‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 101 sur 245 · ACTE QUATUIÈMR · texte numérisé non relu

ACTE QUATUIÈMR

Tu ^s contente, alors ?

CLARA

J'ai droit de l'être; je n'ai eu qu'un rêve, qu'une ambition toute ma vie, c'a été que Jacques portât le nom de son père; il va le porter, je puis mourir demain, je mourrai heureuse.

ARISTIDE

Et tu leur rendrais un fier service.

CLARA

Pourquoi?

ARISTIDE

J'ai mon idée, moi : je ne crois pas qu'à l'âge de la marquise on démente, en vingt-quatre heures, les théories, les habitudes, les préjugés de toute sa vie, sans une raison d'intérêt, et d'intérêt puissant. Elle te flatte, pas autre chose. Elle n'est pas femme à devenir sensible tout à coup. Qui n'a pas de «cœur étant jeune, n'en a jamais. Le cœur n'est pas un fruit d'hiver, il ne pousse pas dans la neige.

CLARA

Que crois-tn donc?

ARISTIDE

Et madame Sternay, est-elle venue te voir, elle?

CLARA

Non ; elle est à la campagne, chez sa mère, ou près de son père malade, je ne sais plus bien : c'est un prétexte.

Probablement, mais au moins ce n'est pas de l'hypocrisie. Elle ne saurait pas se jeter à ton cou, comme le fait la marquise, elle attend que les circonstances vous rapprochent, elle a raison, et je la tiens pour une bonne femme; mais le père, mais la marquise... Ah! si j'étais Jacques...

CLARA

Je t'en prie, ne lui donne pas de mauvais conseils.

ARISTIDE

Tu peux être tranquille, ce serait la première fois. Je me suis promis de ne rien dire, je ne dirai rien ; mais tu ne peux pas m'empêcher de voir et de juger les faits, les simples faits. M. Sternay n'a pas reconnu son fils pendant vingt-cinq ans.. Au bout de vingt-cinq ans, il consent à le reconnaître. Pourquoi? Parce que son fils est en position de lui faire honneur, et parce qu'il y gagne le titre de son oncle. La marquise, sa mère, a voulu te faire chasser de chez elle, quand tu es venue réclamer contre l'abandon de ton enftmt, et, au jourd'imi, elle reconnaît Jacques pour son petit-fils ; depuis quand ? Depuis que son frère consent à donner à M. Sternay son titre, et par conséquent sa fortune, qui est de six à sept cent mille francs. Elle vient te faire quatre visites en quatre jours. Pourquoi n'est-elle pas venue plus tôt? Parce qu'elle ne savait pas ce qu'elle a appris, il y a quatre jours, que Jacques vient de remplir une mission importante; que tous les journaux parlent de lui... qu'il ne peut que jeter de l'éclat sur sa famille... qu'il va être très-bien en cour et que, par son influence, on obtiendra tout ce qu'on voudra. La marquise aime peut-être son fils... M. Sternay aime peut-être sa mère... mais qu'elle t'aime, toi, mais que M. Sternay aime Jacques, non!... non !... mille fois non!... c'est de l'orgueil, c'est du calcul, c'est de l'ambition, c'est tout ce qu'on voudra, mais ce n'est pas de l'amour paternel; je m'y connais; je sais ce que c'est que d'être père, je le suis assez souvent; on ne me remontrera rien là-dessus. J'ai dit.

Est-il de l'intérêt de Jacques que sa position sociale soit régularisée, que la famille de son père l'admette comme un enfant légitime?

ARISTIDIÎ.

Évidemment.

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