‹ Comédies de Molière. Scènes choisiesChapitre 55 sur 55 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

ARGAN

Ah! mon dieu ! je suis mort! Mon frère ! vous m'avez perdu !

BÉRALDE.

Quoi ? qu'y a-l-il ?

ARGAN

Je n'en pips plus. Je sens que déjà la médecine se venge.

BÉRALDE.

Ma foi, mon frère, vous.êtes fou; el je ne voudrais pas pour beaucoup de choses qu'on vous vît faire ce que vous faîtes. Tâtez-vous. un peu, je vous prie ; revenez à vous-même, el ne donnez point tant à votre imagi-nation,

ARGAN

Vous voyez, mou frère, les étranges mahjdies.dont il m'a menacé.

BÉRALDE.

Le simple homme que vous êtes !

ARGAN

Il dit que je deviendrai incurable avant qu'il soit qua-tre jours.

BÉRALDE.

Et ce qu'il dit, que fait-il à la chose ? Est-ce un oracle qui a parlé ? 11 semble, à vous,entendre, que monsieur l'irgoii tienne dans ses mains le filet de vos jours, et que, d'autorité suprême, il vous l'allonge et vous, le rac-courcisse comme il lui plaît. Songez que les principes de votre vie sont en vous-même, et que le courroux de monsieur Purgou est aussi peu capable de vous faire mourir, que.ses remèdes de yous faire vivre. Voici une aven-ture, si vous, voulez, à vous défaire des médecins ; ou, si vous êtes né à ne pouvoir vous en passer, il est aisé d'en avoir un autre, avec lequel, mon frère, vous puissiez courir un peu moins de risque.

ARGAN

Ah ! mon frère, il sait tout mon tempérament, et la manière dont il faut me gouverner.

BÉRALDE.

Il faut avouer que vous êtes un homme d^ufi-ssyndc prévention, cl que vous voyez les choses a^Qjêjra^m.

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