MOLIERE. US
Qu'est-ce donc que j'ai fait 1
CIIRYSALE, bas.
Ma foi, je ne sais pas,
PHILAMINTE
Elle est d'humeur encore à n'en faire aucun cas.
CURYSALE.
A-t-elle, pour donner matière à votre iiaine, Cassé quelque miroir ou quelque porcelaine ?
PHILAMINTE
Voudrais-je la chasser, et vous figurez-vous Que pour si peu de chose on se mette en courroux 1
ciisYSALE, à Martine,
(à Philaminte.) Qu'est-ce à dire ? L'affaire est donc considérable- ï
PHILAMINTE
Sans doute. Me voit-on femme déraisonnable ?
CURYSALE.
Est-ce qu'elle a laissé, d'un esprit négligent Dérober quelque aiguière ou quelque pot d'argent ?
PHILAMINTE
Cela ne serait rien.
CHRYSALE, à Martine.
Oh ! oh ! Teste, la belle !
(à Philaminte.) Quoi ! vous l'avez surprise à n'être pas fidèle ? tU MOLIÈRE.
C'est pis que tout cela.
CURYSALE.
Pis que tout cela ?
PHILAMINTE
Pis.
CUBYSALE, à Martine.
(à Philaminte.) Comment ! diantre, friponne ! Euh ! a-t-elle commis..
PHILAMINTE
Elle a, d'une insolence à nulle autre pareille, Après trente leçons, insulté mon oreille Par l'impropriété d'un mot sauvage el bas Qu'en termes décisifs condamne Vaugelas.
CIIRYSALE.
Est-ce là...
PHILAMINTE
Quoi! toujours, malgré nos remontrances,.
Heurter le fondement de toutes les sciences, La grammaire, qui sait régenter jusqu'aux rois, El les fait, la main haute, obéir à ses lois.
CIIRYSALE.
Du plus grand des forfaits je la croyais coupable,
PHILAMINTE
Quoi ! vous ne trouvez pas ce crime impardonnable?
CIIRYSALE.
Si fait.
MOLIÈRE. UJ
Je voudrais bien que vous l'excusassiez !
CIIRYSALE.
Je n'ai garde.
RELISE
Il est vrai que ce sont des pitiés.
Toute construction est par elle détruite ; Et des lois du langage on l'a cent fois instruite.
MARTINE
Tout ce que vous prêchez est, je crois, bel et bon ;. Mais je ne saurais, moi, parler votre jargon.
PHILAMINTE
L'impudente! appeler un jargon le langage Fondé sur la raison et sur le bel usage !
MARTINE
Quand on sefait entendre, on parle toujours bien, Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.
PHILAMINTE
Hé bien ! ne voilà pas encore de son style ?
Ne servent pas de rien !
RELISE
0 cervelle indocile !
Faut-il qu'avec les soins qu'on prend incessamment On no le puisse, apprendre à parler congrument ! De pas mis avec rien lu fais la récidive ; Et c'est, comme on t'a dit, trop d'une négative. 14C MOLIERE.
Mon dieu ! je n'avons pas étugué comme vous, Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.
PHILAPJINTE.
Ali ! peul-on y tenir ?
RELISE
Quel solécisme horrible !
PHILAMINTE
En voilà pour tuer une oreille sensible.
BÉLISË.
Ton esprit, je l'avoue, est bien matériel :
Je n'est qu'un singulier, avons est un pluriel. Veux-lu toute ta vie offenser la grammaire ?
MARTINE
Qui parle d'offenser grand'mèrenigrand'pèro ?
PHILAMINTE
0 ciel !
RELISE
Grammaire est prise à contre-sens par loi ; El je t'ai déjà dit d'où vient ce mot.
MARTINE
Ma foi !
Qu'il vienne de Chaillol, d'Auteuil ou de Ponloise, Cela ne me fait rien.
RÉLISE.
Quelle âme villageoise !
La grammaire, du verbe et du nominatif, Comme de l'adjectif avec le substantif, Nous enseigne les lois.
MARTINE
J'ai, madame, à vous dire Que je ne connais point ces gens-là.
PHILAMINTE
Quel martyre !
BÉLISE
Ce sont les noms des mots ; et l'on doit regarder En quoi c'est qu'il les faut faire ensemble accorder...
MARTINE
Qu'ils s'accordent entre eus, ou segourment, qu'im--
[porle ?
PHILAMINTE, à Bélise.
Hé! mon Dieu, finissez un discours delà sorte,
(à Chrysale.) Vous ne voulez pas, vous, me la faire sortir?
CHRYSALE
(à part.) Si fait. A son caprice il me faut consentir.
Va, no l'irrite point; retire-toi, Martine.
PHILAMINTE
Comment ! vous avez peur d'offenser la coquine ! Vous lui parlez d'un ton tout-à-fait obligeant !
CHRYSALE
(d'un ton ferme.) (d'un ion plus doux,) Moi? point. Allons, sortez. Va-t-en, ma psuvre enfant.