ZOÉ, CÉSARINE,BERNARDET
BERXARDIÎT, à la c.mtonadp.
Oui, messieurs; on trouvera chez le concierge les Inilletins d'heure en heure... (D'un air sombre.) Pardon si, dans l'inquiétude où je suis, je ne vous en dis pas davantage : on
m'attend pour une consultation. (Apercevant les Jeux dames.) Ah!
vous voilà?
CÉSARINE, toujours assise à son métier.
Comment cela va-t-il ?
BERNAUDKT, yaioment.
Cela prend la meilleure tournure. C'est étonnant avec quel bonheur les mauvaises nouvelles se répandent!
CÉSARINE
Et le ministre ?
BERXAUDET.
11 a votre lettre. Après l'avoir remise je suis passé dans l.i salle des conférences, où, d'un air sombre, j'ai fait circuler l'événement ; et un instant après je ne pouvais suffire à la foule des questionneurs; je n'ai répondu que par une physionomie sinistre et par un silence qui laissait bien peu d'espoir... Aussi, quand le ministre a jiaru, chacun, persuadé de la nécessité de se hâter, a couru à lui, et tout le monde, avant la séance, avait deux mots à lui dire en particulier; c'est tout naturel. Il faut maintenant s'inscrire d'avance pour avoir une place. Or, comme votre mari en a huit à lui tout seul, vous jugez des demandeurs et des amis que cela fait au ministère ! Peut-on refuser son vote à des gens qui vont avoir huit places à leur disposition ? C'est impossible ; et au lieu de quatre voix il paraît qu'ils en auront vingt-cinq.
CESARINE, avec juie.
A merveille!
ZOÉ
Je devine, enfin.
CÉSARINE
C'est bien heureux !
BERNARDET
La loi va passer, séance tenante, aune majorité très-agréable, grâce à la mauvaise nouvelle qui a produit un effet de revirement, non-seulement sur la Chambre, mais encore sur nos camarades, à qui je n'avais pas dit le mot de l'énigme, pour que les rôles se jouassent avec plus de naturel.
CÉSARINE
Cétait bien.
BERNARDET
Et voilà que d'eux-mêmes, de bonne foi, ils tournent le dos à Oscar, le croyant déjà privé de son seul appui et de son seul mérite, son cousin le pair de France. Aussi je n'ai pas eu grand'peine à faire faire volte-face à leur amitié, et à la diriger dans le sens que vous désiriez.
ZOÉ
Bravo!
BERNARDET, à Zoé.
Mais celui à qui je n'avais pas pensé, c'est votre mari; vous ne l'aviez donc pas prévenu ?
Non vraiment, je n'ai rien dit à personne; je vous l'avais promis.
BERNARDET
Il s'est déjà mis en course pour remplacer M. de Miremont à l'Académie des sciences morales et politiques; je l'ai rencontré chez un de mes clients, à qui il allait demander sa voix; il y avait là tant de monde que je n'ai pas pu le détromper, et il est remonté en cabriolet pour continuer ses visites.
ZOÉ
Ah ! mon Dieu !
BERXARDET.
II n'y a pas de mal; cela servira pour la prochaine place vacante, quelle qu'elle soit; on les demande maintenant aux personnes elles-mêmes, et de leur vivant; plus tard il n'est plus temps... Maisàprésent que je vous ai servi, je demande à comprendre et à connaître la cause de la contre-révolution que je viens d'opérer.
CÉSARINE
Laquelle ?
BERNARDET
Le changement en faveur d'Edmond, notre ennemi à tous?
CÉSARINE
Je vous le dirai.
BERXARDET.
11 est essentiel que je le sache.
A quoi bon? Lui-même l'ignore.
CÉSARIXE, à Bernardet.
C'est vrai; il est même nécessaire que je le voie.
ZOÉ, à part.
J'espère bien que ce ne sera pas aujourd'hui.