SCÈNE III
Madame VÉRA, MARIETTE, avec une lettre.
MARIETTE
Une lettre autographe de S. Exe. M. le
général, commandant la forteresse de Rizane. MADAME vÉRA, lui prenant la lettre.
Donne donc! {Elle décachette la lettre.)
MARIETTE
Madame... {Mijstérleusement.) Il y a une dame dans la cour.
MADAME VÉRA
Une dame! dans la cour? Tu rêves, Mariette! Et par où serait-elle venue?
MARIETTE
Par la route, madame ! Elle était dans une de ces grandes voitures du convoi. Les soldats disent que c'est une prisonnière.
MADAME VÉRA
Une prisonnière? Quelle fantasmagorie! Prisonnière de qui?
MARIETTE, mystérieusement. Du général! Ils disent que c'est sa part de butin.
MADAME VÉRA
Sa part de butin! Eh bien, c'est joli! Quelle folie! Voyons la lettre. «Ma chère Véra, je vous adresse par ce convoi la princesse Méryem, que nous avons faite prisonnière après un combat sanglant. C'est une capture très -importante,
que nous échangerons un jour contre quelqu'un des nôtres; je la recommande à vos bons soins, persuadée que vous lui offrirez une hospitalité aussi large que le permettent les lois de la captivité. A bientôt, je vous embrasse. » Voilà une vraie lettre d'affaires... comme dans Rui/ Blas : « Madame, il fait grand vent, et j'ai tué six loups »; jDas un mot aimable. Ah! si, il m'embrasse à la fin, dans le parafe... ce qui me touche infiniment. Fi! le vilain mari!
MARIETTE
Il est certain que, pour un mari, le mari de madame...
MADAME VERA
Vous vous permettez d'écouter?
MARIETTE
D'entendre seulement madame.
MADAME VÉRA
Tâchez de n'entendre que ce qu'il faut. Allez me chercher cette dame, elle attend... Est-elle jolie?
MARIETTE, kaussant Ics ('paules.
Penh ! Elle est brune.
MADAME VÉRA
Eh bien, il y a des brunes qui sont très-jolies.
MARIETTE
Peuh ! je préfère les blondes. (Elle sort en courant.)
MADAME VÉRA, Hant.
La drôle de soubrette que j'ai là!