SCÈNE X
ALINE va s'asseoir à droite et reprend son ouvrage. ROGER tourne autour d'elle pendant un instant et finit par tousser en faisant tourner une chaise sur un pied.
ROGER, toussant.
Ilum ! (Un silence.) Hum !
{Aline le regarde de côté et continue à travailler.)
ROGER
Ilum! je crois que je me serai enrhumé. {Aline ne répond pas.) Tu as l'air fâché, Aline?
ALINE
Mais non, mon cousin, je suis simplement sérieuse.
Comprends-tu comment j'ai pu être assez béte, tantôt, pour croire que c'était toi que...
ALINE
Non, mon cousin, je ne comprends pas.
ROGIOR.
Ilein ? {Aline lui fait signe qu'elle ne comprend pas; il fait un tour sur la scène et se rapproche.)
LES CLOCHES CASSEES. 203
Aline, ta tante se marie; qu'est-ce que tu vas faire?
ALINE
Je finirai ma tapisserie, mon cousin; voyez quel énorme morceau il me reste à remplir ! J'en ai au moins pour deux mois.
ROGER
Oui, c'est très-bien; mais tu vas faire une sotte figure dans le jeune ménage du marchand de poupées... Tu devrais te marier.
.\LiNE, en travaillant.
C'est bien mon intention.
ROGER, piqui'.
Ah ! Et peut-on savoir à qui '?
ALINE, sans le regarder, s'occupe de son ouvrage.
Cela n'est pas décidé; je ne suis pas extrêmement pressée.
ROGER, bourru.
Lorsque votre choix sera fait, puis-je espérer quevous m'honorerez de votre confiance?
ALINE, froidement.
Certainement, mon cousin, vous pouvez y compter. D'ailleurs, cette confiance, vous ne l'avez jamais perdue.
ROGER
Tu m'en veux d'avoir cru. tantôt... C'est vrai,
206 Li:S CLOCHES CASSEES.
j'aurais dû mieux te juger. Mais mets-toi à ma place : si l'on t'avait dit qu'un monsieur casse les cloches à melons en se promenant, la nuit, dans mon jardin, au clair de lune, — aurais-tu été supposer que c'était dans l'intention d'épouser ta tante ?
ALINE, vivement.
Et vous, mon cousin, mettez-vous à la mienne ! Si l'on était venu vous dire que vous exposez ce monsieur à recevoir des coups de fusil parce qu'il vient perdre ses gants sous vos fenêtres, est-ce que ça vous aurait fait plaisir?
ROGEU.
Je crois, Aline, que nous sortons tous les deux de la question. J'ai eu tort de te soupçonner, c'est vrai... j'en suis fâché..., très-fàché... je t'offre mes excuses...
ALINE
C'est hien, mon cousin, je les accepte,
ROGER
Et puis?...