‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 123 sur 207 · D. ALVARE, D. JAPHET · texte numérisé non relu

D. ALVARE, D. JAPHET

L'alezan est fougueux»

D. JAPHET

Il ne me plaît donc pas.

D. ALVARE

Il ne vous faudrait donc qu'un bon cheval de pas.

D. JAPHET

Fort bien; et qui pourtant donnât quelques courbettes. Je hais fort les chevaux qui portent des bossettes ; J'en vqudrais un qui fût entre triste et gaillard, Qui tint fort de la mule, et fort peu du bayard.

D. ALVARE

J'en chercherai quelqu'un doux comme une litière.

D. JAPHET

Mon dessein entre nous menace de la bière :

Ne puis-je pas porter quelque bonne arme à feu, Afin de mieux tirer mon épingle du jeu ?

D. ALVARE

Ce serait un coup sûr ; mais ce n'est pas la mode.

D. JAPHET

Quoi ! l'usage prévaut ? ô sottise incommode !

En chose où le péril parait de tous côtés,

On peut fort bien passer sur les formalités.

Et si quelque taureau vient à moi comme un foudre.

Puisqu'un vilain taureau peut un homme découdre, Ne peut-on pas alors se tirer à quartier.

D. ALYARB.

Ce serait l'action d'un lâche cavalier.

D. JAPHET

Ce serait l'action d'un cavalier bien sage.

D. ALVARE

Laissez votre sagesse, et montrez du courage.

D. JAPHET

Je n'en montre que trop. Et l'arme que j'aurai, Que sera-ce?

D. ALVARE

Une lance au bois peint et doré.

D. JAPHET

Je veux entrer en lice avec la hallebarde.

D. ALVARE

Hallebarde contre un taureau 1 Dieu vous en garde !

D. JAPHET

Et qu'en pourrait-on dire ?

D. ALVARE

On s'en moquerait fort.

S'en moquera-t-on moins quand on me verra mort?

D. ALVARE

3ouvenez-vaus au reste, en frappant de la lance, De choisir biea î/épaule,

D. JAPHET

Et pourquoi non la panse, Et plus large, et plus tendre, et plus belle à frapper, Où l'on peut ajuster cent coups sans se tromper ?

D. ALVARE

Cela n'est pas permis.

D. JAPHET

Oh ! le maudit usage 1

D. ALVARE

Monsieur, encore un coup, ayez bien du courage Et le reste ira bien.

238 COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE

D. JAPHET

J'ai peur qu'il aille mal; Car un taureau n'est pas un traitable animal.

D. ALVARE

En peu de mots, voici ce que vous devez faire : Vous entrerez en lice, hardi, mon téméraire, Votre lance en arrêt, ferme dans les arçons, Et rendant le salut aux dames des balcons.

D. JAPHET

Et puis après j'irai chercher des coups de cornes ?

Oh ! que mon sot dessein rend tous mes esprits mornes

Je voudrais de bon cœur être sans marquisat,

Et pouvoir m'exempter de ce maudit combat.

Adieu : je vais m'armer. Si jamais j'en échappe,

Je veux que l'on me berne, en cas qu'on m'y rattrape.

Il sort.

Page 1