‹ Comédies, dramesChapitre 112 sur 170 · BERNARDET, CÉSARINE, ZOÉ · texte numérisé non relu

BERNARDET, CÉSARINE, ZOÉ

BERNARDET

Mais... s'il parle... il est perdu!...

CÉSARINE

J'y compte bien! (Regardant zoé.) C'est un homme fini!

ZOÉ

Je le crois comme vous.

BERNARDET

Et moi je n'y comprends rien! Vous, madame, si fine et si adroite... qui avez tant de tact et de convenances, laisser voir aussi clairement à votre mari l'intérêt que vous portez à votre cousin?... c'est d'une imprudence, d'une gaucherie...

CÉSARINE

Vous croyez !... (Riant d'un air dédaigneux.) VOUS êtCS pourtant docteur en médecine.

BERNARDET

Oui, madame.

CÉSARINE, de même.

Vous venez d'être nommé professeur.

BERNARDET

Grâce à vous!...

CKSARINE.

Je vais presque m'en repentir, car vous n'en savez pas

long !

KKRNARDET, piqué.

C'est possible!... mais je sais que c'est perdre ce jeune homme... c'est l'empêcher d'être nommé...

CÉSARINE

Et... si telle était mon intention?...

BERNARDET, vivement.

Hein!*... qu'est-ce que c'est?... Un changement de front... un changement de manœuvres?...

ZOÉ

Eh oui !

CÉSARINE

Vous l'avez dit.

BERNARDET

Quelque habitué que j'y sois avec vous... encore faut-il prévenir les gens!...

CÉSARINE

C'est ce (jue je vais faire... Écoulez-moi, docteur... J'ai quelque pouvoir, quelque crédit...

BERNARDET

Vous avez tait de moi un professeur...

Je puis peut-être plus encore ici... dans cette maison... où j'ai quelque intluence... et où vous, docteur, vous avez dçs vues que j'ai cru deviner...

BERNARDET

Que voulez-vous dire?

CÉSARINE

La faculté ne déteste pas les belles dots et soigne de prédilection les riches héritières...

ScRiiiË. — Œuvres conipUtes. l'c Série.— S* Vol. 19

ZOÉ

11 est donc vrai!...

BERXARDET.

Vous pourriez croire?...

CÉSARINE, vivement.

Que ce soient ou non vos idées, je ne les blâme pas... je ne m'y oppose pas... c'est beaucoup ! Peut-être même leur serai- je favorable... cela dépend de vous... et d'une condition...

BERNARDET

Laquelle ?

CÉSARINE

C'est qu'aujourd'hui Edmond de Varennes sera nommé député.

ZOÉ, avec joie.

Bien cela !

BERNARDET

Et comment ferais-je ?

CÉSARINE

Cela vous regarde ! je ne m'occupe pas des détails ; voyez nos amis, nos camarades ; qu'ils agissent.

BERNARDET

Moi, qui ai recommandé Oscar à leur amitié !

CÉSARINE

Vous leur recommanderez l'autre.

BERNARDET

Mais nous l'abhorrons tous... nous le détestons.

CÉSARINE

Qu'est-ce que cela fait? entre amis, entre camarades, il ne s'agit pas de faire du sentiment ni des phrases... il s'agit d'arriver.

BERNARDET

C'est juste!... j'y cours 1 (Revenant et se plaçant entre les deux

femmes.) Mais le ministre à qui vous-même aviez déjà parlé en faveur d'Oscar...

CÉSARIXE.

A peine m'a-l-il écoutée, préoccupé qu'il était des quatre voix qui lui manquent, et qu'il lui faut à tout prix. Ah I si nous les avions, le ministre serait à nous; il nous seconderail, porterait notre candidat, la nomination serait sûre.

ZOÉ

Oui, mais conunent avoir ces quatre voix? On a tant de peine à en avoir une !

CÉSARl.NE.

Tout le monde se les arrache.

BERNARDET

Souvent la même sert à deux ou trois ministères successifs.

CÉSARINE, Tivement.

Je les aurai 1 je les aurai ! j'en réponds ! (Elle se met à la

table et écrit.)

ZOÉ, passant près d'elle.

Quel talent!... quel génie !... c'est admirable !

BERNARDET, la regardant écrire.

Une tête bien organisée...

CÉSARINE, écrivant.

Ces deux mots au ministre : « Je vous promets, ce malin, « ce que vous désirez... et plus encore. En récompense, je « vous suppUe de porter, ce soir, eomme candidat ministé- « riel, un homme que vingt fois je vous ai entendu vanter « vous-même... le jeune Edmond de Varennes. »

(Elle cachette la lettre, et se lève.) ZOÉ, à part.

Rien qu'en la regardant quels progrès on peut faire!

CÉSARI.NE.

ïeaez, docteur I

BERXARDET.

Mais ces quatre voix ?

CÉSARINE

Je vous répète que d'ici à deux lieures nous les aurons; mon pian est là. Dites seulement à tous nos camarades, qui se chargeront de le répandre, et dites vous-même partout où vous irez, que mon mari, M. de Miremont, est malade, très-malade.

BERXARDET.

Moi! son médecin !

CÉSARINE

Vous n'en aurez que plus de mérite, dans deux ou trois jours, quand il se portera bien, quand il sera guéri, grâce à vous.

BERNARDET

C'est juste ! une cure merveilleuse que nous ferons mousser par nos amis, et dans la Gazette médicale... [u va pour sortir,

et vient se placer entre les deux femmes.) Mais je VOUdrais SaVOir... CÉSARINE.

C'est inutile... faites toujours!

BERNARDET

Je ne comprends pas!

i\i moi non plus... mais qu'importe? faites ce qu'elle vous dit.

CÉSARINE

Et vous, Zoé, de la discrétion ! Pour vous, comme poui tout le monde, mon mari est malade.

ZOÉ

Il ne passera pas la journée.

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