SCENE I
LÉON
Je le crois parbleu bien ! et n'ai jamais pensé
Qu'en tout ceci l'honneur pût être intéressé...
Je connais trop Julie et lui rends trop justice
Pour imputer à mal ce qui n'est que caprice;
Mais ces caprices -là doivent m'inquiéter :
Le premier vent qui souffle est sûr de l'emporter;
Aujourd'hui c'est ceci, demain c'est autre chose,
Dont on ne peut prévoir ni comprendre la cause ;
Cette instabilité peut séduire un amant;
Mais un mari futur pense différemment...
Madame de Puisieux d'ailleurs n'est plus d'un âge
Où la légèreté soit un enfantillage :
Tant qu'on est jeune, on peut faire tout ce qui plaît.
JENNY
On lui croirait cent ans, si l'on vous entendait.
Pas encor, grâce au ciel ! mais enfin elle compte Yingt-quatre hivers échus, plus un printemps d' a-compte, Ce qui, joint au mari que je vais remplacer, Doit raisonnablement lui donner à penser. Je ne demande pas... j'en serais fâché même, Qu'elle aille renoncer à des plaisirs que j'aime;
436 L'AVOCAT 1)K SA CAE 31 .
Mais, sans être exigeant, sans la persécuter, Je désire, à peu près, savoir sur quoi compter; Quand L'amant, par avance, est réduit à se plaindre, Je crois pour le mari l'avenir fort à craindre.
IENNT.
Quoi ! vous prenez la chose au tragique...
LÉON
(lui, parbleu!
Je trouve qu'avec moi l'on joue un mauvais jeu. Commenl de ta maîtresse expliquer la conduite? Vers neuf heures du soir, mercredi je la quitte...
— A demain, me dit-elle, eu me tendanl la main, Vous le promettez? — Oui. — J'y cours le lendemain...
J EN N V
Nous venions de partir...
Précisément... Je sonne.
On ne me répond pas... Je redouble... personne! Je descends... le portier me dit tranquillement :
— Madame de Puisieux n'est plus ici. — Comment? Cria ne se peul pas! — Elle est à la campagne...
i iqueHe? — Je ne sais. — EtJenny? — L'accompagne.