‹ Comédies du 17è siècle. Avec une introd., des notices et des notesChapitre 203 sur 208 · SCÈNE V ISABELLE, GRÉMANTE, ACANTE · texte numérisé non relu

SCÈNE V ISABELLE, GRÉMANTE, ACANTE

GRÉMANTE.

Vous quittez donc déjà madame votre mère ?

ISABELLE

Un vieillard l'entretient d'une secrète affaire*;

:30 CUMKDllùS i)U XVll' SiK*.LE

Gliampague l'a conduit par L; petit degré; Kt Ton m'a fait sortir, sitôt qu'il est entré.

GRÉMANTE.

Vous uio trouvez outré d'une juste colère.

ISABELLE

Contre qui donc, monsieur?

GRÉMANTE.

Contre un fils téméraire.

ISABELLE

Quel sujet, contre lui, vous peut mettre en courroux?

GUÉMANTE.

Quel sujet 1 l'insolent veut médire de vous; Il voudrait empêcher notre heureux maria{?e : Mais mon cœur ù ce choix trop fortement s'engajxe.

ISABELLE

Se peut-il que monsieur, engagé comme il est, Prenne en ce qui me touche encor quelqu'intérèt ?

GRÉMANTE.

C'est malice ou dépit; mais vous m'êtes si chère...

AGANTE.

Si j'y prends intérêt, ce n'est que pour mon père.

GRÉMANTE.

De quoi vous mêlez-vous, vous qui parlez si haut ? Pensez-vous mieux que moi savoir ce qu'il me faut ? Allez, ma belle enfant, malgré lui je désire...

ISABELLE

Mais, monsieur, mais encor, qu'est-ce qu'il pourrait dire

GRÉMANTE.

Je n'en veux rien savoir, et déjà comme époux J'ai tant d'afifection, tant d'estime pour vous...

ISABELLE

Je mets au pis, monsieur, toute sa médisance; S'il me peut accuser, c'est de trop d'innocence. D'avoir un cœur trop tendre, et qu'il sût trop toucher C'est tout ce que je crois qu'il me peut reprocher.

AGANTE.

Ah ! si je n'avais point autre reproche à faire !

COMÉDIES DU XVir SIÈCLE 431

CUÉMANTE.

OÙ je parle, où je suis, melez-vous de vous taire; Autrement...

AGANTE.

Je me tais; mais si j'osais parler ; Si vous saviez, monsieur...

GRÉXtANTE.

Quoi ! toujours nous troubler ; Vous pouvez là dehors jaser tout à votre aise.

AGANTE.

Je n»' «lirai plus rien, monsieur, qui vous déplaise.

GRÉMANTE.

Je lui défends de dire un seul mot contre vous ; L'ingrat mérite assez déjà votre courroux ; Vous le haïriez trop.

ISABELLE

Non, non ; laissez-le dire, Ma haine encor n'est pas au point que je désire : Laissez-le de nouveau m'outragei, me trahir : Laissez-le enfin, monsieur, m'aider à le haïr.

AGANTE.

Je n'ai que trop de lieu de vous pouvoir confondre.

GRÉMANTE.

Plaît-il?

AGANTE.

Je ne dis rien ; je ne fuis que répondre.

On ne vous parle pas. Pour la dernière fois, Taisez-vous, ou sortez ; je vous laisse le choix.

ISABELLE

Il se taira, monsieur.

GRÉMANTE.

J'entends (pi'il considère Sa )jell»'-niére 'ii vous.

AGANTE.

Elle, ma belle-mére !

GRÉMANTE.

Vous voyez, à ce nom, comme il est irrité.

ISABELLE

Je 110 l'aurais pas eu, s'il l'avait souhaité ; 11 sait bien à quel poiut il avait su me plaire.

Ne vous amusez pas à vous mettre eu colère ; Il n'eu vaut pas la peine.

ISABELLE

Oui; l'ingrat aujourd'hui Ne vaut pas, eu effet, qu'on pense encore à lui.

C'est un impertinent.

Cependant, je confesse Qu'il lut l'unique objet de toute ma tendresse ; Qu'il avait tous mes vœux pour être mon époux.

GRÉMANTE.

Ah ! quel meurtre, bon Dieu ! c'aurait été pour vous ! Si, pour votre malheur, il vous eût épousée Il vous eût peu chérie, il vous eût méprisée ; Vous n'auriez avec lui jamais pu rencontrer Cent douceurs qu'avec moi vous devez espérer. Je vous ferai bénir le choix qui nous engage. Ah ! si vous m'aviez vu dans la fleur de mon âge, Je valais, en ce temps, cent fois mieux que mon lils, Et le vaux bien encor, malgré mes cheveux gris. Je suis vieux, mais exempt des maux de la vieillesse Je me sens rajeunir par l'amour qui me presse, Par des yeux si puissants, par des charmes si doux. Hum ! .

ISABELLE

Je VOUS plains d'avoir cette méchante toux.

GRÉMANTE, en toussant.

Point, point ; c'est une toux dont la cause m'est douce : C'est de transport ; enfin, c'est d"amour, <{ue je tousse. J'ai tant d'émotion...

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