SCÈNE VIL
ARGAN
Ah! mon dieu ! je suis mort! Mon frère ! vous m'avez perdu !
BÉRALDE.
Quoi ? qu'y a-l-il ?
ARGAN
Je n'en pips plus. Je sens que déjà la médecine se venge.
BÉRALDE.
Ma foi, mon frère, vous.êtes fou; el je ne voudrais pas pour beaucoup de choses qu'on vous vît faire ce que vous faîtes. Tâtez-vous. un peu, je vous prie ; revenez à vous-même, el ne donnez point tant à votre imagi-nation,
ARGAN
Vous voyez, mou frère, les étranges mahjdies.dont il m'a menacé.
BÉRALDE.
Le simple homme que vous êtes !
ARGAN
Il dit que je deviendrai incurable avant qu'il soit qua-tre jours.
BÉRALDE.
Et ce qu'il dit, que fait-il à la chose ? Est-ce un oracle qui a parlé ? 11 semble, à vous,entendre, que monsieur l'irgoii tienne dans ses mains le filet de vos jours, et que, d'autorité suprême, il vous l'allonge et vous, le rac-courcisse comme il lui plaît. Songez que les principes de votre vie sont en vous-même, et que le courroux de monsieur Purgou est aussi peu capable de vous faire mourir, que.ses remèdes de yous faire vivre. Voici une aven-ture, si vous, voulez, à vous défaire des médecins ; ou, si vous êtes né à ne pouvoir vous en passer, il est aisé d'en avoir un autre, avec lequel, mon frère, vous puissiez courir un peu moins de risque.
ARGAN
Ah ! mon frère, il sait tout mon tempérament, et la manière dont il faut me gouverner.
BÉRALDE.
Il faut avouer que vous êtes un homme d^ufi-ssyndc prévention, cl que vous voyez les choses a^Qjêjra^m.