SCENE PREMIERE
M. DE MIREMONT, assis à gauche, en robe de chambre, dans un fauteuil; CESARINE, debout, près de lui, reprenant une tasse oii il Tient de boire.
M. DE MIREMONT
Et tu es bien sûre, ma chère amie, que ce procès politique s'ouvrira à la Chambre des pairs la semaine prochaine ?
CÉSARINE
Personne ne le sait encore ; mais la femme du ministre me l'a confié à moi en secret ; et vous qui n'êtes pas déjà bien portant... vous n'auriez qu'à tomber sérieusement malade au moment même de l'ouverture... cela produirait le plus mauvais effet.
M. DE MIREMONT
C'est vrai.
CÉSARINE
Tandis qu'en vous soignant huit ou dix jours d'avance, ce ne sera rien, ou si cela devient plus grave, ce n'est pas votre ute... On sait depuis longtemps que vous êtes indisposé.
^32 COMKDIES DR A MHS
M. DE MIREMOXT.
(rcst juste... je ne pouvais pas prévoir.
Mais pour cela il ne faut pas commettre d'imprudences ; il faut rester chez soi bien chaudement, ne voir personne.
M. DE MIREMONT
Oui, ma chère.
CÉSARINE
Et surtout ne pas sortir, comme vous vouliez le faire tout à l'heure.
M. D7. MIREMONT
Sois donc tranquille... une fois ((ue j'ai pris un parti... lu sais que j'y tiens... Et qu'est-ce que j'ai? qu'est-ce que dit le docteur ?
CÉSARINE
11 (lit que c'est une grande irritation de poitrine.
M. DE MIREMOXT, essayant de tousser.
C'est vrai! je me sens là une chaleur...
CÉSARINE
Qui n'est rien en apparence, mais qui peut devenir trO'Sgrave, si vous continuez à suivre vos travaux parlementaires. Vous avez voulu aller hier à la Ciiambre malgré mes avis...
M DE .MIREMONT
Je n'y ai pas parlé !
CÉSARINE
Qu'importe ?
M. D" MIREMONT
Il est vrai que j'ai écouté avec beaucoup d'action ..
Vous vovez bien!
LA CA>rAI!ADEniE 333
M. DE MIEEMONT.
Voilà ce qui nous fait mal... voilà ce qui nous lue, nous autres hommes de tribune !... surtout ces maudits procvs!... J'aime mieux \-ingt discussions comme celle d'hier, quelque fatigantes qu'elles soient, que ces débats o"i, bon gré, mal gré, on est obligé de se prononcer.
CÉSARIXE.
Restez chez vous, cela vaut mieux.
M. DE MIRuMOr.
D'autant que (;a n'empêche pas d'avoir son avis.
CÉSAai.NE.
.Mais on ne le dit pas !
M. DE MIREMUNT.
Voilà tout... on y met de la discrétion.
CÉSVKIXE.
Et puis, que vous le vouliez ou non, c'est convenu, vous m'avez promis de rester.
M. DE MIREMONT
Eh! qu'est-ce que je fais donc?... Toi, de ton côt-', !u m'as promis de ne plus me parler d'Oscar.
CÉSARINE
.Je vous le jure encore !
M. DE MIRliMONT.
De ne plus t'intércsser à lui!
CÉSARINE
Dès que cela vous déplaît... et quehjue injustes que soient vos soupçons... mon devoir est d'y faire droit... Je ne vous dirai plus un mot en sa faveur... et même si vous voulez que je cesse de le voir. . parlez.
M. DE MIREMONT
C'est trop, mille fois... et je n'en veux pas tant... mais puisque tu es dans ton jour de générosité... j'aurais une autre grâce à le demander.
COMEDIES — DnAMES
CESARINE.
Et laquelle?
M. DE MIREMONT
Il est un nom que par hasard tu as prononce tout à l'heure, et, sans le vouloir, tu m'as rappelé que j'avais dû autrefois ma fortune et ma vie à M. de Varennes, le père, mon ancien ami, ce qui ne nous a pas empêchés depuis longtemps de négliger beaucoup son fils, M. Edmond, que j'aime infiniment et que tu ne peux pas souffrir.
CÉSARINE
C'est vrai! je ne nie pas qu'il ait beaucoup de talent et de mérite... et vous qui parliez tout à l'heure de député... je conviendrai avec vous qu'il a autant et plus de droits qu'un autre ; mais que voulez-vous? c'est une antipathie que je ne peux vaincre.
M. DE MIREMONT
Eh bien ! je te demande d'essayer, pour moi, pour me faire plaisir...
CÉSARINE
A coup sûr, ce n'est pas aujourd'hui, et dans l'état où vous êtes, que je voudrais vous contrarier. Mais pourtant... Qui vient là ?