LA MARQUISE, MADELEINE
LA MARQUSE, amc Une agitation toujours croissante.
Oui, dans dix minutes, il faut que j'aie pris un parti irrévocable... Par amour pour lui, par respect pour moi-même, je ne puis ni ne dois rester plus longtemps dans une pareille situation... Mais qu'y faire?... (Elle sonne; Madeleine entre et se tient à Vécart.) Le duc n'a-t-il pas le droit de compter sur la parole que je lui ai donnée?... Et Gilbert?... si je repousse sa demande... Je le désespère, je le tue peut-être!.,. [Elle réfléchit.)
MADELEINE, à part.
Que se passe- t-il donc ici?.,. Aurais-je mai fak de laisser entrer l'inconnu?
LA MARQUISE, se parlant à elle-même.
Non, non... ma parole est donnée el je dois la tenir... comme un gentilhomme... Mais lui, mon Dieu , ne Taimai-je pas avant de connaître le duc de Bailleul?... N'ai-je pas, moi aussi, cruellement souffert de son départ?... Et tout à l'heure, quand il pressait ma main sur ses lèvres, quand sa voix tremblait d'émotion et de bonheur, n'ai-je pas senti tout mon amour se réveiller pour lui... comme après un long et pénible songe?... Oh! pourquoi, Gilbert» êtes-vous parti si vite? Pourquoi êtes-vous revenu si tard?... Si vous ne vous étiez pas éloigné, imprudent que vous êtes, aurais-je pu écouler une autre voix que la vôtre?... Aurais-je pu me laisser surprendre?... Oh! je suis bien malheureuse ! fElle met sa tête entre ses mains. J
3IADELEINE, à part.
Madame pleure... Ah! monsieur l'inconnu, si c'est vous qui faites couler ces belles larmes, vous nous le payerez, vilain homme.
LA MARQUISE , relevant la tête avec un sentiment d'inspiration soudaine.
Ah! tout n'est pas perdu!... fElle écrit.) Est-ce bien? Est-ce mal? Je l'ignore... Ai-je du reste le temps de réfléchir ... et ne s'agit-il pas du bonheur de toute ma vie? (Elle écrit toujours.]... Allons, je serais insensée si j'hésitais encore... (Elle plie deux billets, et après en avoir regardé le contenu, elle met les adresses.)... C'est cela... et que les femmes qui ont aimé me jettent la première pierre!... Madeleine !