ACTE I, SCÈNE IX
Je vous demande, Emma, votre main... pour un autre.
Pour ce brave garçon qui veut vous épouser.
Vous ne répondez pas... pourriez -vous refuser?
J'ai peur de vous comprendre. . . ô Dieu, que vous dirai-je !
Chère Emma, vous marchez ici de piège en piège !
Croyez -moi, j'aurais dû vous le dire plus tôt,
Votre mère vous trompe... elle vous aime trop !
Sa folle ambition vous perdra sans ressource.
Pour arrêter le mal encore dans sa source,
Il faut ouvrir vos yeux ; c'est un devoir sacré
Qui me reste à remplir, et je le remplirai.
Peut-être avez -vous cru que ma seule tendresse
M'exposait aux dédains que j'endurais sans cesse,
Et qu'en dépit de vous, retenu dans ces lieux,
Je nourrissais toujours un espoir malheureux.
Non... j'avais dès longtemps su lire dans votre âme;
Je vous aimais en sœur encore plus qu'en femme,
Et, voyant des écueils sous vos pas s'élever,
Je restais près de vous, afin de vous sauver.
Lorsque le ciel trop tût rappela votre père,
J'étais là, près de lui... Pierre, me dit-il, Pierre,
Je te donne ma fille... elle a besoin de loi,
Ma mère la perdrait...
Monsieur!
P I F. ft I» E.
Ce n'est pas moi; C'est lui... c'esl votre père! écoulez sa parole;
iil un homme sage... el votre mère esl folle. Il la connaissail bien... Alors je lui promis De quitter le vaisseau, de me rendre au pays ; De veiller sur sa 4 i lie et lui servir de frèr< El de l'instruire au bien en parlant de son père... Il me crut... pauvre Etienne... el me serra la main. La mer se referma sur lui le lendemain ! Ce fui un jour de deuil pour tout notre équipage; On se disait : Durand a l'ait le grand nanti Et puis... car on u'esl pas honnête homme pour rien ,
Les amis pleuraient tOUS...
A part.
Elle pleure ! oh ! c'est bien !
Je quittai le service en arrivant en France;
Pavais, quoique marin, une leste aisance;
Je comptais vous l'offrir, mais je tus repoussé... Lorsque je \ins ici j'en lus presque chasse ;
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J'espérais votre main, on me fit domestique !
Je consentis à tout, et j'entrai sans réplique ;
Votre père mourant avait reçu ma foi ;
L'honneur de la tenir nie faisait une loi.
Mais, si de vous sauver perdant toute espérance.
Je ne vous devais plus servir par ma présence,
.N'ayant rien désormais qui pût me retenir,
Je partirais, Emma, pour ne plus revenir.
Oh ! je vous en supplie, un mot, un mot encore...
Ce jeune homme... son cœur est noble; il vous adore!
Ne sacrifiez pas un bonheur assuré
Contre un rêve toujours vainement espéré;
Ne persévérez pas dans une erreur funeste... *
Croyez-moi, croyez-moi... Je ne pars pas, je reste !
Sur ta tille pour toi je puis encor veiller,
Cher Etienne !...