D. ALVARE, D. JAPHET
L'alezan est fougueux»
D. JAPHET
Il ne me plaît donc pas.
D. ALVARE
Il ne vous faudrait donc qu'un bon cheval de pas.
D. JAPHET
Fort bien; et qui pourtant donnât quelques courbettes. Je hais fort les chevaux qui portent des bossettes ; J'en vqudrais un qui fût entre triste et gaillard, Qui tint fort de la mule, et fort peu du bayard.
D. ALVARE
J'en chercherai quelqu'un doux comme une litière.
D. JAPHET
Mon dessein entre nous menace de la bière :
Ne puis-je pas porter quelque bonne arme à feu, Afin de mieux tirer mon épingle du jeu ?
D. ALVARE
Ce serait un coup sûr ; mais ce n'est pas la mode.
D. JAPHET
Quoi ! l'usage prévaut ? ô sottise incommode !
En chose où le péril parait de tous côtés,
On peut fort bien passer sur les formalités.
Et si quelque taureau vient à moi comme un foudre.
Puisqu'un vilain taureau peut un homme découdre, Ne peut-on pas alors se tirer à quartier.
D. ALYARB.
Ce serait l'action d'un lâche cavalier.
D. JAPHET
Ce serait l'action d'un cavalier bien sage.
D. ALVARE
Laissez votre sagesse, et montrez du courage.
D. JAPHET
Je n'en montre que trop. Et l'arme que j'aurai, Que sera-ce?
D. ALVARE
Une lance au bois peint et doré.
D. JAPHET
Je veux entrer en lice avec la hallebarde.
D. ALVARE
Hallebarde contre un taureau 1 Dieu vous en garde !
D. JAPHET
Et qu'en pourrait-on dire ?
D. ALVARE
On s'en moquerait fort.
S'en moquera-t-on moins quand on me verra mort?
D. ALVARE
3ouvenez-vaus au reste, en frappant de la lance, De choisir biea î/épaule,
D. JAPHET
Et pourquoi non la panse, Et plus large, et plus tendre, et plus belle à frapper, Où l'on peut ajuster cent coups sans se tromper ?
D. ALVARE
Cela n'est pas permis.
D. JAPHET
Oh ! le maudit usage 1
D. ALVARE
Monsieur, encore un coup, ayez bien du courage Et le reste ira bien.
238 COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE
D. JAPHET
J'ai peur qu'il aille mal; Car un taureau n'est pas un traitable animal.
D. ALVARE
En peu de mots, voici ce que vous devez faire : Vous entrerez en lice, hardi, mon téméraire, Votre lance en arrêt, ferme dans les arçons, Et rendant le salut aux dames des balcons.
D. JAPHET
Et puis après j'irai chercher des coups de cornes ?
Oh ! que mon sot dessein rend tous mes esprits mornes
Je voudrais de bon cœur être sans marquisat,
Et pouvoir m'exempter de ce maudit combat.
Adieu : je vais m'armer. Si jamais j'en échappe,
Je veux que l'on me berne, en cas qu'on m'y rattrape.
Il sort.