrai que ce sont des pitiés.

Toute construction est par elle détruite ; Et des lois du langage on l'a cent fois instruite.

MARTINE

Tout ce que vous prêchez est, je crois, bel et bon ;. Mais je ne saurais, moi, parler votre jargon.

PHILAMINTE

L'impudente! appeler un jargon le langage Fondé sur la raison et sur le bel usage !

MARTINE

Quand on sefait entendre, on parle toujours bien, Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.

PHILAMINTE

Hé bien ! ne voilà pas encore de son style ?

Ne servent pas de rien !

RELISE

0 cervelle indocile !

Faut-il qu'avec les soins qu'on prend incessamment On no le puisse, apprendre à parler congrument ! De pas mis avec rien lu fais la récidive ; Et c'est, comme on t'a dit, trop d'une négative. 14C MOLIERE.

Mon dieu ! je n'avons pas étugué comme vous, Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.

PHILAPJINTE.

Ali ! peul-on y tenir ?

RELISE

Quel solécisme horrible !

PHILAMINTE

En voilà pour tuer une oreille sensible.

BÉLISË.

Ton esprit, je l'avoue, est bien matériel :

Je n'est qu'un singulier, avons est un pluriel. Veux-lu toute ta vie offenser la grammaire ?

MARTINE

Qui parle d'offenser grand'mèrenigrand'pèro ?

PHILAMINTE

0 ciel !

RELISE

Grammaire est prise à contre-sens par loi ; El je t'ai déjà dit d'où vient ce mot.

MARTINE

Ma foi !

Qu'il vienne de Chaillol, d'Auteuil ou de Ponloise, Cela ne me fait rien.

RÉLISE.

Quelle âme villageoise !

La grammaire, du verbe et du nominatif, Comme de l'adjectif avec le substantif, Nous enseigne les lois.

MARTINE

J'ai, madame, à vous dire Que je ne connais point ces gens-là.

PHILAMINTE

Quel martyre !

BÉLISE

Ce sont les noms des mots ; et l'on doit regarder En quoi c'est qu'il les faut faire ensemble accorder...

MARTINE

Qu'ils s'accordent entre eus, ou segourment, qu'im--

[porle ?

PHILAMINTE, à Bélise.

Hé! mon Dieu, finissez un discours delà sorte,

(à Chrysale.) Vous ne voulez pas, vous, me la faire sortir?

CHRYSALE

(à part.) Si fait. A son caprice il me faut consentir.

Va, no l'irrite point; retire-toi, Martine.

PHILAMINTE

Comment ! vous avez peur d'offenser la coquine ! Vous lui parlez d'un ton tout-à-fait obligeant !

CHRYSALE

(d'un ton ferme.) (d'un ion plus doux,) Moi? point. Allons, sortez. Va-t-en, ma psuvre enfant.

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