‹ Comédies, dramesChapitre 72 sur 170 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

MARGUERITE, NEUBOROUG.

Partons, mon père, partons!

NEUBOROUG.

Qu'est-ce qui te prend donc?... qu'est-ce que tu as?...

MARGUERITE

Retournons à la ville! ne restons pas ici... je voudrais n'y être jamais venue...

NEUBOROUG.

Toi qui ce matin trouvais ce séjour si agréable...

MARGUERITE

Ce matin, quelle différence!... je ne savais pas... c'est-àdire je croyais... Et vous-même qui parlez... vous trouviez la cour si insupportable...

NEUBOROUG.

Au premier coup d'œil... c'est vrai!... mais après on s'v fait.

MARGUERITE

.Je ne m'y ferai jamais, allons-nous-en, mon père , je souffre.

NEUBOROUG, lui prenant la main.

Est-il possible?... Eh bien! nous partirons... Mais encore un instant I j'attends mon ami Walpole qui a sur moi des projets... il m'a dit de ne "pas m'éloigner, car il prétend qu'il y a des cliances...

l'ambitieux 1 95

Pour quoi?

NEUBOROUG.

MARGUERITE

Pour être ministre...

Vous, mon Dieu !

NEUBOROUG.

Pourquoi pas?... comme tout le monde !... et puis ce n'est pas moi... c'est lui qui le veut, qui l'exige ! comment désobliger un ami qui y met un pareil zèle?... J'en conviens franchement, j'étais venu ici avec des préventions... et, peu à peu, que veux-tu ? l'œil se fait à cet éclat, à ce luxe qui vous environne, l'oreille s'habitue à ces titres de : Votre Grâce, Votre Seigneurie, Votre Excellence. ...et puis encore, d'autres idées... En voyant ces belles dames si bien parées, si brillantes, si enviées, je pense à toi et je me dis : .Ma fille serait comme elles! Je te vois dans ma voiture, dans mon salon dont tu fais les honneurs ; je te vois dans ma loge de l'Opéra... Je les entends qui disent : « C'est elle, c'est la fille du ministre! » Quand j'y pense, vois-tû bien, cela me trouble, m'éblouit, m'étourdit... et je ne sais plus si c'est de l'ambition ou de l'amour paternel!...

MARGUERITE

Eh bien! s'il est vrai... si vous m'aimez, mon père, ne me laissez pas ici, car j'y mourrais.

NEUBOROUG.

Qu'est-ce que tu me dis là?., toi mourir!... Viens, ma tille... partons... je t'emmène à l'instant, je donne ma démission ! Qu'est-ce que je ferais ici, dans mon ministère, sans mon enfant, sans mon bonheur?... (Lui prenant les mains.) Mais réponds-moi ! raconte tout à ton père ! D'où vient l'état où je te vois, d'où viennent tes souffrances... est-ce que j'en serais cause, par hasard?... J'en serais bien capable !

MARGUERITE

Non, mon bon père ! non, jamais... seulement hier, lorsque vous me demandiez si j'aimais quelqu'un, je vous ai promis de vous dire quand cela viendrait... eh bien ! mon père, c'est venu !

NEUBOROUG.

Vraiment ?

MARGUERITE

Ou plutôt, c'est parti !... cir je ne veux plus y songer, je veux l'onbhér... c'est quelqu'un que je ne peux jamais épouser... un lor.1... un grand seigneur!...

NEUBOROUG, viveDien!.

Je le connais... car j'y ai toujours pensé... c'est toujours lui que j'ai rêvé pour gendre... lord Henri...

MARGUERITE, lui meUant la main sur la Louche.

Silence !... au nom du ciel.

NEUBOROUG.

Raison de plus pour que je sois ministre ! c'est le seul moyen de rapprocher les distances.

MARGUERITE

Impossible!...

NEUBOROUG.

Pourquoi ne pas essayer? Si nous échouons, je partirai... et tout consolé, car je partirai avec toi... Mais s'il y avait des chances... si Walpole l'emportait dans ce qu'il veut faire pour moi, vois donc combien il serait terrible de renoncer cà un ministère.

Vous y pensez encore !...

NEUBOROUG.

Eh bien, oui! c'est plus fort que moi!... il y a dans l'air qu'on respire ici quelque cliose qui monte à la tète... je me

làte le |)Ouls, et il me semble que me voilà comme Robert était ce malin... les mêmes symptômes...

MAUGLERITE.

Raison de plus pour s'éloigner.

NEUBOROUG.

C'est possible !... (Apercevant Walpole.) C'eSt lui, IC VOici!...

attends-moi chez lady Juliana... Deux mots, deux mots seulement, et dans une heure, je te le jure, nous partons.

(Marguerite sort par le fond.)

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