SCÈNE I
Vous irez toutes seules, et en attendant votre retour', nous resterons ici, Gaston et moi, à garder le club et à faire notre partie d'échecs.
NADINE
Ce n'est pas ainsi que je l'entends.
LE DUC
A moins que vous ne préfériez me prendre pour chaperon... et alors Gaston...
GASTON
Et alors Gastcfn vous accompagnera... Un neveu doit suivre son oncle partout où il juge à propos de résider ; c'est le code qui le dit, et je vous avertis que je tiens en toute occasion à observer religieusement les lois de mon pays.
LA PRINCESSE
Vous voilà pris par le code, monsier leduc... et maintenant vous êtes obligé, de par la loi, à venir demain avec nous au lac de Gaube.
J'obéis... à la loi, princesse; je regrette seulement que ce ne soit pas jusqu'au bout du monde.
LA PRINCESSE
C'est un peu loin... on pourrait s'égarer en route.
LE DUC
OÙ serait le mal ? Rien n'est charmant en voyage comme l'imprévu.
LA PRINCESSE
Oui, mais à condition de ne pas le prévoir... Gaston, vous vous occuperez des guides, n'est-
ce pas ?
GASTON
Soyez sans inquiétude, princesse ; nous aurons les meilleurs de Cauterets.
LE DUC
Quantaux provisions, c'est moi qui m'en charge... il y aura des fraises et de la crème pour Nadine, des larmes d'étoiles et du sherry pour miss Pa mêla, une terrine de Nérac pour mon coquin de neveu...
LA PRINCESSE
Et pour vous et moi ? (Pendant celte partie du dialogue. Des Essarls passe d'un air affairé derrière les fenêtres et semble poursuivre quelqu'un.)
LE DUC
C'est mon secret et celui de mon maître d'hôtel ; vous pouvez vous en rapporter à nous. Jo lis tous les soirs Brillât-Savarin, et il est élève de Carême... A propos, et notre ami Des Essarts que nous al lions oublier!... Tenez, le voilà précisément qui passe.. Voulez-vous que je l'appelle?
LA PRINCESSE
Volontiers.
LE DUC
Des Essarts!... arrivez donc!... j'ai un mot à vous dire. fDes Essarts entre m regardant de tous côtés.)