SCENE XVI
h É O ÎS .
Madame...
MADAME DE PUISIEUX
Ce n'est plus votre amour qu'aujourd'hui je réclame ;
Une autre le possède et moi je L'ai perdu...
Je ne vous en veux pas... mais j'ai tout entendu.
Si vous saviez, lorsque je vous vis avec elle,
J'étais folle et voulus vous paraître infidèle...
Cet homme alors... cet homme, il plaignait mon tourment,
Je le pris pour complice et non pas pour amant;
Il m'offrait un moyen de venger mon injure,
J'acceptai sans l'aimer, sans l'aimer, je vous jure!
Voilà mes torts, Léon, j'ai mal fait, je le sais;
Je ne m'en défends pas ; mais vous qui m'accusez,
Voyons, n'êtes-vous pas bien injuste? Les hommes
Nous traitent sans pitié toutes tant que nous sommes ;
Nous ne pouvons jamais trouver grâce auprès d'eux ;
L'ombre du mal devient criminelle à leurs yeux...
Que dis -je!... le bien même irrite leurs scrupules;
Avons-nous du talent, nous sommes ridicules;
Ils croient de leur honneur et de leur dignité
De vouer nos esprits à la stérilité ;
Ce qui n'empêche pas pourtant que chez les femmes
On trouve quelquefois...
LÉON
Oui, de puissantes âmes Qu'inspire le génie, et qui, du feu sacré Ont reçu, par hasard, un rayon égaré... Mais qu'on trouve bien plus de ces docteurs en jupes, Prêtresses de boudoir et chercheuses de dupes, Donl le seul intérêt lit la vocation, Et qui de femme -auteur déshonorenl le nom! Ollcs-là croient en vain échapper aux risées, Klles sont lût ou tard en spectacle exposées; La ruse pour un temps leur a l'ait des flatteurs ; Mais, aux regards surpris de leurs admirateurs, La vérité fatale un beau jour se révèle... Tout alors, gloire, honneur, disparaît devant elle, El le manteau d'esprit qu'elles ont emprunté Laisse voir, en tombant, leur sotte nudité. Voilà de quels faux dieux vous prenez la défense! Pour nous, du vrai talent faisant la différence, Nous savons lui payer d'honorables tributs ; Pour défendre ses droits, en combattre l'abus ; Mesurer au mérite et le blâme et l'estime ; Et, tout en flétrissant d'une voix unanime