VICTOR, LÉOPOLD
LÉOPOLD, d'un air troublé.
Ainsi ta maîtresse est chez elle?
VICTOR
Oui, monsieur; qu'y a-t-il donc d'étonnant, à neuf heures du matin !
LÉOPOLD
Oh ! rien. C'est qu'ayant affaire à M. Dulistel, je m'informais des nouvelles de madame. Tu dis donc qu'elle est rentrée?...
VICTOB.
Mais non, monsieur ; elle n'est pas sortie ; elle dort.
COMKUIES — UIIAMES
LEOl'OLD.
Tu en es bien sur?
VICTOR
Par cxem])lc ! monsieur, voilà une question... Est-ce que je peux savoir?... Je dis je présume... parce que madame n'a pas encore sonné sa femme de chambre. Mais je vais prévenir monsieur que vous l'attendez.
LÉOI'OLD.
Rien ne presse ; quand il sera descendu dans son cabinet. Eh ! dis-moi, Victor... (a part.)Non, non !... Qu'allais-je faire? Interroger ce domestique ! (Haut.) C'est bien.
VICTOR
Monsieur n'a plus rien à me dire ?
LÉOPOLD
Non.
VICTOR
Tant mieux ! parce que j'ai à sortir. J'ai de l'argent à toucher pour mon compte. Voyez-vous, quand on est en maison, c'est désagréable ! Il faut toute la journée faire les affaires des maîtres; alors on protîte du temps où ils dorment pour l'aire les siennes. Vous ne le direz pas ?
(il sort.)
LÉOPOLD
C'est inconcevable ! Mais c'était elle, j'en suis sur. Dans cette rue déserte... écartée... Petite-Rue-Saint-Roch!... Seule à sept heures du matin... et se glisser mystérieusement dans cette maison de chétive apparence!... Une allée... un escalier obscur... cl, avant d'y entrer, comme elle jetait autour d'elle un regard craintif!... Ah ! malgré ce voile (pii cachait à moitié ses traits, j'ai reconnu sa démarche, sa tournure...
Je l'aime trop, il y a trop longtemps que je l'aime pour m'ctre trompé ; et cependant, comment soupçonner... comment croire que la femme la plus sage... la plus vertueuse, la plus irréprochable jusqu'à présent ?... Ah 1 il y a de quoi confondre !... Et ne pouvoir éclater... ne pouvoir se plaindre!... car je n'en ai pas le droit... pas le moindre droit!... On vient... Si c'était ellel... Non, c'est sa sœur.