‹ Comédies, dramesChapitre 78 sur 170 · HENRI, GEORGE, CÉCILE · texte numérisé non relu

HENRI, GEORGE, CÉCILE

GEORGE à pnrt.

La voilà !...

CÉCILE, s'adressant au roi.

Mon père, le comte de Sunderland, va se rendre à l'audience que vous avez daigné lui accorder.

GEORGE, contenant son émotion.

C'est bien... nous le rece^rons!...

GEORGE, après un instant de silence, jette un coup d'œil sur Henri et sur Cécile qui ont échangé un regard et baissent soudain les yeux.

Lord Henri, je voulais vous parler, et je i)uis le faire devant niilady, car je me rappelle maintenant que plusieurs fois elle a plaidé près de moi en voire faveur, et qu'elle est toute dévouée à vos intérêts...

IIEXRI.

C'est trop de bontés à lady Cécile, et surtout à Votre Majesté...

GEORGE

J'en aurai plus encore, et pour commencer je vous donnerai un conseil... celui d'être plus circonspect... Ce matin, vous ne m'avez confié que la moitié de votre secret... j'ignorais encore quelle était celle que vous aimiez... un hasard I. — m. 12

vient de me rapprendre... (Mouvement de Cécile.) Oui, madame... et voyez à quoi son imprudence l'exposait, si cette lettre, par exemple, était lonibce en d'autres mains que les miennes...

HENRI

0 ciel!... Eh bien ! puisque mon amour vous est connu, j)Ourquoi n'avouerais-jc pas à Votre Majesté et mes projets, et mes vœux, et l'espoir de ma vie entière... Oui, sire, c'est elle que j'aime!...

CÉCILE

Que dites-vous ?

HEXRI.

Ne craignez rien... ce n'est pas au prince... ce n'est pas à mon souverain ([ue je confie un tel secret.

CÉCILE

Henri...

GEORGE

Et pourquoi l'arrêter, milady?... il aime... il est aimé... il me l'a avoué ce matin !...

CÉCILE

Est-il possible?...

HENRI

Punissez-moi, madame, je l'ai mérité ! .Mais quand je parlais ainsi, je croyais que jamais votre nom ne serait connu... qu'un éternel silence ensevelirait et mon secret et l'amour que vous m'avez juré...

CECILE, c]ui a passé près de lui.

Taisez-vous ! taisez-vous !

HENRI

Et pourquoi donc?... pourquoi cet effroi, grand Dieu!

GEORGE

Vous ne le devinez pas?... C'est qu'elle ne peut entendre ni supporter l'arrêt qui l'accable... c'est que cet amour

l'ambitieux 20"/

qu'elle vous a juré... il m'appartenait... elle me l'avait donné.

CÉCILE

Sire, au nom du ciel...

HENRI, avec fureur.

Quoi ! celle que vous aimiez ?...

GEORGE

C'est elle !...

CECILE, au roi, el avec dignité.

Assez !... assez !... Vous m'avez frappée à mort, el maintenant je n'ai plus rien à. redouter... J'ai subi de tous les supplices le plus horrible... Vous m'avez flétrie à ses yeux... .J'ai perdu l'estime de celui que j'aime.

GEORGE

Que vous aimez !...

CÉCILE

Oui, sire, ces nœuds que vous osez rappeler et que dès longtemps cependant j'avais brisés de moi-même , ces nœuds que l'ambition seule avait formés... je m'en accuse et j'en rougis ; mais l'amour que j'avais pour lui, j'en suis fière et je m'en glorifie, car il était noble et pur... Oui, c'est par amour que j'ai repoussé ses vœux; c'est par amour que je refusais sa main, moi qui aurais donné ma vie pour en être digne ; et je ne dis pas cela pour m'excuser à ses yeux, pour surprendre sa pitié, ni pour regagner une tendresse que je ne mérite pas et que j'ai perdue sans retour... mais je le dis pour moi-même que vous avez voulu abaisser, je le dis devant vous qui tenez le sceptre et la couronne... celui que j'aimais, sire... c'est lui !...

GEORGE

Et ce mot a décidé sa perte... et vous deux qui m'avez trompé...

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