BERNARDET, CÉSARINE, ZOÉ
BERNARDET
Mais... s'il parle... il est perdu!...
CÉSARINE
J'y compte bien! (Regardant zoé.) C'est un homme fini!
ZOÉ
Je le crois comme vous.
BERNARDET
Et moi je n'y comprends rien! Vous, madame, si fine et si adroite... qui avez tant de tact et de convenances, laisser voir aussi clairement à votre mari l'intérêt que vous portez à votre cousin?... c'est d'une imprudence, d'une gaucherie...
CÉSARINE
Vous croyez !... (Riant d'un air dédaigneux.) VOUS êtCS pourtant docteur en médecine.
BERNARDET
Oui, madame.
CÉSARINE, de même.
Vous venez d'être nommé professeur.
BERNARDET
Grâce à vous!...
CKSARINE.
Je vais presque m'en repentir, car vous n'en savez pas
long !
KKRNARDET, piqué.
C'est possible!... mais je sais que c'est perdre ce jeune homme... c'est l'empêcher d'être nommé...
CÉSARINE
Et... si telle était mon intention?...
BERNARDET, vivement.
Hein!*... qu'est-ce que c'est?... Un changement de front... un changement de manœuvres?...
ZOÉ
Eh oui !
CÉSARINE
Vous l'avez dit.
BERNARDET
Quelque habitué que j'y sois avec vous... encore faut-il prévenir les gens!...
CÉSARINE
C'est ce (jue je vais faire... Écoulez-moi, docteur... J'ai quelque pouvoir, quelque crédit...
BERNARDET
Vous avez tait de moi un professeur...
Je puis peut-être plus encore ici... dans cette maison... où j'ai quelque intluence... et où vous, docteur, vous avez dçs vues que j'ai cru deviner...
BERNARDET
Que voulez-vous dire?
CÉSARINE
La faculté ne déteste pas les belles dots et soigne de prédilection les riches héritières...
ScRiiiË. — Œuvres conipUtes. l'c Série.— S* Vol. 19
ZOÉ
11 est donc vrai!...
BERXARDET.
Vous pourriez croire?...
CÉSARINE, vivement.
Que ce soient ou non vos idées, je ne les blâme pas... je ne m'y oppose pas... c'est beaucoup ! Peut-être même leur serai- je favorable... cela dépend de vous... et d'une condition...
BERNARDET
Laquelle ?
CÉSARINE
C'est qu'aujourd'hui Edmond de Varennes sera nommé député.
ZOÉ, avec joie.
Bien cela !
BERNARDET
Et comment ferais-je ?
CÉSARINE
Cela vous regarde ! je ne m'occupe pas des détails ; voyez nos amis, nos camarades ; qu'ils agissent.
BERNARDET
Moi, qui ai recommandé Oscar à leur amitié !
CÉSARINE
Vous leur recommanderez l'autre.
BERNARDET
Mais nous l'abhorrons tous... nous le détestons.
CÉSARINE
Qu'est-ce que cela fait? entre amis, entre camarades, il ne s'agit pas de faire du sentiment ni des phrases... il s'agit d'arriver.
BERNARDET
C'est juste!... j'y cours 1 (Revenant et se plaçant entre les deux
femmes.) Mais le ministre à qui vous-même aviez déjà parlé en faveur d'Oscar...
CÉSARIXE.
A peine m'a-l-il écoutée, préoccupé qu'il était des quatre voix qui lui manquent, et qu'il lui faut à tout prix. Ah I si nous les avions, le ministre serait à nous; il nous seconderail, porterait notre candidat, la nomination serait sûre.
ZOÉ
Oui, mais conunent avoir ces quatre voix? On a tant de peine à en avoir une !
CÉSARl.NE.
Tout le monde se les arrache.
BERNARDET
Souvent la même sert à deux ou trois ministères successifs.
CÉSARINE, Tivement.
Je les aurai 1 je les aurai ! j'en réponds ! (Elle se met à la
table et écrit.)
ZOÉ, passant près d'elle.
Quel talent!... quel génie !... c'est admirable !
BERNARDET, la regardant écrire.
Une tête bien organisée...
CÉSARINE, écrivant.
Ces deux mots au ministre : « Je vous promets, ce malin, « ce que vous désirez... et plus encore. En récompense, je « vous suppUe de porter, ce soir, eomme candidat ministé- « riel, un homme que vingt fois je vous ai entendu vanter « vous-même... le jeune Edmond de Varennes. »
(Elle cachette la lettre, et se lève.) ZOÉ, à part.
Rien qu'en la regardant quels progrès on peut faire!
CÉSARI.NE.
ïeaez, docteur I
BERXARDET.
Mais ces quatre voix ?
CÉSARINE
Je vous répète que d'ici à deux lieures nous les aurons; mon pian est là. Dites seulement à tous nos camarades, qui se chargeront de le répandre, et dites vous-même partout où vous irez, que mon mari, M. de Miremont, est malade, très-malade.
BERXARDET.
Moi! son médecin !
CÉSARINE
Vous n'en aurez que plus de mérite, dans deux ou trois jours, quand il se portera bien, quand il sera guéri, grâce à vous.
BERNARDET
C'est juste ! une cure merveilleuse que nous ferons mousser par nos amis, et dans la Gazette médicale... [u va pour sortir,
et vient se placer entre les deux femmes.) Mais je VOUdrais SaVOir... CÉSARINE.
C'est inutile... faites toujours!
BERNARDET
Je ne comprends pas!
i\i moi non plus... mais qu'importe? faites ce qu'elle vous dit.
CÉSARINE
Et vous, Zoé, de la discrétion ! Pour vous, comme poui tout le monde, mon mari est malade.
ZOÉ
Il ne passera pas la journée.