SCÈNE V
FRONTIN, avec un jeu de dignité.
Ce n'est point un déguisement, M. Turcaret. J'ai retrouvé ce malin, en grattant de vieux parchemins, les preuves certaines de ma noble origine, et, après m'en être consulté avec l'apothicaire de M. d'Hozier, j'ai pensé que je ne pouvais, sans forfaiture notoire, renier plus longtemps le nom de mes pères.
Chansons !
FRONTIN, même jeu.
Primo: voici pour le nom... De plus, un de mes oncles... un frère de mes pères... qui a daigné s'enrichir aux Iles, m'ayant envoyé dernièrement par le coche d'Auxerre quarante mille livres en avancement d'hoirie, j'ai jeté la livrée aux orties et j'ai passé la veste... Secundo ; voilà pour l'habit.
M. TURCARET
Malpeste î Et quel sujet nous vaut l'honneur de votre visite?
FRONTIN
Une bagatelle : le simple désir de ne pas laisser éteindre les la Frontinière en ma personne. J'ai vu votre tille Angélique , j'en suis tombé follement épris, el je viens, avec votre consentement, mettre ma fortune et mon nom à ses pieds.
M. TURCARET et M™" TURCARET.
Angélique !
FRONTIN
Oui, Angélique. Vous plairait-il de m'accorder sa main ?
M. TURCARET
Comment donc, monsieur de la Frontinière, je suis vraiment confus que vous nous ayez favorisés de votre choix.
M°" TLRCARET.
Et quel jour convient à monseigneur pour les accordailles?
FRONTTN.
Mais désignez-le vous-mêmes. J'étais assuré que vous ne me feriez pas obstacle... Si nous prenions la Chandeleur?
M. TURCARET
Pâques me siérait davantage.
M""^ TURCARET
Que diriez-vous de la Trinité?
FRONTIN
Va pour la Trinité !
M. TURCARET
Or çà, monsieur le drule, ne vous apercevezvous point que vous m'échauffez singulièrement les oreilles avec votre impertinente visée?...
M™' TURCARET
El qu'il me démange fort de vous faire bâtonner par mes gens pour voire impudence?