D. JAPHET, LÉONORE, D. ALPHONSE, MARINE, MARC-ANTOINE
D. JAPHET, à part.
Mais ne la vois-je pas avec mon secrétaire?
Il est récidivant, le faquin ; et toujours
Il prend sa blanche main avec sa patte d'ours.
Je veux, faisant semblant de chanter, le surprendre ;
L'ayant surpris, le battre, et puis le faire pendre.
Il chante sur l'air de : Las ! qui hâtera le temps ? et s'approche doucement de Léonore.
Beauté, seringue à brasier, Cœur d'acier, Tu m'as mis le flanc A feu et à sang ; Hélas I l'amour m'a pris Comme le chat fait la souris.
Il saisit la main de Léoaore à l'instant uti don Alphonse la baisait.
Je t'y prends, grand pendard! tu baises donc sa main? Aujourd'hui tu mourras, ou pour le moins demain ? Quoi ! ta bouche à tabac, de ses moites moustaches, A cette main d'ivoire ose faire des taches ? Icare audacieux, téméraire Ixion!
Je te juge et condamne à décollation.
A Léonore.
Et toi, de qui je tiens la mains très-inqainée, Je t'exclus de l'honneur d'un futur hyménée.
LÉONORE
Si vous voulez m'ouïr...
D. JAPHET
Je serais un grand sot.
D. ALPHONSE
Monsieur...
D. JAPHET
Tais-toi, truand, pied-plat, cagou, bigot I
LÉONORE
Monsieur assurément, si vous voulez m'entendre. Vous connaîtrez l'erreur qui vous a pu surprendre.
D. JAPHET
Je vous entends, parlez.
LÉONORE
Votre homme m'ayant fait Des compliments pour vous, pour montrer en effet Jusqu'à quel point mon cœur a pour vous de l'estime, Je vous mandais par lui, sans penser faire un crime, Que j'étais toute à vous. Votre homme un peu trop prompt M'en a baisé la main, et fait rougir le front : C'est de cette façon que s'est passée la chose. *
Tout de bon ? mon courroux s'apaise par sa cause. Donnez-moi cette main qu'il ne baisera plus Je veux la dévorer de mes baisers goulus...
A don Alphonse.
Don Roc, regardez-moi promener cette belle, Aussi digne de moi que je suis digne d'elle...
A Léonore.
Vous m'aimerez bien fort ?