SCÈNE V
LAURETTE, AGANTE, CHAMPAGNE.
LAURETTE
Qui heurte ici ?
CHAMPAGNE
Ne vois-tu pas qui c'est?
ACANTE
Oui; c'est moi.
liAURETTE.
Vous, monsieur ; excusez, s'il vous plaît : J'ai charge, si c'est vous, de refermer la porte.
AGANTE.
Isabelle ose ainsi... Mais à tort je m'emporte. Non, non: elle a raison de me traiter ainsi ; Je l'incommoderais, et le galant aussi.
LAURETTE
Qnel galant?
AGANTE.
Le galant qu'elle enferme chez elle.
LAURETTE
Voici de notre ami quelque pièce nouvelle.
CHAMPAGNE
Je n'ai pu m'en tenir ; j'ai tout dit: que veux-tu ? J'aurais trahi monsieur, s'il n'en avait rien su.
Qu'aurait-il pu savoir de ton babil extrême ?
CHAMPAGNE
Hé...
LAURETTE
Quoi?
AGANTE.
Le rendez-vous que j*ai su de toi-même.
LAURETTE
Quel rendez-vous? comment? qu'oses-tu supposer?
AGANTE.
Et tu prétends qu'ainsi je me laisse abuser? Tu veux chercher en vain une méchante ruse.
LAURETTE
En bonne foi, monsieur, c'est lui qui vous abuse.
CHAMPAGNE
Tu me démentirais?
LA URETTE.
Que no parles-tu mieux D'une fille d'honneur?
CHAMPAGNE
Démens aussi mes yeux.
Qu'auriez- vous vu, monsieur?
ACANTE
J'ai trop vu pour sa gloire ; J'ai vu... non, sans le voir, je ne l'aurais pu croire; J'ai vu le digne objet dont son cœur est épris, Se couler doucement chez elle en manteau gris. Je n'ai point vu Laurette en prendre la conduite, Le faire entrer sans bruit, fermer la porte ensuite, Avoir soin du galant et de sa sûreté?
Enfin, par la serrure, après avoir heurté, Je n'ai point vu l'ingrate, avec un trouble extrême, A côté de son lit, l'enfermer elle-même? Ose, ose le nier.
CHAMPAGNE
Que dis-tu de cela?
Explique-nous un peu quelle affaire il a là. Avec ton bel esprit tu ne sais que répondre.
LAURETTE
C'est... j'ai... je...
CHAMPAGNE
Tu ne fais, ma foi, que te confondre : Crois-moi, fais mieux, avoue.
ACANTE
En cette occasion, Faut-il quelque autre aveu que sa confusion? Son silence en dit plus qu'on en veut savoir d'elle :
II faut que j'aille aussi confondre l'infidèle; Que j'éclate...
Hé! monsieur, ne soyez pas si prompt : Quelle gloire aurez-vous de lui faire un affront? De faire un tort mortel à l'honneur d'une fille, Si sage jusqu'ici, de si bonne famille, De plus, qui vous fut chère ? Enlin, songez-y bien; Vous êtes honnête homme, et vous n'en ferez rien. Un mépris généreux, s'il vous était possible, Serait pour vous plus beau, pour elle plus sensible.
AGANTE.
La voici.