‹ Comédies, dramesChapitre 83 sur 170 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

NEUBOROUG, HENRI, WALPOLE, venant du fon,i. HENRI.

Mon clicr oncle I

WALPOLE

Rassure-toi, cela va mieux ! Tu es libre, du moins !

HENRI

Que dites-vous?...

WALPOLE

J'ai eu d'abord avec le roi une discussion assez vive...

HENRI

Je le sais.

WALPOLE

• Qui a tini assez mal, car Sa Majesté ne voulait rien entendre, et moi je soutenais toujours, dussé-je le répétera la tribune, qu'en Angleterre on était libre... (a demi-voix, et sans que Neuboroug l'entende.) libre, si OU le voulait, d'eulevcr au roi ses maîtresses...

Mon oncle !

WALPOLE

Sur ce mot-là... il m'a congédié de son cabinet, et j'ai cru que tout était fini, que tout était perdu... mais avec un roi homme d'iionneur, il y a toujours de la ressource. Il paraît que depuis deux heures, une fois le premier mouvement passé, il s'est calmé... il a réfléchi... il a senti que mes conseils n'étaient pas si déraisonnables, et il vient de me prévenir, par un billet très-froid et très-laconique, qu'il avait fait lever tes arrêts et qu'il te gardait seulement prisonnier ici sur parole jusqu'à ce soir.

NEUBOUOLCi.

A la bonne heure !

WALPOLE

A cette lettre... en était jointe une autre dont j'ignore le contenu et qui était pour toi, Neuboroug; la voici.

NEUBOROUG.

Donne donc...

(il la décachette en tremblant et la lit avec émotion. J WALPOLE, avec inquiétude.

Eh bien?...

NEUBOROUG.

Ah! mon ami!...

WALPOLE

Qu'est-ce donc?

Laisse-moi finir... ce bon roi.-. (Lisant.) <.<. D'après ce que « j'ai vu et surtout d'après ce que m'a dit Walpole, je peux « mettre en vous toute ma confiance... J'ai un important » service à vous demander!... venez, je vous attends! »

WALPOLE

Qu'est-ce que ce peut être?

NEUBOROUG.

Tu t'en doutes bien!... et rien n'égale ma joie! non pas tant pour la place qui est honorable, j'en conviens; mais pour autre chose encore... car enfin, ton neveu est en disgrâce, moi je suis en faveur; je vais être ministre, et il m'est permis alors d'avoir pour l'avenir des idées d'alliance... auxquelles sans cela je n'aurais jamais osé m'arrêter !

HENRI

Ah! je ne suis pas assez heureux pour cela... (a demi-voix, à Neuboroug.) Ce u'cst pas moi qu'on aime!...

NEUBOROUG, vivement et à voix basse.

C'est vous!

l'ambitieux 215

HENRI

Est-il possible !

NELBOROUG.

Elle me l'a avoué à moi, à son pure !

HENRI, avec émotion.

Marguerite!... Mais en effet... son trouble...

(il fait quelques pas vers Neuboroiig qui vient de remonter le théâtre.) NELBOROUG.

Plus tard... plus tard... je suis attendu... et j'ai à peine le temps de remercier cet excellent ami à qui je dois tout. (a Henri, montrant Vnii.oie.) Vous ne savcz pas ce qu'il a fait pour moi; c'est le triomphe de l'amitié! et si, comme je le crois maintenant, j'arrive au pouvoir, ce sera grâce à lui !

HENRI

Comment cela?

NEUBOROUG.

Imaginez-vous que ce matin nous avions un rival, un concurrent redoutable que les Sunderland portaient au ministère...

WALPOLE, avec un geste d'effroi.

Neuboroug ! je t'en supplie !

NEUBOROUG.

Non... non, je parlerai... je ne suis pas un ingrat... je ne cache pas les services qu'on me rend... je les proclame tout haut... (a Henri.) C'était un membre de la Chambre-Haute... un lord... un jeune homme sans crédit, sans expérience... c'était du moins l'avis de Walpole qui me l'a dit... car moi je ne lui en veux pas, je ne le connais pas... mais il parait que le roi l'aimait, le protégeait, l'avait pris en affection...

HENRI

0 ciel!...

walpole, voulant l'interrompre.

Eh ! de gnâce ! . . .

216 COMÉDIES — nnAMES

NEUBOROUG, à ■Walpole.

Enfin l'ordonnance était signée, je l'ai vue entre tes mains et j'ai cru que tout était fini! (a Henri.) Eh bien! pas du tout, loin de se laisser abattre, mon ami Walpole a redoulilé d'efforts; je ne sais pas comment il s'y est pris... mais il a si bien fait, si Jjien manœuvré, qu'en quelques heures le favori a été renversé...

Vous, mon oncle!

Moi!... par exemple !

WALPOLE

NELBOROUG, riant.

Oh ' tu me l'avais bien dit : « Je le renverserai. » Voilà du dévouement, de la chaleur, voilà ce qui s'appelle servir ses amis, et si jamais je suis au pouvoir, je te prendrai pour modèle... je vous le jure à tous les deux, et si j'y manque jamais !...

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