‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 200 sur 207 · SCÈNE II ACANTE, CHAMPAGNE, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

SCÈNE II ACANTE, CHAMPAGNE, LE MARQUIS

A G A N T E , empêchant Champagne d'avancer.

Laisse-nous, je le voi.

Au marquis, en lui étant son manteau.

Non, non; ne croyez pas m'échapper de la sorte.

LE MARQUIS

C'est moi, cousin, permets de grâce que je sorte. Pour n'être point connu, j'ai certain intérêt...

ACANTE

Écoutez quatre mots; vous sortirez après.

LE MARQUIS

Je vois bien que tu veux me parler de ton père; Mon soin est inutile; il est toujours sévère. J'ai prié de mon mieux en vain en ta faveur : Je ne sais ce qui peut endurcir tant son cœur; Je n'ai pu l'émouvoir; il n'est rien qui le touche.

ACANTE

Mais le cœur d'Isabelle est-il aussi farouche?

LE MARQUIS

Comment?

ACANTE

Vous l'ignorez ?

LE MARQUIS

Qu'entends-tu donc par là?

ACANTE

Vos nouvelles amours.

LE MARQUIS

Cousin, laissons cela :

Là-dessus, en ami, tout ce que je puis faire De mieux pour ton repos, crois-moi, c'est de me taire.

Ne me déguisez rien; j'ai tout appris d'ailleurs.

LE MARQUIS

N'importe; je craindrais d'irriter tes douleurs :

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 423

Je vois trop quel chagrin en secret te dévore. Adieu; dispense-moi de t'affliger encore.

ACANTE

Non; je puis, sans chagrin, savoir votre bonheur : Isabelle à présent ne me tient plus au cœur; Je vois son changement avec indifférence, Et vous m'en pouvez faire entière confidence. Je me sens bien guéri; ne craignez rien pour moi.

LE MARQUIS

Tout de bon?

ACANTE

Tout de bon ?'

LE MARQUIS

Tu fais fort bien, ma foi :

Mépriser le mépris, rendre haine pour haine, Est le parti qu'il faut qu'un honnête homme prenne. Isabelle, après tout, n'a rien fait d'étonnant; Tu lui plus autrefois; je lui plais maintenant. Durant quatre ou cinq ans son cœur fut ta conquête : Du sexe dont elle est, le terme est bien honnête ; Tu ne dois pas t'en plaindre, et je la quitte à moins.

Avez-vous pour lui plaire employé bien des soins?

LE MARQUIS

Moi? des soins pour lui plaire ! un tel soupçon m'offense ; Mes soins sont pour des choix de plus grande importance : A moins d'être duchesse, on ne peut m'engager, Et le cœur que tu perds me vient sans y songer.

ACANTE

Vous voyez toutefois en secret Isabelle?

LE MARQUIS

Elle m'en a prié; je n'ai pu moins pour elle : On doit être civil, si l'on n'est pas amant.

Peut-on en galant homme en user autrement.

ACANTE

Mais enfin, dans l'ardeur dont elle est possédée, Quelle marque d'amour vous a-t-elle accordée? Comment en use-t-elle avec vous en secret ?

LE MARQUIS

Tu peux croire...

ACANTE

Hem?

LE MARQUIS

Cousin, il faut être discret.

Tu t'émeus; parle-moi franchement, je te prie : Tout ce que j'en ai fait n'est que galanterie ; Je suis trop ton ami pour te rien refuser; Et, si le cœur t'en dit, tu la peux épouser.

ACANTE

C'est pour moi trop d'honneur, et je cède la place, tylais pourrais-je de vous attendre une autre grâce?

LE MARQUIS

Parle ; je suis à toi : mais, morbleu t tout de bon.

ACANTE

Fallait-il, pour cela, m'arracher ce bouton?

LE MARQUIS

C'est pour mieux t'exprimer, cousin, de quel courage...

ACANTE

Au moins, je ne puis pas reculer davantage.

LE MARQUIS

Là, reprends du terrain.

ACANTE

Pourrait-on seul vous voir; En quelque endroit demain?...

LE MARQUIS

Situ veux, dès ce soir :

Pourquoi ?

ACANTE

: Vous n'avez là qu'un couteau, que je pense?

LE MARQUIS

Non.

Prenez une épée, et bonne et de défense.

LE MARQUIS

As-tu quelque querelle?

ACANTE

Oui, qu'il faudra vider.

LE MARQUIS

Mais est-ce un différend qu'on ne puisse accorder?

ACANTE

Non; il n'est point d'accord pour de pareils outrages.

LE MARQUIS

Apprends-moi donc, au moins, contre qui tu m'engages.

AGANTE.

Vous n'avez pas compris à quoi je me résous] Je veux me battre seul.

LE MARQUIS

Fort bien.

AGANTE.

Mais contre vous,

LE MARQUIS

Pour moi je ne me bats qu'en rencontre imprévue.

Hé bien! soit : descendons, à l'instant, dans la rue.

LE MARQUIS

Mais quel tort t'ai-je fait? examinons en quoi ï Si ta maîtresse m'aime, est-ce ma faute à moi? Un homme recherché peut-il de bonne grâce?..,

AGANTE.

Quoi qu'il en soit, il faut que je me satisfasse; Nous nous battrons là-bas, si vous avez du cœur.

LE MARQUI8.

Quoi qu'il en soit, cousin, je suis ton serviteur. Je n'ai point prétendu te faire aucune injure, Et ne me battrai point contre toi, je te jure.

AGANTE.

L'honneur vous touche ainsi?

LE MARQUIS

Pour être décrié, Mon honneur dans le monde est sur un trop bon pié ; Et j'ai fait assez voir des marques de courage, Pour n'avoir pas besoin d'en donner davantage.

42C COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE

AGANTE.

Si vous. ne me suivez...

LE M\RQUI8.

Cousin, en vérité; Tu pourrais voir, enfin, rabattre ta fierté.

AGANTE.

Venez, ou je vous tiens pour le dernier des hommes,

LE MARQUIS

Ah ! si nous n'étions pas cousins comme nous sommes î

AGANTE.

Ah ! si vous étiez brave...

LE MARQUIS

Encore un coup, cousin, Quand on me presse trop, je m'échauffe à la fin; Et si tu me fais mettre une fois en furie, J'irai, vois-tu, j'irai...

AGANTE.

Venez donc, je vous prie.

LE MARQUIS

Hé bien donc, puisqu'enfin tu me pousses à bout, J'irai trouver ton père, et je lui dirai tout; Il est idi.

AGANTE, mettant l'épée à la main.

' Je cède, enfin, à ma colère.

LE MARQUIS

Hé, cousin î

AGANTE.

Défends-toi. Quelqu'un sort ; c'est mon père.

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