‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 22 sur 207 · SCENE III ÀM1DOR, ARTABAZE · texte numérisé non relu

SCENE III ÀM1DOR, ARTABAZE

AMIDOR.

Guerrier, ne craignez rien parmi les vertueux. Je vois que vous marchez d'un pas majestueux. Vous avez le regard d'un grand homme de guerre, Et tel que Mars l'aurait s'il était sur la terre ; Vous avez le parler grave, sec, résonnant, Digne de la grandeur d'un Jupiter tonnant.

ARTABAZE.

Il est vrai.

AMIDOR.

J'ai produit une pièce hardie, Un grand effort d'esp rit, c'est une tragédie, Dont on verra bientôt cent poètes jaloux.

Mais j'aurais grand besoin qu'un homme tel que vous, Pour faire bien valoir cet excellent ouvrage, Voulût représenter le premier personnage.

ARTABAZE.

Oui, je l'entreprendrai, s'il est digne de moi.

AMIDOR.

C'est le grand Alexandre.

ARTABAZE.

Oui, puisque ce grand roi, Par qui se vit l'Asie autrefois possédée, Avait de ma valeur quelque légère idée.

AMIDOR.

J'ai le rôle en ma poche, il est fort furieux, Car je lui fais tuer ceux qu'il aime le mieux.

ARTABAZE.

C'est donc quelque démon, quelque bête effroyable. Ah 1 ne le tirez point.

AMIDOR.

Ce n'est rien de semblable.

Cela n'est qu'un écrit.

ÀRTABAZE.

Quoi, qui donne la mort ?

Vous êtes donc sorcier ?

Ne craignez point si fort.

ARTABAZE

Ah dieux ! je suis perdu, ma valeur ni mes armes Ne sont point par malheur à l'épreuve des charmes.

AMIDOR.

Ce ne sont que des vers.

ARTABAZE.

C'est ce qui me fait peur.

AMIDOR.

Si vous craignez l'écrit, je les dirai par cœur. Voyons si sur-le-champ vous les pourriez apprendre.

ARTABAZE.

Je le veux.

AMIDOR.

Dites donc «Je suis cet Alexandre. »

ARTABAZE.

<«. Je suis cet Alexandre. »

AMIDOR.

« Effroi de l'Univers. »

ARTABAZE

Ce titre m'appartient.

Ah 1 dieux ! dites vos vers.

ARTABAZE.

Je ne suis pas si sot qu'en dire davantage, Je me condamnerais en tenant ce langage.

AMIDOR.

Quelle bizarre humeur 1

ARTABAZE.

Ce trait est captieux, Afin que j'abandonne un titre glorieux :

De donnant, je perdrais le pouvoir d'y prétendre. Je dirai seulement : « Je suis cet Alexandre. »

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 43

Et qui dira le reste ?

Il faut bien, sur ma foi, Donner le titre à dire à quelqu'autre qu'à moi: Puis je pourrai poursuivre.

ÀMIDOR.

O dieux ! quel badinage !

On verrait deux acteurs pour un seul personnage.

ARTABAZE.

Comme vous l'entendrez, je ne puis autrement.

AMIDOR.

Ma foi, vous le direz, j'en ai fait le serment.

Quoi! vous me menacez, frénétique caboche?

AMIDOR.

Je ferai donc sortir le rôle de ma poche.

ARTABAZE.

O dieux, à mon secours, sauvez-moi du sorcier.

AMIDOR.

Adieu, vaillant courage, adieu, franc chevalier.

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