HENRI, MARGUERITE
MARGUERITE, entrant par la porte à droite.
Oui, mon père, je vous attendrai ici...
HENRI, entrant par le fond et apercevant Marguerite.
3Iis3 Marguerite, qu'il me tardait de vous voir! je suis d'une joie !... j'éprouve un bonheur...
MARGUERITE
Alors, dites donc vite pour que j'en aie aussi.
HENRI
Il est arrivé depuis ce malin tant de changements, tant d'événements!... Qu'il vous suftise d'apprendre que, dans ce moment, j"ai tout pouvoir, j'ai la confiance, j'ai l'amitié du roi... il m'accordera tout ce que je voudrai... alors et surle-champ j"ai pensé à vous...
MARGUERITE
A moi!...
HENRI
Ou du moins à celui que vous aimez, c'est la même chose I... j'ai fait venir votre jeune cousin Thomas Kinston.
MARGUERITE
Ociell
IIliNRI.
Je lui avais fait avoir liier un emploi... je lui en donne un aujourd'hui bien plus beau,bien plus sûr; je le place près de moi à la chancellerie... et si vous aviez vu sa reconnaissance et surtout son étonnement, car il ne peut se douter d'où lui vient sa fortune !...
MARGUERITE, à part.
Je crois bien !
HENRI
Maintenant que vous voilà riche, lui ai-je dit, que votre avenir est assuré, ne songerez-vous pas à quelque établissement?...
MARGUERITE
Grand Dieu !...
Ne craignez rien! je ne me serais pas permis un seul mot qui aurait pu vous compromettre!... mais c'est lui-même qui, s' adressant à moi comme à son protecteur, m'a donné à entendre qu'il avait des vues sur une jeune tille, sa parente, sa cousine, dont le père venait d'être nommé membre de la Chambre des communes; c'est clair, je pense; et sans trahir uir secret que votre tendresse avait confié à mon amitié, je l'ai engagé à ne pas se rebuter... à se présenter encore!...
MARGUERITE
0 mon Dieu !
HENRI
Il va venir... (La regardant avec tendresse.) Et en vérité, Marguerite, je le trouve bien heureux, je trouve qu'il n'y a personne au monde qui ne doive envier son sort, car maintenant le voilà sûr du consentement de votre père... Sa nouvelle fortune... ma protection... et puis la vôtre...
MARGUERITE, avec embarras.
Je ne sais... je doute encore que mon père...
l'ambitieux 193
HENRI
11 le faudra bien ; je saurai l'y contraindre...
MARGUERITE
C'est trop de bontés, c'est trop vous occuper de moi... Vous d'abord... vous avant tout!... vous ne me parlez pas de ce qui vous est arrivé... de cette entrevue, de ce rendezvous qu'on vous avait demandé!...
HENRI
Ah! vous allez partager mon jjonheur !... cl il m'est d'autant plus doux... qu'il y a dans notre destinée comme une sympathie secrète... qui fait que nous sommes heureux ou malheureux ensemble... je suis comme vous, je suis aimé !...
MARGUERITE
0 ciel !
HENRI
Oui, elle m'aime !... oui, je ne peux en douter... et si des obstacles, si un secret que je dois respecter l'empêchent, en ce moment, de me donner sa main... je suis sûr du moins que ce mariage est maintenant l'objet de ses vœux ; je viens de lui écrire pour presser encore cet heureux instant, et bientôt, je l'espère, rien ne s'opposera à notre union, pas plus qu'à la vôtre... Je vais attendre sa réponse... et je vous retrouverai chez ma sœur lady Juliana, n'est-il pas vrai?... Adieu, Marguerite, adieu!... gardez bien mon secret.
(il sort.)