‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 57 sur 207 · SCÈNE V GÉRONTE, ANSELME, HORACE · texte numérisé non relu

SCÈNE V GÉRONTE, ANSELME, HORACE

ANSELME

Le voilà.

Grâce au ciel, à mes souhaits prospère, Ayant passé chez moi j*ai rencontré mon frère, Qui, me sollicitant d'accepter son logis, M'oblige à revenir pour reprendre mon fils.

J'en usais librement ; excusez, je vous prie.

ANSELME

Géronte, un mot, de grâce : apprend-on en Turquie Ou dans le cabaret à jouer ses amis ?

GÉRONTE

. En l'un ni l'autre lieu je ne l'ai point appris ; Ce n'est point mon humeur.

ANSELME

Non : ma fille servante, Un voyage en Turquie, et ma femme vivante !

Tout ce conte à plaisir est une vérité ?

GÉRONTE

Je ne fais point de conte, et n'ai rien inventé.

ANSELME

Vous avez, dites-vous, vu Constance en Turquie. Vous osez soutenir qu'Aurélie est Sophie; Vous parlez de Venise, et vous avez le front, N'ayant qu'été par mer de Noie en Négrepont, De dire...

GÉRONTE

En Négrepont! ô dieux, la vaine fable!

ANSELME

Votre fils qui l'a dit, n'est donc pas véritable ?

Quoi ! sans savoir la langue il peut vous l'avoir dit?

ANSELME

Il nous a parlé turc, que mon valet apprit Séjournant sur les lieux pour racheter ma femme.

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 135

GÉRONTE, a Horace.

Sokr?

HORACE

Man.

ANSELME

Et bien plus, chose à votre âge infâme Que vous avez tantôt trouvé le vin si bon Que vous n'en avez pas oublié la raison, Mais, en la faisant trop, l'aviez bien égarée : Vos discours m'en étaient une marque assurée.

GÉRONTE, à Horace.

Dieux ! qu'entends-je ?

Jerusalas, adhuc moluc acoceras maristo, viscelei,

Hicvi havete carbulach.

HORACE

Eracercheter biradam suledi, ben belmen, ne sulodii.

GÉRONTE, à Anselme.

Croyez que votre serviteur Doit être un maître fourbe, un 'insigne affronteur.

Que vous dit-il oncor ?

GÉRONTE

Qu'il n'a pu rien comprendre A. ce qu'un de vos gens lui voulait faire entendre.

ANSELME

M'aurait-il attrapé ? le trait serait subtil ! Mais, s'il ne l'entendait, que lui répondait-il ?

GÉRONTE, à Horace.

Acciam sembilir bel mes, mie sulmes ?

HORACE

Aceiam bien croeh soler, sen belmen, sen chroch soler.

GÉRONTE

Qu'il ne l'entendait point, et croit que son langage N'était qu'un faux jargon qui n'est point en usage. Croyez encore un coup qu'il est un faux vaurien, Un fourbe, un archi-fourbe, et gardez-vous-en bien. Je vous suis inutile et vais trouver mon frère. Adieu.

ANSELME

Jusqu'au revoir : le ciel vous soit prospère !

136 COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE

GÉRONTE, à Horace.

Ghidelum anglan Cic !

HORACE

Ghidelum Baba !

Géronte et Horace sortent.

ANSELME, seul.

De leur filet enfin je n'ai pu m'affranchir ; La prudence n'est pas ce qui me fait blanchir. Avec mes cheveux gris, avecque ma vieillesse, Je trouve que je perds et finance et finesse, Et, dupé que je suis, interdit et confus, Perdant encor le sens, ne perdrais guère plus. Ils m'ont tous affronté : chacun d'eux y conspire ; Mais si je ne m'en venge, ils auront lieu d'en rire, Et surtout on verra rougir de mon affront Les épaules d'Ergaste, aussi bien que mon front.

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