SCENE PREMIERE
GEORGE J CECILE, entrant suivie par lo roi. GEORGE.
De grâce, écoutez!...
CÉCILE
Non, sire, laissez-moi !
GEORGE
Eh quoi ! lady Cécile, je ne puis obtenir un instant d'audience?...
CÉCILE
Je ne le veux pas!... le comte de Sunderland, mon père, m'attend chez la reine !
GEORGE
Mais si je vous ordonne de rester... moi, le roi!
Votre Majesté sait bien ce qui arrivera.
GEORGE
Vous me quitterez?
'ambitieux 13c
CECILE
A l'instant ! C'est ainsi que mon illustre aïeul, le duc de Marlborough, avait coutume de répondre à la menace...
(Elle fait la révérence et va pour sortir.) GEORGE.
Cécile!... Cécile!... je vous en supplie, ne me réduisez pas au désespoir et daignez m'entendre !
CÉCILE, avec humeur.
Eh bien donc!... que voulez-vous?
GEORGE
Ah ! que vous connaissez bien votre pouvoir sur moi ! et que vous abusez étrangement de cet amour que rien ne peut vaincre et que vos caprices, vos rigueurs ne font qu'augmenter encore ! Un instant seulement, oubliant votre fierté, vous avez laissé tomber sur moi un regard de pitié.
CÉCILE, avec effroi.
Ah ! taisez-vous!
GEORGE
Et depuis ce moment où je croyais avoir désarmé votre cœur, il semble au contraire que vous ayez redoublé pour moi de hauteur et de mépris; il y a en vous je ne sais quel sentiment de dépit, de crainte, de colère... quelquefois même on dirait de la haine !...
CÉCILE
C'est vrai 1
GEORGE
Est-ce vous que j'entends... grands dieux! eh! que n'ai-je pas fait pour vous tléchir ou vous rassurer!... Faut-i! vous rappeler ici celte soumission, cette crainte de vous compromettre, ce respect que n'a jamais trahi le moindre mot ouïe moindre regard ; enfin ce mystère impénétrable qui cache à tous les yeux un amour que vous seule connaissez et que vous dédaignez, un amour qui vous soumet ma volonté, mon
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pouvoir, mon existence tout entière ! que voulez-vous de plus?
CÉCILE
Je veux... je veux savoir pourquoi je suis si malheureuse !
GEORGE
Que dites-vous?
CÉCILE
Je me faisais de la cour et de ses splendeurs une image enchanteresse... Élevée dans des souvenirs de gloire, des regrets d'ambition, près de la duchesse de Marlborough. mon aïeule ; entendant parler sans cesse de ces temps brillants où, favorite de la reine Anne, elle disposait à son gré des destins de l'Angleterre et de ceux de l'Europe, j'avais toujours présentes à l'esprit ces idées de faveur et de puissance : c'étaient là les seules illusions dont se berçait ma jeunesse; et quand je fus présentée à la cour, lorsque Caroline d'Anspach voulut m'attacher à sa personne, je crus voir tous mes rêves se réaliser; il me semblait que moi aussi j'allais régner à mon tour... que j'allais devenir...
Favorite !
CÉCILE
Oui, de la reine... (Se cachant la tête dans ses mains.) mais
non pas du roi!... Et maintenant, ce séjour si brillant... me déplaît, m'est insupportable, tout y fait mon malheur!... tout, jusqu'aux bontés dont m'accable la reine; et je veux la quitter, je veux fuir la cour.
GEORGE
Ah! c'est que votre âme froide et indifférente ne peut comprendre la mienne!... c'est que votre cœur insensible est incapable de rien aimer !
CÉCILE, avec chaleur.
Moi ne rien aimer!
l'ambitieux l^T
GEORGE
0 ciel!... me serais-je abusé? S'il était vrai... si quelque autre affection...
CÉCILE, froidement.
Aucune!... mais ne suis-je pas maîtresse de réclamer ma liberté, mon repos, mon bonheur?... Quels droits aviez-vous sur moi, sire, sinon ceux que vous teniez de moi-même, et que j'ai repris ?
GEORGE
Ah ! ne parlez pas ainsi, ne parlez pas de vous éloigner. Plutôt que de renoncer à vous, il n'est rien dont je ne sois capable ; il n'est pas de sacrifice que vous ne puissiez exiger...
Je n'ai jusqu'à présent demandé qu'une chose à Votre Majesté, et l'événement m'a donné peu de confiance en mon crédit...
GEORGE
Une telle idée ne vient pas de vous, mais de ceux qui vous entourent ; de votre père, de lord Cartcret, de ce vieux lord Bolingbroke, ennemis irréconciliables de Walpole, qui tous le détestent et veulent le renverser ; mais que peut vous faire à vous, Cécile?...
CÉCILE
Cela fait... cela fait... que je le veux.
GEORGE
Vous ne pouvez vouloir me priver d'un ministre dont les talents me sont utiles... indispensables; et quand même je serais assez ingrat pour méconnaître son zèle et son dévouement, quand même je voudrais renoncer à ses services, je n'en suis pas le maître : il a dans les deux Chambres une majorité à lui...
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CliCILE.
Oli ! bien à lui, car il l'a achetée... et vous qui parliez, à rinslant même, de tout braver pour moi, vous tremblez devant votre ministre.
GEORGE
Non pas devant lui, mais devant une injustice... et c'en serait une.
CKCILE.
Soit! tel est votre bon plaisir... et le mien, à moi, est de quitter la cour, ce que je ferai dès demain... dès aujourd'hui.
GEORGE
Non, vous re partirez pas, vous ne vous ferez pas un jeu de ma douleur, et, puisqu'il le faut, je vous promets, Cécile, je vous jure....
CÉCILE, vivement.
De renvoyer Walpole '?
GEORCE.
Non ; mais deux fois déjà il m'a offert sa démission que j'ai refusée, et, s'il m'en parle de nouveau... s'il me l'ol'fre encore... je l'accepterai.
CÉCILE
Grand effort de courage !
GEORGE
Mais vous me promettez au moins...
CÉCILE
Je ne promets rien.
GEORGE
Ah! vous qui souvent me parlez de tyrannie... est-il possible de la pousser plus loin et de l'avouer plus franchement!
CÉCILE
C'est un avantage que j'ai sur vous... je suis, moi, pour le gouvernement absolu.
Mais encore pour quelles raisons?...
CÉCILE
Ces gouvernements-là n'en donnent jamais ; et je rappellerai seulement à Votre Majesté que voici l'heure de ses réceptions.
GEORGE
C'est vrai!... J'oublierais tout auprès d'elle... Adieu! je ne demande plus rien, je m'en rapporte à votre clémence... à votre générosité. Dites-vous seulement que j'attends, que je souffre et que je vous aime !
(U sort.)